AERLI, pour comprendre, pour défendre !

Publié par Rédacteur-seronet le 11.07.2012
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droguesaerli
AERLI (Accompagnement et Education aux Risques Liés à l’Injection) est une recherche financée par l’ANRS (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales), en partenariat avec les chercheurs de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale/ORS-PACA). C’est une recherche importante concernant la réduction des risques chez les personnes consommatrices de produits. Interviews de différents acteurs de cette recherche.
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Treize équipes de AIDES sont impliquées au côté de celles de Médecins du Monde, dans une étude, inédite en France, chez les consommateurs de drogues par voie intraveineuse fréquentant les actions CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues). Les personnes s’engagent, aux côtés des associations, dans cette recherche pour une année. Un lieu leur est dédié dans AIDES pour la consommation par injection de leur produit habituel, trois fois au cours des cinq premiers mois de l’étude. Pendant la séance d’injection, les deux militants présents recueillent les données utiles à la recherche. La personne, grâce aux échanges avec eux, va observer sa pratique pour la modifier ensuite, et décider d’agir sur ce qu’il lui semble possible d’améliorer.


AIDES propose les séances d’AERLI dans huit villes, tandis que les six autres sont le bras témoin de la recherche. Grâce à ce bras témoin, on tentera de voir (ou pas !) que si les pratiques se transforment par la simple fréquentation de l’espace CAARUD, ces changements sont moins rapides que si les personnes avaient bénéficié d’AERLI. AERLI participe au renforcement des compétences des personnes, pour mieux prendre soin de leur santé. Ainsi, les personnes limitent les risques de contamination de l’hépatite C et/ou du VIH/sida, tout en préservant leur capital veineux pour mieux se faire dépister. Elles viennent donc vers nous avec leur produit de consommation habituel, parfois illicite, et partagent ce moment plutôt intime qu’est la consommation d’un produit : elles sont militantes, pour elles-mêmes et pour leurs pairs. Et c’est là toute la force du projet AERLI. Alors, bienvenue dans l’aventure !

Géraldine Boyault est militante à AIDES Nevers
D’après tes échanges avec les personnes que tu rencontres, quelles sont leurs motivations pour entrer dans la recherche AERLI ?  
"Pour l’aspect politique : Si ce projet arrive à terme et prouve son efficacité, ça changera le paysage de la réduction des risques en France", nous disent-elles. "Inscrit dans les lois, il donnera des possibilités de changements comme l’accès à ce type d’action dans tous les CAARUD, ou aux salles de consommation. Peut-être arriverons-nous à obtenir la dépénalisation de l’usage, et donc, changer le regard porté sur les consommateurs. Ensuite, c’est l’amélioration de ses propres pratiques. Trouver ses veines puis les garder en bon état longtemps, ne pas se faire mal, ne pas se faire des infections et ne pas se contaminer. Enfin, c’est pour observer les effets, à long terme : sur les générations suivantes où les nouveaux injecteurs, qui commenceront peut-être à injecter dans de bonnes conditions. C'est le souhait de l’appropriation et de la transmission des pratiques adéquates par les personnes entrant dans l’étude".

Marie Debrus travaille à Médecins du Monde

Médecins du Monde s’intéresse depuis longtemps à l’Education aux Risques Liés à l’Injection (projet ERLI, poursuivi depuis plus d’un an en milieu urbain).

Selon ton expérience de militante, quel est l’intérêt de mener cette recherche avec les militants de AIDES ?
"Le climat récent, très répressif, n’est pas favorable à la réduction des risques. Les projets innovants sont difficiles à défendre et développer, surtout s’ils soulignent les contradictions du cadre législatif : la loi de 70 qui pénalise l’usage et la facilitation d’usage, versus la loi du 4 août 2004 qui inscrit la politique de réduction  des risques dans la loi de santé publique. Dans un tel contexte, il est indispensable de faire front commun pour résister et faire avancer la réduction des risques. AIDES comme Médecins du Monde sont des acteurs historiques en France, il est logique d’œuvrer ensemble. Aussi, l’étude AERLI est un véritable défi, et de nombreuses compétences sont nécessaires. Nous voulons qu’elle profite aux personnes, et qu’elle soit pertinente d’un point de vue scientifique. C’est à ces conditions que nous pourrons parvenir à faire reconnaître cette approche. Le rapprochement d’une association communautaire et d’une association médicale ne peut que nous enrichir en partageant nos cultures. Et, ce projet commun permet de couvrir le territoire national : il doit se décliner et s’adapter aux contextes des personnes. C’est un travail d’équipe et une belle aventure à vivre, c’est une chance d’y participer".

Patrizia Carrieri est chercheure à l’Inserm Observatoire régional de la santé de PACA, et co-responsable de cette étude dans les CAARUD
Qu’attend-on de l’évaluation d’une intervention de réduction des risques, en général ?
"Qu’elle réduise les risques liés à la prise de drogues. Il est possible d’étudier l’impact d’une intervention de réduction des risques sur différents marqueurs. Les marqueurs directs nous donneront des résultats quantitatifs, grâce à l’intervention : réduction de la mortalité, des overdoses fatales et non fatales, de l’incidence et/ou de la prévalence du VIH, du VHC, d’autres infections sexuellement transmissibles, des comorbidités associées à l’usage de drogues.

Si les marqueurs directs sont difficiles à évaluer, on s’intéresse à des marqueurs indirects qui sont censés aboutir à une diminution des risques : améliorer sa connaissance, réduire les prises de risques, amélioration de sa qualité de vie. Plus largement, améliorer l’accès aux soins et de la prise en charge des comorbidités associées à l’usage de drogues (observance aux antirétroviraux par exemple). A côté des points soulevés par les experts de la réduction des risques dans le rapport Inserm ("Expertise sur la réduction des risques", 2010), de nombreuses questions restent à étudier. Les pratiques des acteurs de terrain sont nombreuses et variées. Pour celles qui n’ont pas bénéficié d’une évaluation scientifique permettant de les valoriser, il faut mettre en évidence les bénéfices à travers des résultats scientifiques positifs : c’est l’un des garants de la pérennisation de ces projets et de leur diffusion".

Commentaires

Portrait de dboy30

pharmacie ? Avril dernier, je suis rentre dans une premiere pharmacie a Paris et j'ai demande a acheter une petite seringue de 3-4 ml. La pharmacienne m'a repondu qu'elle n'en a plus.

Tres surpris de la reponse, j'ai traverse la rue pour m'adresser a une autre pharmacie.

La pharmacienne m'a demande pourquoi j'en ai besoin ? J'ai du mentir et lui dire que c'est pour mon chat malad et que je dois lui faire boire ses traitements par la bouche... Et pour l'assurer, j'ai rajoute que je n'ai pas besoin de l'aiguille.

 Elle a accepte de me vendre une seringue seulement apres cette explication, et elle a enleve l'aiguille avant de me la vendre ...

Comment voulez vous que les consommateurs de substance puissent se fournir facilement du materiel pour se shooter sans partage de seringue !

Portrait de frabro

Depuis 1988, les seringues sont en vente libre sans ordonnance et les pharmacies n'ont (en principe !) pas le droit d'en refuser la vente, quel que soit le modèle.

Ceci dit, beaucoup d'officine refusent encore de le faire, tout comme elles refusent les prises en charge en ville de vente de produits de substitution. DBOY30 fait bien de nous rappeler cette triste réalité plus de vingt ans après cette libéralisation. Pour les usagers injecteurs, ASUD produit un annuaire des lieux où trouver du matériel de RDR, ainsi que l'AFR :

http://www.asud.org/rdr/annuaire-rdr-departement-75.html

Il suffit de cliquer sur la carte pour changer de département. J'ajoute que plusieurs fournisseurs médicaux vendent librement sur internet toutes sortes de seringues de diverses contenance, et qu'il est très facile d'y avoir accès. Le pharmacien devrait être un partenaire de la réduction des risques comme il doit être un partenaire de la prise en charge des patients. Il nous appartient (en particulier les associations et les professionnel du secteur addictions)  de le lui rappeler lorsque c'est nécessaire.