Traditionnellement, l'aide à domicile à destination des personnages âgées, dépendantes, handicapées ou malades est assurée par des associations loi 1901, sans but lucratif. Cette aide est financée par les conseils généraux via l'allocation personnalisée pour l'autonomie (APA) notamment. Mais traditionnellement aussi, ce financement a toujours été insuffisant, notamment dans les départements à forte demande sociale. Je citerai en ce qui me concerne les départements que je connais bien : le Nord et le Pas-de-Calais. Les associations d'aide à domicile ont toujours compensé ce déficit grâce à leurs activités non aidées : aide ménagère, aide aux devoirs, petit bricolage...
Avec le plan de développement des services à la personne de Jean-Louis Borloo, tout change. Entré en vigueur le 1er janvier 2006. le Cesu "préfinancé" bouleverse la donne et ce sont des flux de plusieurs milliards d'euros qui circulent via les Cesu. De quoi susciter l'avidité de certains : des banques, des hyper, des assurances, des entreprises... En outre, les ambitions du plan Borloo, qui visait la création de 500 000 emplois en trois ans, ont débouché sur une multiplication des enseignes marchandes et sur une concurrence mal régulée. En effet, ces entreprises à but clairement lucratif se sont agressivement emparé des activités des associations loi 1901 non aidées en tirant les prix vers le bas car elles n'ont pas, comme les associations loi 1901, de convention collective à respecter ni les contraintes qui vont avec. Leur personnel est sous payé, sous qualifié et sans perspective de progression de carrière...
Au contraire, si je prends le cas de mes grands-parents par exemple, les trois aides à domicile qui interviennent chez eux au titre de l'association d'aide à domicile loi 1901 ADAR sont trois dames : la plus jeune a 22 ans, elle a un BEP sanitaire et social et quatre ans d'expérience professionnelle ; la seconde a 30 ans et a un BEP sanitaire et social, un Bac SMS et dix ans d'expérience professionnelle ; la troisième a 57 ans et 20 ans d'expérience professionnelle... Je sais aussi par un couple de pvvih que je connais que deux d'entre elles interviennent chez eux. Tout cela se paie évidemment mais insuffisamment puisque le financement du Conseil Général notamment est insuffisant.
Conséquence de tout cela, le déficit des associations loi 1901 se creuse depuis ces trois dernières années. Il se creuse évidemment au bénéfice des entreprises privées, qui se sont multipliées. C'est une concurrence déloyale. Tout cela est aggravé par le fait que les budgets des départements, qui doivent aussi financer le Revenu de solidarité active (RSA), peinent à suivre la croissance du nombre de bénéficiaires de l'APA - en hausse de 3,5 % entre 2008 et 2009 - et l'évolution salariale liée à la professionnalisation du personnel des associations d'aide à domicile loi 1901. Alors les conseils généraux demandent aux associations de rogner encore plus sur les services rendus et sur les heures.
La situation devient intenable pour beaucoup d'associations d'aide à domicile loi 1901, sans but lucratif. C'est en série que partout en France, les tribunaux prononcent des arrêts de redressement judiciaire et même de liquidation judiciaire. Tapez "association d'aide à domicile difficultés" dans google actualités et vous verrez le résultat.
C'est ainsi qu'hier, en pleine canicule, au début des vacances où déjà en temps normal il est difficile d'assurer le remplacement des aides à domicile en congé que le juge a prononcé la liquidation judiciaire et la cessation d'activité de l'Adar de Lille, fondée en 1942, qui emploie 400 salariés, apporte son aide à domicile à 2000 personnes âgées, dépendantes, handicapées, malades dont des pvvih... La cessation d'activité est fixée au 31 juillet 2009. A partir de cette date, les trois personnes qui intervenaient chez mes grands-parents seront au chômage et mes grands-parents n'auront plus d'aide à domicile.Et compte tenu du contexte des vacances, on imagine bien que ce n'est pas au mois d'août qu'on trouvera une solution à leur problème. Sans parler du lien de confiance long à créer... Il faudra tout reprendre à zéro... Et avec qui ?
Voilà ce qu'il en est concrètement de la marchandisation des services à la personne ! Je voulais pousser ce coup de gueule ici...




MARTIN VANDEN BOSSCHE >lille@nordeclair.fr 04/06/2009
« C'est un immense gâchis », déplore Françoise Woets, déléguée syndicale FO. « S'ils avaient écouté notre alerte en 2005, on aurait pu sauver l'association. » Rien n'y a fait. Désaccords entre les salariés et la direction, financeurs qui font la sourde-oreille, le déficit de 547 000 E découvert en 2005 n'a pu être résorbé, malgré le besoin important en aide à domicile.
La mise en redressement judiciaire, le 5 juin dernier, n'a pas non plus permis de trouver une solution. Des repreneurs potentiels ont manifesté leur intérêt, sans aller plus loin.
« Tout libéral »
La présidente de l'association a exprimé « sa tristesse et son indignation, tant pour les personnes aidées que pour les salariés.» Mais surtout, Anne-Marie Ecrepont a dénoncé une situation qu'elle juge de plus en plus dangereuse : « On ne pourra plus continuer longtemps à jongler avec les paradoxes : préconiser le maintien à domicile d'un côté et, d'un autre, ne pas donner aux structures qualifiées les moyens pour le faire. Gare au tout libéral ! »
Didier Manier, vice-président du conseil général en charge des personnes âgées, va dans le même sens. Il ne nie pas que l'association avait ses problèmes internes. Mais il replace la liquidation dans son contexte national : « Depuis les lois Borloo, les associations sont dans un contexte de concurrence. Celles, comme l'ADAR, qui avaient une convention collective, pour les salariés, et une garantie de qualité, pour les usagers, voient apparaître d'autres structures qui n'ont pas les mêmes contraintes de gestion. »
Pour la CGT, cette concurrence avait déjà conduit l'ADAR à changer ses méthodes. « Nous ne faisions plus de social. Les personnes que nous aidions étaient devenues des clients. L'association était gérée comme une entreprise. »
À la fin du mois, 380 personnes seront licenciées et bénéficieront d'une cellule de reclassement. Françoise Woets de conclure : « En attendant, il faudra toujours lever et laver les gens. Tout ce que les personnes âgées souhaitent, c'est de garder la même personne pour les aider. » Malheureusement, cela risque bien d'être compliqué."
D'autres associations ou structures en liquidation judiciaire :
Retour sur la liquidation judicaire de l'Adar de Lille qui ferme ses portes le 31 juillet.
Pour rappel, faute de repreneurs, la juge a prononcé le 3 juillet la liquidation judiciaire de cette association d'aide à domicile (380 salariés - 2000 personnes handicapées et âgées aidées). Celle-ci ferme donc ses portes au plus mauvais moment de l'année : pendant la période des congés ; pendant les vagues de chaleur. Cette décision judiciaire place donc l'Etat devant ses responsabilités et on pourrait l'accuser de non assistance à personnes en danger s'il restait inactif.
L'Etat a réagi. Devant les pressions et la menace de poursuites à son encontre, le Préfet a réquisitionné le Directeur Départemental du Travail. Celui-ci a réuni le 6 juillet quelques grosses associations susceptibles de reprendre à la fois les personnels licenciés et les personnes âgées et handicapées qui leur étaient attachées. Il les a sommées d'agir en conséquence ce à quoi elles ont obtempéré. Elles sont donc en train de "reprendre" le personnel et leur clientèle par secteurs. Il faut dire que les moyens de pression entre les mains du DDT (qui a rang de sous préfet) et du Préfet sont nombreux : ils peuvent notamment retirer à ces association l'agrément qualité ISO nécessaire à l'obtention de l'agrément CRAM et de l'agrément Conseil Général.
Je pense que l'aide à domicile à destination des personnes handicapées et âgées doit rester en dehors du secteur marchand et que même, l'Etat doit assurer la coordination des associations qui agissent dans ce secteur pour justement prévenir le genre de difficultés qu'a connu l'Adar de Lille. En résumé, je plaide pour la mise en oeuvre d'un service public de l'aide à domicile à destination des personnes âgées et handicapées dont les mesures prises par le Préfet du Nord dessine les contours.
c'est malheureusement la réalité, ,des personnes se retrouvent dans une situation impossible ou les besoins vitaux sont immense.j'espere que les assiociations tiendront le coup.pour des personnes seuls et avec peu de revenus c'est une grande aide.