J'ai appris à me blinder

Publié par Laurent Pallot 5548 lectures
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Séropositif depuis 1998, militant de la lutte contre le sida, Laurent Pallot, secrétaire général de AIDES a témoigné, lors de la conférence de presse de lancement du premier rapport "VIH/hépatites la face cachée des discriminations", le 26 novembre dernier.

Tout a été dit ou presque sur le contenu du rapport et sur les manquements à la déontologie et au droit. J'aimerais maintenant vous parler de ma propre expérience, et porter ainsi la voix des personnes concernées, qui, pour beaucoup, vivent ce que j'ai vécu au quotidien.

Je m'appelle Laurent Pallot, je suis secrétaire général de AIDES et séropositif depuis 1998. Autant vous dire qu'en 17 ans de VIH, j'ai eu le temps d'expérimenter un éventail assez large de discriminations. De la petite humiliation, au refus de soin caractérisé, j'ai eu droit à un peu tout. Si je témoigne aujourd'hui, c'est aussi notamment en ma qualité d'ancien gendarme. Je suis entré dans la gendarmerie à 19 ans, en 1988. J'y suis resté jusqu'en 1995, date à laquelle j'ai souhaité changer totalement de voie. Comme la plupart des gendarmes qui interrompent leur carrière, je suis resté réserviste opérationnel. De 1995 à 2010, j'étais régulièrement appelé sur des missions de terrain, le week-end ou pendant mes vacances. Cet équilibre entre vie civile et militaire me plaisait.

Il faut savoir que les réservistes sont soumis aux mêmes règles que les gendarmes actifs : tous les ans, je devais passer une visite médicale devant le médecin militaire, avec bilan sanguin et check-up complet. Et là, on peut dire que j'ai eu la chance de tomber sur un médecin bienveillant. Pendant des années, il a gardé le secret sur ma séropositivité. C'était entre lui et moi. Sinon, j'aurais été soit réformé, soit classé "inapte terrain". Je le sais car c'est ce qui est arrivé à un de mes collègues gendarme en exercice. Quand la médecine militaire a découvert son VIH au milieu des années 2000, il a été immédiatement reclassé sur un poste administratif. En un mot, il a été mis au placard. Quand on s'engage dans ce type de carrière, c'est rarement pour rester derrière un bureau. Le reclassement est souvent vécu comme une sanction. Résultat, mon collègue a fini par démissionner, perdant du même coup certains de ses droits et avantages.

C'est d'ailleurs intéressant de constater qu'au cours de ces visites médicales annuelles, on ne nous disait jamais ce qu'on analysait ou ce qu'on dépistait. On ne nous demandait jamais notre consentement non plus.

Je suis vraiment sidéré de constater qu'en 2015, on continue d'appliquer ces textes réglementaires. J'ai échappé au reclassement, mais je me demande toujours au nom de quoi j'aurais pu être écarté du terrain. Je suis sous traitement depuis la fin des années 90, et ma séropositivité n'a jamais eu d'impact sur mes compétences professionnelles. Et comme je suis en charge virale indétectable, je ne fais courir de risque à personne. Je suis séropositif, je ne suis ni malade, ni dangereux. D'ailleurs mon médecin le savait très bien, et trouvait ridicule de reclasser des personnes, juste parce qu'elles sont séropositives. Il était visiblement mieux informé que les autorités compétentes, mais restait une exception parmi les médecins militaires. Je lui dois une fière chandelle. J'ai appris qu'il était à la retraite, alors j'en profite pour le saluer et lui souhaiter une bonne retraite !

Dans le civil, j'ai eu moins de chance avec le corps médical. En 17 ans de VIH, je suis régulièrement tombé sur des personnels soignants mal informés, maladroits, ou carrément malveillants. Mon médecin traitant m'avait prévenu, il m'avait dit : "Annonce ta séropositivité quand tu prends rendez-vous, cela t'évitera des mauvaises surprises une fois sur place". J'ai vite compris qu'il avait raison.

En 2010, après une grosse opération, je me réveille dans un coin de la salle de réanimation, avec une grosse enveloppe sur les genoux. Sur cette enveloppe était inscrit au marqueur rouge en grosses lettres : VIH+. Vous imaginez comme cela m'a fait plaisir !

Quelques mois plus tard, lors d'une prise de sang à l'hôpital, j'entends une infirmière dire à sa collègue : "Mets deux paires de gants, avec lui c'est mieux". Cette phrase là je l'ai entendue tellement de fois… C'est pour cela que je n'ai pas été surpris quand c'est ressorti, mot pour mot, dans notre opération de testing auprès des dentistes. Les "deux paires de gants" hélas, c'est presque un classique !

Pendant cette opération de testing, à laquelle j'ai moi-même contribué, j'ai eu droit à un florilège de réactions discriminatoires : propositions d'horaires décalés, annonces de protocole d'hygiène soi-disant "spécifiques VIH", mention du VIH sur le carnet de rendez-vous, et même la secrétaire médicale qui crie au dentiste : "VIH, tu prends ?".

La palme revient quand même à ce dentiste qui me rappelle le lendemain pour annuler : "C'est vous qui êtes "séro" ? Faudrait plutôt aller à l'hôpital monsieur. Moi je n’ai pas l'habitude de soigner ce type de patients. D'ailleurs y a pas que le VIH, les hépatites aussi j'ai pas l'habitude". Ah ben si les hépatites aussi, alors ça va !

Toutes ces humiliations font que les personnes séropositives s'empêchent de vivre : elles s'empêchent d'en parler à leurs proches, à leurs collègues de travail. Elles s'empêchent même d'en parler à ceux qui devraient pourtant être les mieux informés : les soignants.

Résultat, un repli sur soi, une vie contrainte au secret et un renoncement aux soins pour beaucoup d'entre nous. Moi, maintenant, grâce à mon vécu et à mon engagement dans AIDES, j'ai appris à me blinder, Mais imaginez quelqu'un d'un peu fragile ou qui vient de découvrir sa séropositivité. Il est temps que tout ça change, que la société évolue, et j'espère que ce rapport y contribuera.

 

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Commentaires

Portrait de lapinpositif

Moi qui commence à vivre avec le VIH depuis quelques mois, je commence à vivre de telles expériences, en particulier chez les médecins qui soupirent et détournent leur regard vers leur écran d'ordinateur que je leur demande de laisser tomber le test VIH. le "ah... soupirant" laisse un drôle de sentiment. J'attends les futurs interventions médicales.....

Portrait de jac74

bonsoir a tous.

Séro vih depuis 1988 et vhc, je rejoins les propos de laurent.

Moi aussi j'ai été discrimine, et le plus qui ma fais mal, cet a l'hopital ou en clinique.

Aujourd'hui, je ne communique plus mon état, car le personnel et censé prendre les mêmes précautions avec les autres patients. Il peuvent trés bien soigné des patients qui sont infectés sans le savoir, et la ou est la différence.

Malgré tout, tous n'est pas si mauvais dans ces milieux. Je tiens quand meme a remercier tous le corp médical qui s'occupe de notre santé, il font un boulot formidable, en début d'année il mon soigné mon hépatite et la un grand merci, surtout le service d'infectiologie d'annecy.

Comme je ne suis pas un grand bavard j'arréte la

soyez fort

jac

Portrait de maestro

...

La discrimination raciale, c'est pas joyeux.

Portrait de ange flore

Bonjour a tous je suis emerveillée par le temoignager de laurent .La discrimination;la stigmatisation ;l'enbandont par le conjoint etaient mes attributs quand j'ai connu ma serologie il y a 9 ans de cela aujourd'huit j'ai oté la voille et je fais des temoignages a visage decouvert au cours des seances de sensibilisation VIH,sida dans mon pays il faut dire que je suis conseillère communautaire dans une ONG

Laughing

Portrait de simplex

Bonjour

Le temoignage de Laurent resonne chez moi comme du deja vu...

La discrimination des medecins existent belle es bien, de nos jours encore et vers des enfants.

Moi même à l'age de 8 ans j'ai eté confronté aux refus de soins, ou soigner par dessus la jambe comme pour se debarasser d'un probleme qui derange...

Portrait de yomi lydianne

le tribalisme c est par bon

Portrait de Sealiah

La discrimination , de toute évidence , est une réalité.La nier serait une nouvelle forme de discrimination.A lire vos témoignages elle est manisfeste sous des formes différentes: soins ,professionnelle ,familiale et peut-être accés à des locaux.

Je comprend que l'on puisse se "blinder" pour y faire face.Là où il y a un préjudice, quel qui soit, une réparation s'impose.

Dans le cadre d'un refus de soins , une entorse au secret médical ou une indiscrétion , la loi permet-elle la possibilité de saisir l'ordre des médecins ou directements les instances judicières afin d'obtenir réparation?

Dans le cadre professionnelle: un licenciement,une mise à pied, une déclassification donne-t-il le droit de celui qui en est victime de saisir les tribunaux pour que réparation lui soit rendue?

Dans le cadre familliale que prévoit la législation?Le VIH es-t-il un motif suffisant pour prononcer un divorce?

Je n'ai pas fait de recherches pour le moment sur les procés récents ou anciens intentés pour motif de discrimination lié au VIH.Y a-t-il déjà eu des procés?Si oui quel en a été le verdict?

Si la discrimination liée à la S+ est préjudiciable et elle est, la taire pour éviter qu'elle ne le soit ne peut en aucun cas la rendre condamnable et par conséquent la combattre.

Mes questions pour faire court est de savoir que prévoit actuellement les textes de lois pour empêcher que la discrimination ne perdure?Ces textes de lois sont peut-être encore en discussion?Peut-on faire accélérer le processus pour qu'ils soient rapidement acceptés et appliqués?

Face à ce gros problème qui n'est pas spécifique à la s+ , seule , une prise de décision par le législateur et par l'intermédiaire de nos élu(e)s, pourra y mettre un terme.Certain(e)s élu(e)s ont-ils étaient sensibilisé(e)s par la problématique?

Merci de vos réponses et des réflexions possibles sur le sujet.Lohic

Portrait de nathalie65

Bonjour,

Transfusée en 1983 j'ai appris ma séropositivité en 1986 donc oui moi aussi j'ai dû subir des phrases, des remarques, (lors d'une hospitalisation en 1992), des annulations de rdv chez certains dentistes en autre ! (Cela m'est arrivée encore il n'y a pas si longtemps !!)

Par ailleurs j'ai eu (et heureusement !!!) rencontré des docteurs compétents, du personnel à l'écoute...j'ai 2 enfants , un accouchement sur Bordeaux (1999) et un sur Alès (2005) rien à dire !! super !! des gens que je remercie et garde dans mon coeur !!

Moi aussi je me suis blindée....avec les années !!

Amicalement.

Nath

Portrait de ballif

la discrimination elle a commencé lors de l'arrivé de la feuille donnant le rdv pour me l'annoncer c'est la secraitère qui a tout dit  aux pays bas le sexe est vu différament qu'en France  nous pouvons avoir des relations avec qui bon vous semblent  mais au travail cella c'est très mal passé jusqu'à le renvoit par abut de pouvoir du médecin du travail  à la Commission européenne elle est au sein de cette administration

depuis les choses ont changé mais j'ai dû mal pour marcher grâce aux "bon" sions des médecins et de la curatelle qui m'a pillé

je ne pense plus qu'a moi les autres je m'en fiche

Portrait de moudibelle

bravo pour ce témoignage!  triste réalité mais ceci est vraiment presque le quotidien des personnes. vivants avec le VIH.

on espère que cela changera un jour.

Portrait de Sealiah

Rien.Je peux lire des millions de témoignages me narrant la discrimination des S+.Le changement moudibelle ne viendra que de NOUS.Comment crois-tu que le peuple noir a acquit sa reconnaissance?Les indiens d'amérique?Les juifs?Les handicapés?

"ON" espère qu'un jour celà changera??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????.

Tu peux compter sur ton voisin,tes ami(e)s, ta famille?

Pleurer sur le site?

Je n'ai pas eu de réponses à mon questionnement sur le blog.Il va falloir vous bouger le cul.Je suis entrain de vous parler pour rien.C'est quoi votre problème?

Rien contre toi moudibelle.Vôtre passivité me lasse.

Lohic.

Portrait de nathalie65

Non je pleure pas  ! 

J'ai d'autres choses à faire dans ma vie que de pleurer sur un site !

Je n 'aime pas la vulgarité et je n'aime pas qu'on mette tous les séropos dans un même sac ! 

On fait ce qu'on veut ! je ne suis pas un mouton !!

Je me bats actuellement pour les animaux, les océans la planète !!

Moi je ne me marre pas de la discrimination quelle qu'elle soit !! Pas étonnant que vous n'ayez pas eu de réponses à votre questionnaire, quand on est agressif ou en colère on attire rien de bien !!

Le changement viendra de nous oui mais sans agressivité et avec de l'amour !

A la question : c'est quoi votre problème ? je réponds : c'est vous qui avez un problème ...cherchez, apprenez, grandissez !!

Cordialement.

Portrait de Sealiah

De Stockholm à Lima. Deux syndromes bien connus.J'aurais pu dans mon passé professionnel développer le premier dans les entreprises paternalistes dans lesquelles je travaillais.Beaucoup d'estime et d'amitié de ma part envers ces patrons.Avant d'agir d'une façon "agressive (selon eux) je me suis torturé l'esprit .Avais-je le droit de défendre ma santé ,ma dignité?Avais-je le droit de défendre celles de mes collègues menacés?Devais-je considérer leur sympathie envers moi plus importante que le préjudice qu'ils étaient entrain de me et nous faire subir?Entre ma sympathie et le droit, le choix est difficile.

Si j'avais choisis la sympathie la situation n'aurait jamais évoluée.Je subirais encore à l'heure actuelle la situation du fait de mettre résigné et de mon inaction.

J'ai choisi le droit.Je suis allé "CHERCHER".J'ai APPRIS et j'ai GRANDIS pour reprendre tes termes nathalie65.De victime consentante je suis devenu agresseur ( selon eux ).Si j'avais accepté le qualificatif d' "agresseur" moi qui suis pacifiste, j'aurais eue une problème de conscience. J'ai dû travailler sur ce concept.Imposer à l'autre des situations pénibles, préjudiciables et condamnables est une agression.User de la loi  que nous sommes touts sencés respecter pour faire cesser ces situations n'est pas une agression.

Mon questionnement ne porte pas de savoir quel est le problème.Je le connais. Mais de savoir si actuellement par la loi nous pouvons faire cesser la discrimination envers les S+? L'auteur du blog est secrétaire général de AIDES.Une association qui lutte contre le HIV et le SIDA.Une sorte de porte-parole.Doi-je me satisfaire seulement du constat de la situation qui ne me fait pas rire nathalie65?Nous la connaissons  pour être des anciens S+, toi comme moi.Du porte-parole,j'attend de connaitre quels sont les moyens mis en oeuvre pour changer le constat alarmant.Ma colère n'est pas à l'encontre des S+ mais contre l'absence de réponse du porte-parole (pas forcément Mr Pallot).Je peux me défendre individuellement si je suis discriminé.Je ne ferais que satisfaire le "CHACUN POUR SOI".Nullement faire avancer la situation générale.Il y aurait jurisprudence si j'avais dû poursuivre une institution ou un individu pour discrimination de ma personne dûe à ma S+.Je témoignerais ici pour vous donner les ficelles.Je n'ai pas été discriminé pour ces raisons et c'est bien dommage.

Je n'ai aucun amour envers mes "bourreaux" comme envers ceux et celles qui détruisent impunément la faune et la flore.Je n'ai pas de problème avec "STOCKHOLM".

Amener le bourreau à LIMA m'importe plus.

Je considère ce site comme un forum de discussions,de réfléxions.Un lieu de mémoire aussi du fait des témoignages.L'attaque personnelle qui d'écoule la plupart du temps de l'interprètation paranoïaque de l'interprète me sidère.Je ne suis pas là dans un échange épistolaire,j'ai la MP pour celà.

Bien à vous.Lohic.

Portrait de kapcod

jac74 a écrit :

bonsoir a tous.

Séro vih depuis 1988 et vhc, je rejoins les propos de laurent.

Moi aussi j'ai été discrimine, et le plus qui ma fais mal, cet a l'hopital ou en clinique.

Aujourd'hui, je ne communique plus mon état, car le personnel et censé prendre les mêmes précautions avec les autres patients. Il peuvent trés bien soigné des patients qui sont infectés sans le savoir, et la ou est la différence.

Malgré tout, tous n'est pas si mauvais dans ces milieux. Je tiens quand meme a remercier tous le corp médical qui s'occupe de notre santé, il font un boulot formidable, en début d'année il mon soigné mon hépatite et la un grand merci, surtout le service d'infectiologie d'annecy.

Comme je ne suis pas un grand bavard j'arréte la

soyez fort

jac

Bonsoir Jac74,

Je suis entièrement d'accord avec toi.Mais je dois reconnaître que je suis assez souvent tombé sur des professionnels médicaux bienveillants.

Portrait de alan

J'ai eu la chance de ne pas connaître de discrimination de la part de médecins ou du personnel infirmier. J'ai plutôt rencontré des gens bienveillants.

J'ai le même dentiste depuis de nombreuses années et je lui ai dit mon statut sérologique  lorsque je l'ai appris et il m'a toujours soigné comme avant, et nous faisons toujours des blagues.

Bref, rien à reproché au milieu médical. Je suis à Bruxelles.