“La discrimination laisse des traces !”

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Olivier a 46 ans. Il vit avec le VIH depuis six ans et habite dans la région du Centre-du-Québec

"Je me nomme Olivier, je n'ai pas l'habitude de parler de moi, mais on m'a demandé de raconter un événement que j'ai vécu en lien avec la discrimination, alors je me lance... Tout a commencé avec une bonne nouvelle ! À ce moment, j'étais d'ailleurs sur une bonne lancée : j'étais en amour avec William, nous allions nous marier bientôt et, même si j'étais porteur du VIH, j'avais obtenu un emploi à temps partiel dans un gros établissement, sans vivre la moindre discrimination. Au début décembre, Sylvie, une amie de mon conjoint, me met en contact avec Germaine, gérante du prêt-à-manger dans une épicerie de la région. Germaine m'engage comme chef cuisinier et, après quelques jours, se dit très fière de mes résultats et me garantit 40 heures par semaine, m'accordant toutes les fins de semaines libres pour mon autre travail à temps partiel. Noël arrive et lors d'une soirée entre amis, William mentionne, sans se douter qu'il venait d'amorcer une bombe, que son amoureux (moi !) est séropositif ! Sylvie, qui a entendu la confidence, se dépêche de la rapporter à Germaine, la gérante. À mon retour au travail après le congé des Fêtes, Germaine me fait passer au bureau et explose : "Comment as-tu pu me cacher ça ? Faut que j'en parle au grand patron ! Tu vas perdre ton poste ! Qu'est-ce qui serait arrivé si tu t'étais coupé au travail ?" Etc. etc. J'étais figé, complètement anéanti. Je tombais des nues ! À ce moment, la seule chose que j'ai trouvé à répondre c'est : "Est-ce que tu me l'as demandé en entrevue ?" 

 

Je connaissais mes droits, j'avais vérifié avec le bureau des normes du travail avant mon entrevue d'embauche dans le gros établissement, je savais que je n'avais aucune obligation de divulguer mon statut. Malgré tout, j'étais devenu le gros méchant... et les sanctions n'ont pas tardé : les 40 heures garanties par semaine sont instantanément réduites à 20 et je n'ai plus eu droit à mes fins de semaine. Le grand patron est avisé. Il contacte les assureurs de l'épicerie qui lui affirment que je ne serai pas assurable. Et ce n'est que le début des représailles. Dorénavant, je ne passe plus au bureau de la gérante, mais à celui du grand patron et chaque jour, je dois faire face à une nouvelle soi-disant plainte, moi qui n'en avais jamais eu avant. Tout y passe, le menu, la vaisselle, la nourriture, ma barbe... Après deux semaines, je n'en peux plus et, habité d'un intense sentiment de rejet, je donne finalement ma démission. 

 

Quelle déception ! Je n'en ai jamais voulu à William... Nous partagions la même confiance en l'être humain, la même naïveté ! Je vivais avec le VIH depuis trois ans, mais c'était la première fois que j'étais confronté à de tels préjugés. Même si je comprends que la peur et l'ignorance ont motivé ce comportement discriminant, le rejet m'a fait très mal. Je suis très conscient maintenant que je dois toujours être prudent. Je demeure plus méfiant, n'accorde pas ma confiance facilement et si je fais le choix du dévoilement, j'avise l'autre des conséquences possibles si ce dévoilement se répand. Oui, la discrimination laisse des traces !"
Propos recueillis par Maryse Laroche et publié dans le journal Remaides d'Hivers 2008 

Illustration : Yul Studio