Aids 2016 : Clap de fin à Durban

Conférences Publié par Mathieu Brancourt 2880 lectures
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La studieuse semaine se referme. Les participants ont assisté aux dernières sessions et à la traditionnelle cérémonie de clôture. Le Village associatif, grouillant et bruyant depuis cinq jours, s’est tu. L’ensemble des travaux et réflexions sont maintenant dans les bagages des conférenciers. Fatigués mais certainement regonflés dans leur envie de continuer le combat contre l’épidémie. Dernier retour, sur le chemin du retour, sur la fin d’une semaine animée et militante, faite de bonnes et mauvaises nouvelles, mais riche en toutes parts de rencontres, d’échanges et de nouvelles données. La dernière salve d’actualités de la conférence, c’est maintenant.

L’autotest star d’une étude comportementale en Afrique

L’étude Star est la plus grande enquête d’auto-dépistage jusqu’à aujourd’hui. Menée en Afrique jusqu’en 2020, elle vise à déterminer la faisabilité de l’auto-dépistage, son acceptabilité par les personnes, mais aussi son impact selon l’ampleur de son déploiement. Elle a rendu ses résultats préliminaires à Durban et montre que les personnes sont déjà très intéressées par l’outil. Dans la première phase de l’étude, 730 000 kits d’autodépistage seront distribués au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe. Le programme sera étendu à l’Afrique du Sud dans une deuxième phase. Une des priorités essentielles de la recherche est de déterminer la meilleure façon d’offrir l’accès aux autotests. Soit le libre accès dans les pharmacies. L’accès dit semi-restreint, par l’intermédiaire des agents de santé communautaire ou des pairs, et l’accès restreint, par l’intermédiaire des professionnels de la santé. Certains perçoivent l’autotest comme un moyen d’améliorer le recours au dépistage chez les hommes, car ces derniers sont moins nombreux à avoir déjà effectué un dépistage VIH, peu importe la méthode. La potentielle obligation ou incitation coercitive au dépistage est un des problèmes potentiels de ces autotests, d’autant plus que dans de nombreux pays où il est envisagé, le taux de violences sexistes et homophobes est élevé. Les femmes qui rapportent les kits d’autotests chez elles se sentent valorisées, alors que les hommes le vivent comme une contrainte et se sentent poussés à faire le test.

Traiter partout et rester indétectable : la terre promise

La session "Traiter tôt et rester indétectable" a examiné les données complémentaires sur la recommandation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de mise sous traitement ARV de toutes les personnes vivant avec le VIH quel que soit le nombre de CD4. Et cela en regard de l'expérience en vie réelle des pays travaillant à faire de cette recommandation une réalité. Les données recueillies en Afrique du Sud ont montré que la disponibilité immédiate des antirétroviraux après le dépistage positif au VIH est associée à une mortalité plus faible, l'amélioration de l’immunité via le taux de CD4 et à une baisse de l’incidence et donc des contaminations au sein des couples. L'étude PROMISE a aussi montré que le maintien de la trithérapie pour les femmes venant d’accoucher  est associé à moins d’évènements indésirables que s’il y a un arrêt du traitement après l’accouchement. Cependant chez d’autres femmes, qui n’étaient elles pas encore sous traitement, le taux d’acceptabilité de cette mise sous traitement précoce restait faible. Pour pouvoir atteindre cet objectif partout et rapidement,  les chercheurs préviennent qu’il faudra que d’autres options thérapeutiques soient disponibles dans les pays, pour ne pas créer de tensions dans l’accès aux médicaments. Cependant, la conclusion de ces données en réel était claire : le passage à un critère plus large de mise sous traitement, de 350 CD4 à 500 CD4, est faisable et n’a pas d’impact défavorable pour le maintien dans le soin et le traitement de ceux qui étaient déjà sous ARV.

Clôture et passages de témoins

Lors d’une session finale très dense les différents rapporteurs, chargés pendant la conférence de noter scrupuleusement les différentes conclusions fournies par les études ou résultats (retour à suivre bientôt ici), ont présenté leurs travaux. Cinq témoins permettant de prendre de la hauteur et de pouvoir, à défaut d’avoir pu le faire en direct, avoir une vision globale et problématisée des différentes discussions de Durban seconde édition. Mais la cérémonie de clôture, c’est surtout de longs remerciements et l’annonce de la future ville qui, dans deux ans, accueillera à son tour la Conférence internationale sur le sida et prendre, en quelque sorte, le relais dans l’avancée de la lutte contre l’épidémie. Avant cela, le président de l’International aids society (IAS), a, lui aussi, livré son ressenti sur cette semaine sud-africaine passée. Chris Beyrer a remercié l’ensemble de la communauté scientifique et activiste sur le VIH, et a lancé un nouvel appel pour la PrEP : "En 2000, Durban lançait l’ère de l’accès aux traitements. Faisons de cette conférence de Durban 2016 celle de l’ère de l’accès à la PrEP". Avant de passer le relais en tant que président de l’IAS à Linda Gail-Bekker, chercheuse sud-africaine au Centre Desmund Tutu. Cette dernière a lancé la seconde Déclaration de Durban, qui doit être un "chemin clair et précis pour nous emmener à la prochaine conférence en 2018." Aucun suspense cependant, puisque Amsterdam avait été annoncée bien avant la Conférence de Durban. C’est donc les Pays-Bas qui devront à leur tour recevoir un flot d’activistes et de chercheurs. Et petit cocorico, c’est Paris qui, l’année prochaine, accueillera la conférence intermédiaire scientifique. Donc pour Seronet à la conférence internationale sur le sida, on dit "see you next year", à domicile !