Hépatites : un plan français à la ramasse !

Publié par jfl-seronet 164 lectures
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Attendu depuis trois ans (tout de même !), le plan national de lutte contre les hépatites virales B et C (période 2009-2012), lancé le 24 février par le ministère de la Santé, est une déception. La raison ? C'est qu'il n'est pas seulement en retard sur le calendrier, mais dans bien des domaines. Plus grave, il ne "répond pas à l'urgence" de l'épidémie.
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Conférence de presse, lancement officiel, le ministère de la Santé n'a pas joué les timides pour rendre public le plan national de lutte contre les hépatites virales B et C pour 2009-2012. Dirigé par le professeur Daniel Dhumeaux, ce plan comporte cinq axes : la réduction de la transmission des hépatites virales, le développement du dépistage, le renforcement de l'accès aux soins et leur amélioration, la surveillance épidémiologique et surtout la mise en place de mesures spécifiques au milieu carcéral. Officiellement, quelque 500 000 personnes sont porteuses en France d'une de ses deux hépatites. En l'absence de prise en charge médicale, les hépatites chroniques B et C peuvent entraîner une cirrhose, voire un cancer du foie. Plus de 4 000 personnes en meurent chaque année, dont les deux tiers du fait de l'hépatite C. La co-infection par le VIH et les virus des hépatites B et surtout C concerne 25 % des séropositifs. C'est dire si l'enjeu est important.

Pour l'hépatite B, le plan préconise "d'augmenter la couverture vaccinale" par exemple en proposant plus systématiquement et plus largement la vaccination aux enfants, mais aussi aux adultes (gays et bisexuels, usagers de drogues, professionnels de santé, etc.). Environ 280 000 personnes sont porteuses d'une hépatite B alors qu'un vaccin (efficace à 95 % selon les chiffres) existe depuis 1982. Trop peu de personnes sont vaccinées, le plan entend donc y remédier. Pour cela, il faut restaurer la "confiance dans la vaccination" suspectée de provoquer dans certains cas la sclérose en plaques. Une controverse qui n'a cours que chez nous, en France. Quoi qu'il en soit, pour les personnes les plus vulnérables face au risque d'être touché, le rapport entre le bénéfice (protection contre le virus VHB) et le risque (d'une éventuelle complication de la vaccination) reste extrêmement en faveur de la vaccination. Un effort doit aussi être fait en matière de dépistage, le plan national ambitionne de faire passer de 45 % à 65 % la proportion de personnes infectées ayant connaissance de leur statut sérologique. C'est une donnée indispensable pour démarrer un suivi médical.

Pour l'hépatite C, le plan vise principalement à réduire les risques de transmission chez les personnes utilisatrices de drogues. 221 000 personnes souffrent d'hépatite C (chiffre de 2004). Le plan prône donc de faire de la prévention, mais aussi de renforcer le dépistage, avec l'objectif de passer d'un dépistage de 57 à 80 % pour l'hépatite C. Il compte aussi développer l'accès aux soins (pour le VHB comme le VHC) en travaillant notamment sur la "coordination entre le secteur libéral et le secteur hospitalier" et "en optimisant le rôle du médecin traitant". Dans le plan, un des axes est de "cibler les populations carcérales. Le plan recommande de proposer un dépistage spécifique aux personnes entrant en prison puis de le renouveler au cours de la détention. Autre piste, le soutien des personnes touchées par des hépatites (ce n'est pas déjà fait alors que c'est le troisième plan du genre depuis 1999 sur les hépatites !). Le plan demande aussi la réalisation d'une enquête sur le VHC en prison et l'élaboration d'une circulaire (prévention, accès aux soins…) sur les hépatites et le VIH/sida (déjà lancée en 2008 puis arrêtée !). Et l'idée de génie, c'est de demander une "évaluation de la réduction des risques infectieux en milieu carcéral", mais en basant sur un document de 2001 et en oubliant la meilleure référence : le Rapport d'experts sur le VIH.


Tardif, pusillanime et fauché (quatre millions d'euros par an), le nouveau plan national fait, bien évidemment, l'objet de critiques. "Nous nous retrouvons 20 ans en arrière, confrontés aux mêmes défis qu'avec l'épidémie de sida: un Etat qui fait la sourde oreille et refuse d'expérimenter des réponses pragmatiques, une épidémie qui se répand, des usagers de drogues qui se contaminent et meurent dans l'indifférence générale", dénoncent  ASUD (Auto-support parmi les Usagers de Drogues), AFR (association française pour la réduction des risques) et AIDES. Ce qui est grave pour les associations, c'est que si "le plan prend acte du fait "que l'efficacité des méthodes de réduction des risques utilisées jusqu'ici s'avèrent insuffisantes", il ne propose qu'études et évaluations là où il faudrait pousser plus loin la logique de la réduction des risques" notamment en soutenant les initiatives des associations. Un exemple, l'Etat sait que de nombreuses contaminations se produisent en prisons, mais rien n'est fait pour avancer sur les programmes d"échanges de seringues qui limiteraient beaucoup les risques de contamination. On parle encore de faire des études…


Côté finances non plus, le compte n'y est pas. "Même au niveau économique, le plan est dérisoire et il est un non sens", dénoncent les associations. Elles rappellent que "4 millions d'euros par an ne correspond même pas au prix de 700 traitements de l'hépatite C (d'une durée de 6 mois)". Tout est dit !

Plus d'infos sur www.asud.org ou www.a-f-r.org ou www.aides.org
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