Bonne baisse à San Francisco !

Publié par jfl-seronet 959 lectures
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"Baisse de 36 % des contaminations VIH à San Francisco en 2 ans !", c’est la lecture qui peut être faite des données publiées dans le rapport épidémiologique annuel sur le VIH/Sida pour l’année 2009 du Département de santé publique de San Francisco. Une bonne nouvelle à laquelle l’association Warning a consacré (4 février) un article. Quelle analyse en fait l’association ?
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C’est, comme le note Warning (4 février), avec quelques mois de retard que "le Département de santé publique de San Francisco a publié son rapport épidémiologique annuel sur le VIH/Sida pour l’année 2009. Comme l’indique Warning, l’activiste américain Michael Petrelis (voir son blog en anglais) a appliqué à ces données "les protocoles d’interprétation statistique du CDC [Center for Disease Control] Et surprise, la séro-incidence – soit le nombre de nouveaux cas de VIH diagnostiqués sur une période donnée – a baissé de 36 % entre 2006 (975 cas) et 2008 (621 cas)". "Cette baisse concerne [les gays], notamment blancs, tandis que l’incidence parmi les [gays] afro-américains, latinos et autres reste globalement stable (…) Faut-il en conclure que cette ville très gaie et très séropositive, toujours à l’avant-garde de la prévention en promouvant de manière extrêmement réactive l’ensemble des nouveaux outils préventifs et de réduction des risques (sérochoix, séroadaptation, sécurité négociée, TasP), aurait eu raison ?", interroge Warning.
L’association française a bien entendu sa lecture des résultats et du phénomène. Selon elle, le "bareback", souvent présenté comme le principal responsable du maintien d’une incidence élevée, "n’est que l’arbre qui cache la forêt des véritables transformations des pratiques culturelles de sexualité chez les gais. C’est l’inadaptation des politiques traditionnelles de prévention à ces transformations qui est la cause de la séro-incidence élevée. C’est le retard pris sur le TasP – ou traitement comme outil de prévention – et, plus largement, le manque de prise en compte du rôle que peuvent jouer les traitements pour briser la chaîne des transmissions, qui a empêché de limiter les contaminations, notamment dans les couples sérodifférents."
Dans ce débat sur une certaine exceptionnalité de San Francisco, on ne doit pas oublier que les autorités de santé de la ville ont défendu, et depuis longtemps, une ligne très pragmatique concernant les nouveaux outils de prévention et désormais la mise sous traitement précoce. Comme le rappelait Seronet en juillet dernier, "depuis le 13 avril 2010, les médecins de San Francisco ont pour recommandation de mettre les personnes séropositives sous traitement même si leur taux de CD4 est supérieur à 500 CD4/mm3. Cette directive – proclamée alors que les autorités du pays recommandent de traiter entre 350 et 500 CD4 – a relancé les débats visant à définir le meilleur moment pour commencer un traitement". Une des clefs de cette décision réside dans le fait qu’une personne séropositive sous traitement efficace risque peu de transmettre le virus. Des études montrent que ce n’est pas l’unique intérêt d’une mise sous traitement précoce. Sans trop entrer dans le détail, disons que les personnes qui commencent leur traitement lorsque leur taux de CD4 est compris entre 350 et 500 CD4 seraient moins sujet aux complications et présenteraient un taux de mortalité moins élevé que les autres.
Cette promotion, particulièrement pro-active, du TasP ne s’est pas faite sans débats ni heurts. D’ailleurs, le ministre de la Santé de San Francisco n’avait pas caché un des objectifs de cette stratégie : "Le fait de traiter tôt abaissera la charge virale des personnes séropositives et réduira le taux de transmission [du VIH] (…) Nous savons que le traitement n'élimine pas le risque de transmission, mais nous croyons que, sur le long terme, cette directive permettra d’éviter de nombreuses contaminations". Pour Warning, cet engagement politique tranche singulièrement avec la mollesse qui sévirait au Canada, en Belgique et en France, trois pays où Waring est actif. "Alors qu’en France, on tergiverse toujours sur la mise en place des nouveaux outils de prévention, en spéculant sur l’efficacité des outils de réduction des risques sexuels (RDRs) ou en mettant en place un nouveau Plan national de lutte contre le VIH/sida et les IST (2010/2014) qui ne donne aucun protocole en la matière (…) Qu’est-ce qu’on attend pour mettre vraiment en place la prévention positive, la RDRs, et passer assurément à l’ère post-bareback ?", demande Warning.
Plus d’infos sur www.thewarning.info

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