Des femmes, de la santé et des droits

Monde Publié par François Jacques 666 lectures
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A l’occasion du 8 mars 2017, Journée internationale des droits des femmes, Coalition PLUS (dont AIDES est membre fondateur) a proposé deux interviews de militantes de la lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales : celle de Maria Donatelli, responsable senior du pôle hépatite de Coalition PLUS, et celle de Morgane Ahmar, plaideuse décentralisée. Toutes deux, sur des sujets différents, illustrent les enjeux de santé des femmes. Extraits.

Au sein de la direction Plaidoyer de Coalition PLUS, Maria Donatelli gère un projet visant à favoriser l’accès au traitement pour les personnes co-infectées par le VIH et le VHC. Lorsqu’on lui demande en quoi la défense des droits des femmes est nécessaire dans la lutte contre le VHC, Maria explique : "Aujourd’hui, je constate que l’accès au traitement contre le VHC, quand il est possible, n’est pas un droit fondamental équitable entre toutes et tous. Il y a différents niveaux de respect [portés aux personnes touchées, ndlr]. On place en premier celles et ceux qui ont été infectés suite à des erreurs médicales et en second les communautés les plus affectées par la maladie, c’est-à-dire les personnes usagères de drogues et celles co-infectées VIH-VHC. Pour ces dernières, l’obtention d’un traitement et le parcours vers la guérison, assurée aujourd’hui à 95 % par des nouveaux médicaments [les antiviraux à action directe, ndlr], sont très compliqués du fait des stigmatisations que les personnes vivent quotidiennement".

"Dans un contexte où les traitements ont des prix prohibitifs, si les gouvernements décident d’établir et de financer des programmes de lutte contre le VHC, la priorité sera normalement donnée aux personnes mono-infectées sans distinction entre les hommes et les femmes, explique la militante. Les communautés les plus vulnérables sont donc les dernières à être incluses dans ces programmes de lutte contre le VHC ! Et si les patient-e-s doivent soutenir le coût de leur traitement, ce sont les femmes, qui ont statistiquement des moyens plus réduits, qui seront moins en mesure d’accéder aux médicaments qui pourront sauver leur vie. Cette différence est encore plus marquée lorsque nous parlons des femmes usagères de drogues…" Et Maria de conclure : "Dans la lutte contre le VHC, la route est encore longue pour un respect des droits économiques et sociaux des femmes".

Plaideuse décentralisée, Morgane Ahmar travaille et milite au Maroc. Elle est basée à l’ALCS, une des associations fondatrices de Coalition PLUS. Parmi les thématiques que Morgane porte à l’international, il y a l’accès aux traitements génériques à bas prix, le financement de la lutte contre le VIH/sida dans les pays à revenus intermédiaires dans un contexte de retrait des bailleurs internationaux (ce qui est le cas du Maroc) ou encore la mise en place au Sud de stratégies de dépistage et de prévention innovantes comme l’autotest, la PrEP (prophylaxie pré-exposition) ou le dépistage démédicalisé. Lorsqu’on lui demande en quoi la défense des droits des femmes est nécessaire dans la lutte contre le VIH/sida, elle explique : "Le VIH/sida est encore associé à une forte stigmatisation et discrimination pour les personnes vivant avec la maladie et notamment les femmes qui sont particulièrement exposées à cette stigmatisation. Les femmes séropositives sont plus facilement considérées comme "pécheresses" et plus fréquemment abandonnées par leurs proches au Maroc que ne le sont les hommes. Pourtant, les études indiquent que le risque d’infection provient principalement du comportement sexuel de leurs maris. La peur de ces discriminations, parce qu’elle crée la peur de la découverte de sa séropositivité, entrave l’accès au dépistage et à la prise en charge. C’est pour cela qu’il nous faut briser les tabous, explique Morgane. Mais les entraves aux droits dépassent largement la stigmatisation. Beaucoup de femmes sont victimes de réelles violations de leurs droits humains qui augmentent leur vulnérabilité à l’épidémie : violences sexuelles, non-accès à l’éducation, etc." Pour la militante, un facteur joue un rôle important : l’éducation. "L’accès des femmes à l’éducation et notamment à l’éducation sexuelle est également plus faible que chez les hommes. Cela entraîne une méconnaissance de la santé sexuelle et des modes de transmission des infections sexuellement transmissibles. C’est une double peine", explique Morgane. Et la militante de conclure : "La défense des droits des femmes à l’égalité, à disposer de leur corps ou à l’éducation sont donc indissociables de la lutte contre le VIH/sida. Plus généralement, la lutte pour le respect des droits humains est au cœur de notre travail de plaidoyer".

Retrouver les interviews intégrales de Maria et Morgane.

Remerciements à Coalition PLUS et tout spécialement à François Jacques.


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