Médecins du monde : les exclus ne sont pas des fraudeurs
Cette vérité du terrain, l'organisation non gouvernementale la souligne dans son Rapport annuel sur l'accès aux soins des plus démunis, présenté le 12 octobre, avant la Journée mondiale contre la misère. "Pour nos dirigeants, le problème n'est pas que 13,2 % de la population française vivent sous le seuil de pauvreté, mais qu'il puisse y avoir une petite minorité de fraudeurs parmi eux qui feraient semblant de n'avoir pas de ressources pour obtenir, qui un RMI (Revenu minimum d'insertion), qui une CMU (Couverture maladie universelle)", écrit Médecins du Monde qui a accueilli en 2007 plus de 24 000 personnes dont 16 753 nouvelles.
Des restrictions de droits
"Peu importe que pour les millions de personnes concernées, tous les dispositifs deviennent au fil du temps de plus en plus inaccessibles", dénonce l'association. "L'impression qui restera est celle voulue : "Certes, il y a des pauvres mais vous savez, en fait, beaucoup font semblant". Et pourtant les restrictions à l'accès aux droits aux soins n'ont pas manqué ces derniers mois. Médecins du Monde cite ainsi : "Le décret sur l’évaluation du train de vie des potentiels bénéficiaires de la CMU (et autres prestations sociales), les modifications sur le droit au séjour et l’accès à une couverture maladie des Européens, les projets de restriction de l’Aide médicale d'Etat (tiers payant puis panier des soins…), le projet de réduction du droit à la CMU pour une période de trois mois au lieu d’un an, le projet de circulaire pour le contrôle de la résidence effective en France pour tout bénéfice social, la loi pour le droit au logement opposable qui exclut l’aide médicale d'Etat de la procédure unique et simplifiée de domiciliation, les attaques contre la régularisation pour raison médicale et plus récemment une circulaire de la Caisse nationale d'assurance maladie qui énonce aux professionnels de santé des « griefs admissibles », comme l’interruption de traitement ou le fait de ne pas venir à un rendez-vous…, pouvant les amener à porter plainte contre des bénéficiaires de la CMU."
Qui est concerné ?
Parmi ces "oubliés des politiques de santé" soignés par Médecins du Monde, figurent 89 % d'étrangers venant essentiellement du Maghreb et d'Afrique subsaharienne dont seuls 28 % ont un titre de séjour. Le profil socio-économique des personnes est "toujours aussi marqué par la précarité" indique le Rapport : 23 % d'entre eux vivent dans la rue ou dans un logement précaire (pour 35 %) et 99,7 % vivent sous le seuil de pauvreté. Près de 50 % des personnes soignées souffrent de pathologies nécessitant un suivi médical d'au moins six mois et près du quart des consultations concernent des pathologies potentiellement graves.
VIH et hépatites
Dans son rapport, Médecins du Monde indique que "le projet de prévention du VIH et des hépatites auprès des migrants révèle des taux de prévalence inquiétants". Ainsi, en 2007, dans les Centres d'accueil, de soins et d'orientation de Paris et de Saint-Denis, plus de mille patients ont été dépistés pour le VIH et les hépatites. "La prévalence du VIH dans ces centres est de 3,2 %, soit quinze fois plus qu’en France en général. Celle de l’hépatite B est de 6,9 %, soit 10,5 fois plus que la moyenne nationale. Celle du VHC s’élève à 5,8 %, soit sept fois plus que la moyenne nationale.
"Le droit fondamental à la santé pour tous, et en particulier pour les plus démunis, semble inexorablement bafoué, rappelle Médecins du Monde. Notre responsabilité collective est de contribuer à ce que l’accès aux soins ne devienne pas un privilège."
Il est possible de consulter l'intégralité du Rapport de Médecins du monde sur http://www.medecinsdumonde.org
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