Les jeunes et le VIH à Solidays

Initiative Publié par Thomas Legrand 848 lectures
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Du 23 au 25 juin, sur l’hippodrome de Longchamp à Paris, a eu lieu la dix-neuvième édition du festival Solidays. Comme chaque année, de nombreux artistes, associations et personnalités ont pris part au festival, en faveur de la lutte contre le sida. Un week-end ensoleillé durant lequel près de 170 000 festivaliers ont défilé dans les allées de Longchamp. Seronet en a profité pour rencontrer des jeunes et leur poser quelques questions sur leurs connaissances en matière de VIH. S’ils s’estiment en grande majorité plutôt bien informés sur le sujet, un certains nombre de fausses idées et de clichés perdurent.

Solidays. Trois jours de fête, de concerts, d’animations. Sous un soleil parfois écrasant, des dizaines de milliers de festivaliers se sont empressés de rejoindre l’hippodrome de Longchamp, du 23 au 25 juin. L’occasion de se vider la tête dans une ambiance estivale, et en musique. L’occasion, aussi, de parler VIH : l’axe central de Solidays étant la lutte contre le sida. Chaque année, des ateliers de sensibilisation ont lieu durant le week-end, et plus de 80 000 préservatifs sont distribués à cette occasion.

En 2017, les avancées récentes en matière de prévention et de traitement du VIH sont souvent connues des publics les plus touchés : hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, travailleurs et travailleuses du sexe, migrant-e-s d’Afrique Subsaharienne, personnes trans. En matière de prévention, citons notamment la PrEP (prophylaxie pré-exposition) ou le Tasp (traitement comme prévention) qui offrent aujourd’hui d’autres manières de se protéger, et permettent de voir plus loin que le préservatif. En visite au festival, Seronet a sondé une cinquantaine de jeunes de 17 à 25 ans, pendant le week-end. Aucun et aucune n’a dit connaître ces outils. Bien sûr, le panel était extrêmement limité, mais il est intéressant de remarquer que dans un festival dont l’axe central est la lutte contre le VIH, ces avancées scientifiques soient aussi peu connues.

Lorsqu’on parle à Mathias, 21 ans, de la PrEP, il écarquille les yeux : "C’est genre comme la pilule ? Tu la prends et t’as pas le sida ?" En gros, oui. Mais c’est plus compliqué qu’il n’y parait. Prendre la PrEP, c’est être suivi régulièrement par un médecin, c’est respecter l’observance du traitement, c’est avoir des rendez-vous médicaux plusieurs fois dans l’année. "Ah, ouais. Ça a l’air cool, mais aller chez le médecin tout le temps, ça doit être relou". Sûrement. Et le TPE, traitement post-exposition, tu connais ? "C’est comme la pilule du lendemain ?" Presque. Tu dois te rendre aux urgences au plus tard dans les 48 heures suivant ta prise de risque, au mieux dans les quatre heures, et suivre un traitement semblable à celui prescrit aux personnes vivant avec le VIH, durant un mois. "Mais comment ça se fait qu’on soit pas au courant ?"

Benoît, 23 ans, ne croit pas à l’efficacité de la PrEP, ni à celle du TPE : "Si ça marchait vraiment, il y a longtemps qu’on en aurait entendu parler !" On en parle, pourtant. Le Tasp, pas crédible non plus selon lui. "Quelqu’un qui est séropo, il n’a pas d’autre choix que de mettre une capote toute sa vie, sinon c’est beaucoup trop dangereux pour ses partenaires". Pas vraiment. Une personne séropositive respectant l’observance de son traitement n’est plus contaminante, dès lors que sa charge virale est indétectable. Le virus du VIH ne disparait pas de son corps, mais est tellement réduit par le traitement, qu’il ne peut plus être détecté. Dès lors, la personne ne peut pas transmettre le virus.

Les clichés durent et perdurent, donc. Tandis que les moyens de contracter le virus restent méconnus dans certains cas. Sur 50 jeunes interrogés, deux estiment que la salive constitue un vecteur de contamination. Trois pensent qu’une piqure de moustique peut être à l’origine d’une infection par le VIH ou une hépatite virale. Une question revient souvent : peut-on attraper le VIH en faisant une fellation non protégée ? En l’absence d’éjaculation, le risque est très faible, quasiment nul. On dit qu’il est "théorique".

Pour ce qui est du préservatif, 32 jeunes sondés sur 50 reconnaissent avoir déjà eu un ou plusieurs rapports sexuels non protégés, tandis que cinq expliquent ne jamais se protéger hors couple, par confiance envers le/la partenaire, ou parce que les sensations sont "moins bonnes" avec un préservatif. Chez les 32 jeunes expliquant avoir déjà eu des rapports non protégés (hors couple), la quasi-totalité le regrette. "J’essaie de faire attention", explique Léa, 19 ans. "Mais des fois, sur le moment, on ne réfléchit pas trop, et le lendemain on culpabilise ou on a peur. En plus, pour les filles qui ne prennent pas la pilule, la peur de tomber enceinte peut s’ajouter à la peur de contracter le VIH !"

Si la majorité des jeunes sondés admet ne pas avoir été suffisamment informée et sensibilisée durant l’adolescence, presque tous estiment s’y connaitre suffisamment. Une idée globalement partagée, qui contraste avec les faits : les avancés scientifiques en matière de lutte contre le VIH ne semblent pas connues par l’ensemble du grand public.

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