AIDES et les femmes : tout un combat !

Initiative Publié par Rédacteur-seronet 1908 lectures
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Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes. A cette occasion, Seronet vous propose une réflexion sur la lutte contre le VIH, les enjeux concernant les femmes et la place qu’elles y ont occupée et occupent encore dans ce combat à travers l’expérience de AIDES. Trois administratrices de l’association : Catherine Aumond, Graciela Cattanéo et Marie-José Lafortune-Léonin ont relevé le défi de revenir sur le passé (sans nostalgie) et de parler de l’avenir.

"La mobilisation sur la question des femmes face au VIH s’est faite de façon assez tardive. Cette situation n’est pas spécifique à la France. Ce n’est qu’en 1992, lors de la conférence internationale sur le sida d’Amsterdam, que cette question a été mise à l’ordre du jour grâce, notamment, à des militantes féministes. On considérait cette nouvelle maladie comme une préoccupation pour la santé des hommes.

Une revue scientifique, publiée aux Etats-Unis en 1985, informe ainsi ses lecteurs que le vagin, "robuste" et conçu pour les rigueurs de la maternité, résisterait au VIH. Ainsi, au début des années 1980, rares sont les médecins ou les experts en santé publique qui considèrent les femmes d’Europe et d’Amérique du Nord comme vulnérables au VIH. Malheureusement, rares sont aussi ceux qui portent attention à la propagation rapide du VIH en Afrique subsaharienne. En 1986, l’Organisation mondiale de la santé en étudiant l’évolution de la propagation du VIH en Afrique et les épidémies croissantes en Amérique du Nord et en Europe, prend conscience que les "robustes vagins" ne protègent pas les femmes. Même si, à l’époque, elles sont moins nombreuses que les hommes à être contaminées, elles ne sont pas pour autant épargnées.

L’épidémie chez les femmes restera longtemps silencieuse et leurs vulnérabilités spécifiques méconnues. En France, la mobilisation se situe autour des mêmes dates. Ce n’est qu’en 1996 qu’ont été organisées les premières actions spécifiques structurées au niveau institutionnel et associatif, des programmes qui prenaient en compte pour la première fois les femmes, non plus dans la seule optique de santé reproductive, mais plus globalement par rapport à des objectifs de santé sexuelle.

Et à AIDES ?

Nous avons toujours été présentes et nombreuses. Au début, en tant que mères, sœurs, amies, conjointes ou simplement militantes fortement engagées dans le soutien et l’accompagnement, la lutte contre les préjugés et les discriminations. Puis, vers la fin des années 80, sont arrivées les femmes vivant avec le VIH, certaines originaires d’Afrique. C’est à ce moment-là, que se sont constitués les premiers groupes de paroles de femmes séropositives et les groupes parents/enfants.

Le désir d’enfant, une prise en charge médicale respectueuse des spécificités des femmes et la difficulté de négocier la prévention, ont été au cœur des premières revendications. Progressivement, dans le réseau AIDES, des actions visant à renforcer la capacité des femmes séronégatives à se protéger et des femmes séropositives à se soigner vont se mettre en place. L’enjeu est alors de réduire les vulnérabilités des femmes face à l’épidémie VIH en assurant leur visibilité et en faisant valoir leur expertise.

Ces actions vont s’organiser autour de projets locaux concrets touchant pour la plupart les groupes de femmes considérées les plus vulnérables face au VIH, du fait de leur statut social et administratif défavorable, de leur précarité socio-économique, ou de leurs pratiques. Les années 2000 verront se déployer de nombreux projets, avec toujours l’objectif de contribuer à la transformation de la société, là où elle ne répond pas aux besoins des personnes concernées.

Le renforcement des liens avec la recherche, un travail sur les freins sociaux et scientifiques à la participation des femmes aux essais thérapeutiques, la création du groupe "Femmes" du TRT-5 ; la participation des militantes à l’élaboration des rapports d’experts sur la prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH ; le développement des solidarités internationales avec les associations africaines et européennes ; les successifs Etats Généraux "Femmes et VIH" avec Act Up-Paris et le Mouvement français pour le Planning familial ; les campagnes de plaidoyer pour les microbicides et de communication pour le préservatif féminin ; la première conférence de presse de quinze militantes séropositives, témoignant à visage découvert un 8 mars ; les ateliers santé et droits avec les femmes migrantes ; les publications comme le numéro spécial Remaides "Femmes", "Femmes Plus", Info Femmes", "Santé SexuElles", "Je consomme et alors ?", etc. pensées et créées par elles, pour elles ; les rencontres Femmes séropositives en actions  et leurs suites : l’enquête EVE et la Disance et Femmes en Action, le dernier événement en date, ses films et ses revendications : ce sont autant d’actions qui ont jalonné l’histoire des femmes de AIDES.

Politiquement, les femmes ont toujours été présentes et plusieurs ont marqué l’histoire de AIDES par leur engagement et leurs contributions, qu’elles soient ou non spécifiques aux femmes.

Et demain, la fin des épidémies ?

Les inégalités entre hommes et femmes entretiennent les épidémies et en intensifient l’impact. Arriver à y mettre fin exigera de libérer aussi bien les femmes que les hommes des normes et des stéréotypes qui les rendent vulnérables. Les violations des droits des femmes alimentent les épidémies du sida et des hépatites, aussi bien dans les pays en développement que dans les pays  industrialisés. Il est certain que le statut des femmes ainsi que les lois et politiques qui protègent leurs droits sont très différents. Mais la situation est la même en France pour les femmes qui vivent dans la pauvreté, celles originaires des régions du monde où l’épidémie de sida est forte, celles qui consomment des drogues injectables, qui exercent un travail sexuel, qui sont en prison et toutes celles dont la dépendance sociale et économique limite les choix et entraîne un risque d’abus et de violence.

Pour atteindre nos objectifs de fin des épidémies, nous devons continuer le combat, pour que nos actions se consolident et se développent, pour que les réponses novatrices trouvées aux obstacles que nous rencontrons, en tant que femmes concernées, soient reconnues, soutenues politiquement et financièrement, en interne dans notre association et à l’externe. L’ensemble de la communauté AIDES, dans sa diversité, doit se mobiliser et soutenir cette démarche sans ambiguïté et sans états d’âme".

Catherine Aumond, vice-présidente de AIDES, présidente de AIDES région Centre Val de Loire, administratrice
Graciela Cattanéo, présidente de AIDES région Normandie, administratrice
Marie-José Lafortune-Léonin, présidente de AIDES région Caraïbes, administratrice

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Commentaires

Portrait de IMIM

une spécificité pour les femmes s+, ex-tox et hétéros......mdr

 

Tant qu'à faire des groupes, évitez d'en oublier !!!!