Face au Chemsex, AIDES lance une ligne d’appel

Produits Publié par Antoine Henry 742 lectures
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"Ne regardons pas les hommes tomber". C’est par ces mots forts que commence la tribune d’Aurélien Beaucamp, président de AIDES, parue dans "Libération", le 13 juin. Par ce texte, le président de AIDES souhaite rendre visible l’enjeu de l’usage de drogues chez les gays, phénomène qui nécessite une réponse sanitaire spécifique, dans un modèle politique actuellement inefficace sur cette question. Le président de AIDES annonce à cette occasion l’ouverture d’une ligne d’appel inédite, à destination des hommes consommateurs qui appellent à l’aide. Explications.

Répondre à l’urgence du chemsex. Tel est l’objectif de la toute nouvelle ligne d’écoute lancée par AIDES le 9 juin. "Nous faisons le constat depuis un certain temps de situations problématiques chez certains chemsexeurs, voire même des décès et des suicides", explique Vincent Leclercq, militant à AIDES faisant parti du groupe de militants à l’origine de la création de cette ligne d’appel. "Nous souhaitions éviter les discours alarmistes qui ne fonctionnement pas en termes de prévention. A cela, nous préférons une réponse pragmatique à des besoins : une ligne d’urgence, avec un numéro offrant la possibilité aux gays consommateurs ou à leurs proches de discuter de manière anonyme, d’être orientés ou soutenus en cas d’impasse", explique-t-il encore.

La ligne d’appel prend place dans un dispositif plus global, avec une interface via Facebook et l’utilisation de la plateforme Whatsapp, qui permet l’échange par SMS pour ceux qui le souhaitent. Les réponses sur cette ligne sont assurées par trois militants de l’association, un groupe restreint qui, selon les besoins des personnes qui appellent, oriente vers une quinzaine d’autres militant-e-s dans toute la France. Cette ligne ne vise pas à répondre aux urgences vitales immédiates qui doivent se tourner vers le Samu ou les pompiers.

Pour s’assurer que ce dispositif pilote est efficace, le choix de militant-e-s ayant de très solides connaissances sur les pratiques de consommation, les enjeux de santé afférents s’est imposé. "L’expertise et la connaissance du chemsex, des risques, et des enjeux étaient indispensables. Tout comme le fait d’avoir à faire à des personnes respectueuses et bienveillantes", souligne Vincent Leclercq. Selon lui, ce dispositif est dans la droite lignée des mobilisations solidaires et activistes du début des années sida, où les personnes ne savaient pas à qui parler face à certaines situations.

Après son lancement, cette ligne d’appel permettra aussi de constater l’ampleur et les besoins des gays consommateurs de produits et de mieux y répondre. "Nous verrons bien le développement que connaîtra cette ligne. Elle sera aussi un observatoire pour comprendre les enjeux et exiger des réponses politiques", défend Vincent Leclercq. Mais déjà dans la tribune d’Aurélien Beaucamp, l’état des lieux est clair : le modèle français, fondé sur le répressif, ne permettra pas de répondre aux questions spécifiques que pose le chemsex. AIDES réclame déjà, sans tergiverser, de soutenir la mise en place de "programmes expérimentaux pluridisciplinaires", pour faire intervenir l’ensemble des acteurs et actrices de prévention et de soins, pour mieux accompagner les usagers en situation de décrochage et en comprendre les mécanismes. En attendant, la ligne d’appel "ne fera pas de miracle" avertit AIDES, elle est une réponse communautaire de santé, pour briser l’isolement et le tabou et contre le sentiment d’impuissance général. Surtout, elle est la première à rompre l’indifférence actuelle.


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