Afravih 2016 : La PrEP partout en avant programme

Conférences Publié par jfl-seronet 1960 lectures
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La huitième édition de la conférence internationale francophone VIH/hépatites Afravih se déroule à Bruxelles du 20 au 23 avril. Cette conférence entend être un "carrefour essentiel pour le monde francophone du Nord et du Sud". C’est un événement important qui réunit de nombreux chercheurs et activistes du Nord et surtout du Sud. Seronet sera présent et proposera un compte rendu quotidien de la conférence. En amont de la conférence, Coalition PLUS a lancé sa toute nouvelle campagne "PrEParons un monde sans sida !", une campagne qui sera déployée et défendue à l’Afravih. Voilà, c’est parti.

"PrEParons un monde sans sida !"

"C’est injuste que les homosexuels au Nord aient accès à plusieurs outils de prévention alors qu’au Sud, nous n’avons que le préservatif pour nous protéger du VIH. Pourtant, nous avons la même sexualité, les mêmes pratiques et revendiquons les mêmes droits. Dans la communauté gay du Cameroun, et notamment parmi ceux qui ont une sexualité très intense, on se rend compte que le préservatif n’est plus autant utilisé qu’avant. Il y a une certaine lassitude. Or, le risque d’infection au VIH reste très élevé. A Yaoundé, 44 % des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes sont porteurs du VIH. Un taux qui ne baisse plus depuis 2012. C’est donc en offrant une alternative au préservatif, telle que la PrEP [prophylaxie pré-exposition, ndlr], qu’on sera capable de réduire les nouvelles infections. Il est urgent d’agir pour sauver des vies". C’est ce qu’explique Serge Douomong Yotta, directeur exécutif de l’association Affirmative au Cameroun et porte-parole du réseau Africagay contre le sida. "Dans le cadre d’une étude clinique, j’accompagne deux cents hommes séronégatifs ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. En moins d’un an, quatre ont été infectés au VIH et sont désormais mis sous traitement. Avec la PrEP, ces contaminations auraient pu être évitées. Les méthodes classiques de prévention ne sont pas suffisantes. Mieux vaut investir en amont dans la prévention innovante et ciblée que de payer à vie des traitements", indique de son côté le docteur Alou Coulibaly, médecin à l’association Arcad-sida au Mali. Ces témoignages ont été recueillis par Coalition PLUS et font partie du dossier qui accompagne le lancement de la nouvelle campagne, "PrEParons un monde sans sida !" qui défend l’idée d’une PrEP accessible partout dans le monde.

"La PrEP : on la veut partout !"

Union d’organisations communautaires de lutte contre le sida basées au Nord et au Sud, Coalition PLUS considère que la PrEP est "un outil de prévention indispensable pour parvenir à la fin de l’épidémie d’ici à 2030 comme s’y est engagée la communauté internationale". Pourtant, fait remarquer la Coalition, elle n’est aujourd’hui disponible qu’en France, aux Etats-Unis, au Canada et au Kenya. "La PrEP, au même titre que les traitements et les autres moyens de prévention, doit être disponible partout. Non seulement dans les pays riches, mais aussi dans les pays en développement et en particulier en Afrique subsaharienne où se concentrent 66 % des nouvelles infections", affirme la Coalition. Ce message a également été porté dans un article publié dans la revue scientifique "The Lancet", des chercheurs et médecins de Coalition PLUS y affirment que "l’Afrique subsaharienne est prête à l’introduction de la PrEP dans le cadre de centres de santé sexuelle communautaires proposant une offre de prévention globale, illimitée et gratuite aux populations les plus vulnérables au VIH".

Prévenir aujourd’hui, moins de personnes à traiter demain

Si Coalition PLUS défend la PrEP, c’est parce qu’elle est utile puisqu’elle se destine aux personnes fortement exposées au VIH et qui, pour diverses raisons, n’utilisent pas, ou pas systématiquement, le préservatif. "Prévenir aujourd’hui, c’est avoir moins de malades à traiter demain. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’offrir la PrEP aux personnes à fort risque d’infection. Combiné au préservatif, cet outil peut permettre d’empêcher des millions de contaminations, si tant est qu’il soit disponible partout. Les populations les plus vulnérables dans nos pays ne doivent pas être laissées pour compte !", rappelle ainsi Bintou Dembele, médecin, directrice de l’association de lutte contre le sida Arcad-sida au Mali, et administratrice de Coalition PLUS. De plus, la PrEP a fait ses preuves. Depuis 2012, plus de vingt-cinq essais cliniques on été lancés dans divers pays du Nord et du Sud, tels que Iprex en Afrique du Sud et sur le continent américain ou PrEP Partners en Ouganda et au Kenya. Leurs résultats ont prouvé l’efficacité préventive de la PrEP. En France, l’essai ANRS-Ipergay a révélé que le risque de contamination baissait de 86 %  chez les personnes sous PrEP.  "Les résultats de l’essai Ipergay mené conjointement par l’ANRS et AIDES et nos efforts auprès des autorités de santé ont permis de rendre accessible ce nouvel outil de prévention qui protège considérablement du risque de contamination à VIH", indique Aurélien Beaucamp, président de AIDES, membre français de Coalition PLUS. Ce qui a été fait en France, Coalition PLUS le demande dans d’autres pays.

"La PrEP : un investissement pour en finir avec le sida"

Reste que l’argument majeur pour Coalition PLUS, c’est que la PrEP est "un investissement pour en finir avec le sida". Comment ? "En réduisant les nouvelles infections, l’introduction de la PrEP dans la gamme des outils de prévention disponibles au Nord comme au Sud permettrait de faire des économies substantielles sur le long terme".  Coalition PLUS appelle ainsi tous les Etats à autoriser la PrEP et à mobiliser les investissements financiers nécessaires pour un monde sans sida d’ici 2030. "Nous exigeons que la PrEP soit disponible au Nord comme au Sud, pour toutes les personnes qui, sans cet outil, risquent d’être contaminées par le virus", expliqueHakima Himmich, présidente de Coalition PLUS. "A l’automne prochain, les Etats développés devront annoncer leur contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme : une occasion unique pour augmenter les investissements financiers internationaux et permettre, en plus de l’accessibilité aux traitements, la mise en place de dispositifs de prévention dont la PrEP fait partie", conclut-elle.

L’Afravih 2016… tout un programme

Comme les années précédentes, le programme de la huitième édition de la conférence Afravih est particulièrement riche proposant des échanges scientifiques, médicaux et politiques pour une plus grande efficacité des traitements, du partage d’expériences pour améliorer la prise en charge des patients, le partage d’un engagement pour le respect de l’identité des personnes, de leur liberté de choix de vie, et pour un objectif essentiel : zéro discrimination. Si elle comporte une partie consacrée à l’innovation scientifique, la conférence Afravih est surtout reconnue pour les travaux d’études portant surl’organisation politique et sociale de la santé au service de toutes les personnes atteintes et tout particulièrement de la vie avec le VIH et/ou les hépatites virales. "L’innovation bouscule nos organisations en matière de prévention, de prise en charge et de suivi : de la PrEP dont l’efficacité est aujourd’hui reconnue au Tasp, le contrôle des risques de contamination ou de la réplication virale est possible, mais à quelles conditions ? Demain quelles options pour un accès plus large au traitement des hépatites C ? Nos engagements tracent toujours la même voie : celle qui fait de la santé un bien universel nécessitant tout à la fois le partage des connaissances, des savoirs, et des moyens de lutte et la reconnaissance des droits des personnes", expliquent les quatre scientifiques, le professeur Christine Katlama, le professeur Stéphane de Wit, le docteur Constance Delaugerre et le docteur Faustin Kitétélé, qui assurent la présidence et co-présidence de cette édition 20016.

Le programme scientifique de ces journées se composera de séances plénières, de sessions orales, d'une présentation de posters et de symposiums didactiques. Bref, le contenu classique des conférences. Reste que les sujets promettent d’être passionnants et les intervenants assez prestigieux. Citons pour les plénières, Virginie Supervie (France) sur les "dynamiques de l’épidémie du VIH dans l’espace francophone", Alexandra Calmy (Suisse) sur "Stratégies thérapeutiques : perspectives", Jean-Paul Moatti (France) sur "Le VIH et les hépatites dans l’agenda du développement à l’horizon 2030", Marie Laga (Belgique) sur "Les ARV, outils de prévention", Faustin Kitétélé sur "Adolescents et VIH", Jean-Pierre Routy (Québec) sur "Rémission ou guérison ?", Stéphane de Wit sur "Comorbidités ou polymorbidités ?", Bruno Spire (France) et Serge Douomong (Cameroun) sur "Enjeux pour les HSH au Nord et au Sud" ou encore Karine Lacombe (France) sur "Dépister et guérir : le nouveau paradigmedes hépatites virales".

Du côté des plénières, ce sont également des sujets ambitieux qui seront traités. Le symposium de l’Onusida sera consacré à "Atteinte de la cible 90-90-90 : les pays francophones s’engagent et innovent" et celui de Unitaid : "Accélérer l’innovation dans la lutte contre le sida". Le jeudi 21 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) organise un temps sur "les lignes directrices de l’OMS 2016 de diagnostic et de traitement de l’hépatite C tandis que le laboratoire Gilead organise un temps d’échanges sur "Vers une prise en charge du VIH harmonisée au Sud et au Nord". Le même jour, en parallèle, l’ANRS traitera des "Migrants d’Afrique subsaharienne et des politiques migratoires en Europe : quel impact pour le VIH et les hépatites ?" A suivre donc.

Qu’est-ce que l’Afravih ?
C’est l’Alliance Francophone des acteurs de santé contre le VIH et les hépatites. Son objectif est de "renforcer l'action francophone internationale de lutte contre le VIH/sida et les hépatites par la promotion et le soutien des actions de formation, le partage de l’expertise scientifique, la promotion d’actions et de recherche contre le VIH / sida et les hépatites et le développement des pratiques de santé publique, à travers un réseau francophone d’acteurs de santé impliqués dans la lutte contre le VIH et les hépatites".
Les actions de l’Afravih portent sur le développement des échanges entre les acteurs par le renforcement des liens avec les associations et les organisations internationales (Ias, Onusida, OMS, etc.) engagées dans la lutte contre le VIH, les hépatites, le soutien et la participation à des actions de formations/stages dans le cadre des réseaux Nord/Sud francophones, à l’organisation de modules de formations spécifiques destinées aux pays du sud francophones, dans le champ médical et psychosocial. La présidente de l’Afravih est le professeur Christine Katlama (France), les vice-présidents sont les professeurs Pierre Côté (Canada) et Serge Eholié (Côte d’Ivoire).

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