Mali : Kénédougou Solidarité

Publié par olivier-seronet 646 lectures
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C'est une véritable mission de santé publique qu'assure l'association malienne de lutte contre le sida Kénédougou Solidarité. Créée en 1998, l'association intervient sur de nombreux fronts à Sikasso, une vaste région au sud du Mali. D'abord spécialisée dans la promotion du dépistage, l'association lance aujourd'hui des programmes innovants. Mohamed Touré, son responsable s'en explique.
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Le dépistage au local de l'association, puis itinérant, de village en village, accompagné de conseils personnalisés. C'est ainsi que Kénédougou Solidarité s'est d'abord fait connaître. "Très vite, nous avons souhaité collaborer avec l'hôpital régional, celui de Sikasso, pour assurer une prise en charge médicale des personnes touchées, explique Mohamed Touré directeur de l'association. Les premiers contacts avec le directeur de l'hôpital ont été difficiles. Ce n'est, heureusement, plus le cas aujourd'hui. Pourtant à cette époque, rien n'était proposé dans notre région. Notre idée était d'offrir un soutien à la fois médical, psychologique et social aux personnes touchées par le VIH, mais aussi à leur entourage. Nous avons ouvert un premier centre à Sikasso, la capitale régionale et deux structures à Koutiala, la deuxième ville de la région. Notre volonté de proposer une offre qui soit la plus large possible nous conduit à faire à la fois du conseil en matière de dépistage, du renseignement par téléphone, des consultations médicales, des soins médicaux dans nos structures et au domicile des personnes. Nous gérons aussi une pharmacie communautaire qui délivre des antirétroviraux et des traitements contre les infections opportunistes."


Les services mis en place par l'association sont assurés par des professionnels. Tout est là pour une prise en charge optimale : des médecins font des consultations, un pharmacien délivre les traitements, un laborantin réalise les analyses, des infirmiers prodiguent des soins etc. Certains services, comme les consultations de nutrition ou celles d'observance par exemple, le sont par des personnes spécialement formées ou des bénévoles qui sont, pour certaines, des personnes touchées.

"La majorité des personnes suivies sont très pauvres. Bien souvent, elles doivent être prises en charge pour le VIH, mais aussi d'autres pathologies. C'est donc une prise en charge globale de la santé qui est mise en place, indique Mohamed Touré. Elle s'élargit d'ailleurs au reste de la famille. C'est une volonté, mais aussi le sens des réalités. C'est un paradoxe, mais la région de Sikasso est l'une des plus riches du Mali et celle où on recense le plus de cas de malnutrition. En fait, il existe un énorme écart entre une classe aisée minoritaire et une majorité pauvre. C'est pour cette raison que notre association a aussi développé des services d'aides alimentaire, vestimentaire et scolaire ou qu'elle finance des activités qui vont permettre aux personnes touchées de se créer des revenus."

Mais cela ne suffit pas. Kénédougou Solidarité doit aussi pallier les lacunes régionales en matière de santé. "Plus de deux millions de personnes vivent dans notre région, précise Mohamed Touré et deux pédiatres seulement y exercent. Sur les deux, seul celui qui exerce dans le public s'occupe du VIH. Notre association a donc dû former un médecin généraliste pour qu'il assure des vacations en soutien à son collègue." En 2007, plus de 250 enfants étaient suivis. Là encore, c'est une prise en charge globale qui est proposée dans le cadre d'un programme joliment baptisé : "Grandir". Désormais l'annonce de la séropositivité à un enfant n'est plus renvoyée à ses parents ou tuteurs. Des groupes de paroles pour les adolescents ont été créés et des conseillers psychosociaux, spécialistes des enfants, formés. Un programme nutritionnel a aussi été mis en place pour les enfants touchés par le VIH.

Ce programme spécifique aux enfants n'est pas la seule innovation de Kénédougou Solidarité. Une des plus récentes concerne l'engagement en direction des homosexuels (voir page 22). Autre engagement de l'association, la prise en compte de la coinfection VIH et hépatites ou de la coinfection VIH et tuberculose. "Dans notre région, il est très difficile de répertorier les cas. Aucun pneumologue n'exerce chez nous. Le seul agent social formé sur cette question ne permet pas de poser des diagnostics sérieux, explique Mohamed Touré. Par ailleurs, nous savons, suite à des actions de dépistage dans les écoles professionnelles, qu'environ 20 % des jeunes qui y vont sont porteurs d'une hépatite B. Les besoins en matière de prévention et de prise en charge médicale sont importants, mais il n'y a aucun hépatologue dans la région. Dans ces domaines, tout est à faire encore, mais nous y travaillons."


Comme de nombreuses associations africaines dans son secteur, Kénédougou Solidarité doit faire face au retard du versement des fonds par le Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida. Comme d'autres, elle doit se débrouiller pour que les nombreux services qu'elle propose n'en soient pas affectés. Et elle y réussit. Il faut dire que sa devise y défend : "Un peu de solidarité pour un grand élan d'espoir". C'est peut-être pour ça…


Kénédougou Solidarité. BP 365, Sikasso. Mali. Tél. : (223) 262 14 33.