Si ça se reproduit, je répondrai "non" partout.

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Antoine habite en Suisse. En 2008, il change d'emploi et déclare lors de l'embauche son statut sérologique. Mais en cas d'arrêt de travail prolongé, il ne percevra son revenu qu'au maximum 2 à 3 semaines ...

En 2008, j’ai trouvé un travail dans une entreprise étrangère qui s’installait en Suisse. Au début, on m’a donné tout un tas de formulaires à remplir. Il y avait notamment celui pour la perte de gain. J’ai voulu faire une déclaration honnête en déclarant ma séropositivité. Cela m’était déjà arrivé dans un emploi précédent et j’avais écrit au médecin conseil pour la LPP en lui disant que si ma situation devait entraîner un traitement différencié, je voulais en être informé. A l’époque, ce médecin m’avait assuré que j’étais couvert comme tout le monde. En 2008, j’ai donc fait pareil et j’ai écrit au médecin de cette autre assurance pour la perte de gains. Je lui ai envoyé mes informations, en insistant sur le fait que si ça devait entraîner un traitement différencié je voulais même qu’il détruise mon courrier. Ce monsieur m’a répondu que, compte tenu de ma situation, l’assurance ne pouvait pas me prendre en charge. Je lui ai aussitôt téléphoné pour lui dire que je craignais qu’il communique à mon employeur des informations que ce dernier n’avait pas à connaître, c’est-à-dire que l’assurance ne voulait pas m’assurer en raison de cette maladie. Il m’a répondu que je n'avais qu'à y penser avant. J’ai ensuite reçu une lettre de la direction de l’association comme quoi l’assurance ne me prenait pas en charge et que dès lors c’est le Code des Obligations qui s’appliquera en cas de maladie, ce qui veut dire que l’employeur devra verser une allocation pendant deux ou trois semaines au maximum en cas de maladie. Après quoi, ma cheffe m’a posé des questions sur ma façon de travailler. Elle trouvait que la prise de poste n’allait pas assez vite et qu’elle avait des motifs d’insatisfaction. On s’est ensuite revu et tout s’est bien passé, on a même parlé du calendrier de travail pour la fin de l’année. Puis arrive la fin de ma période d’essai et elle m'informe qu’elle ne souhaite pas donner suite à mon contrat.

On ne peut jamais savoir si c’est un problème lié à ma performance dans le travail ou s’ils ont eu peur, comme j’avais un poste à responsabilité, d’investir sur moi et que je leur claque entre les doigts. La personne que j’ai remplacée s’est elle-même arrêtée pour cause de maladie. Moi ce n’est pas tellement la décision de l’employeur qui me choque, c’est plus le comportement de l’assurance. Maintenant si ça se reproduit, je répondrai sur les formulaires “Non” partout. Je préfère ne pas être assuré. Même si c’est avantageux qu’un employeur propose une assurance perte de gain, dans les cas particuliers comme le mien, ça viole un principe, c’est celui de la protection des données et de la sphère intime. Je précise que depuis mon infection, c’est-à-dire depuis quinze ans, j’ai toujours été en très bonne santé, tout en travaillant à plein temps dans des environnements de travail exigeants.

Perte de gain, en pratique
En cas d’interruption de travail prolongée, le maintien du salaire prévu par la loi (LAMal) n’offre pas une protection suffisante contre les pertes de revenu. De plus, une éventuelle rente d’invalidité n’est versée qu’après un délai d’attente d’une année. Pour combler cette lacune, des assurances d’indemnités journalières sont prévues, et beaucoup d’employeurs concluent une assurance collective de ce type pour leurs employés. Mais ces assurances sont régies par du droit privé (contrairement à une assurance comme la LAMal) et les assureurs examinent de très près la santé des demandeurs. A l’heure actuelle, si le demandeur est séropositif, la demande d’assurance est rejetée et bien entendu l’employeur est informé de ce refus sans pour autant en connaître le motif.

Illustration : Romain

 

Portrait de nathan

Comme on a invoqué les études concernant l'indétectabilité de la charge virale dans certains jugements, pourquoi n'opposerait-on pas le traitement (précoce) aux assureurs pour aller contre leur décision de ne pas assurer les séropositifs ? Je pense que c'est un combat à mener. Et du même coup, pas de risque de discrimination telle que celle décrite dans cet aticle.