Overdoses : une mobilisation s’impose

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Au moment où médecins et experts observent une hausse des morts par overdose en Europe, il est nécessaire de réétudier l’organisation des pratiques et des systèmes de soins de santé expliquent, dans une tribune publiée par "Le Monde" (23 juin), des partenaires européens d’aide à la toxicomanie. "Le bilan de la crise liée à la consommation d’opioïdes qui ravage aujourd’hui les Etats-Unis et le Canada est sans appel : les overdoses sont en hausse, avec 60 000 décès par overdose par an. C’est quatre fois plus que les morts par accident de la route, et c’est maintenant la première cause de décès accidentels chez les hommes blancs", expliquent les signataires. Pour ces experts, ce résultat est lié aux prescriptions sans contrôles de médicaments antidouleurs qui ont conduit de nombreuses personnes à devenir dépendantes des opioïdes. Des prescriptions très largement encouragées par l’industrie pharmaceutique. Joue aussi l’arrivée de nouveaux produits à la fois plus purs et plus puissants. Le phénomène, pointe les experts, ne se limite pas au continent américain. "En France, Belgique et Suisse, des professionnels intervenant auprès des personnes qui consomment des drogues rapportent une hausse des overdoses", notent-ils. Le dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies souligne lui aussi que les morts par overdose ont augmenté trois ans de suite : ils s’élèvent à 7 585 décès en 2015, un chiffre probablement sous-évalué. "Désormais, il est (…) nécessaire de réétudier l’organisation de nos pratiques et de nos systèmes de soins de santé. Il ne s’agit certainement pas de restreindre l’accès aux molécules de substitution qui ont permis de sauver et de stabiliser des milliers de vies. Mais il s’agit de s’assurer que les procédures d’accompagnement, de prescription et de délivrance, imaginées il y a deux ou trois décennies, soient encore en phase avec les problématiques d’aujourd’hui", estiment les signataires. "A l’heure où l’on observe des signes de hausse des overdoses et une diversification des opioïdes en Europe, les professionnels et les politiques doivent s’assurer du développement de l’accès à la naloxone, à la diacétylmorphine et aux salles de consommation à moindre risque", préconisent-ils. "Une mobilisation des professionnels et des autorités est nécessaire, pour une réactualisation ambitieuse de nos politiques drogues. La Commission européenne vient de finaliser son plan d’action 2017-2020 : si le renforcement de l’accès à la naloxone y est inscrit, les salles de consommation à moindre risque ne font l’objet que d’un échange de pratiques (…) Dans et hors de l’Union Européenne chaque autorité disposant de compétences en santé doit prendre sa part de responsabilités", concluent-ils.

Les signataires : Sébastien Alexandre (Fédération bruxelloise des institutions pour toxicomanes, Bruxelles) ; Pascale Hensgens (Fedito Wallone, Belgique) ; Jean-Pierre Couteron (Fédération addiction, France) ; William Lowenstein (SOS Addiction, France), Jean-Félix Savary (Groupement romand d’étude des addictions/GREA, Suisse) ; Frank Zobel (Addiction Suisse).


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