Croi 2014 : Traitement et prévention au Sud, quels défis et quelles opportunités ?

Publié par Renaud Persiaux et Emmanuel Trénado le 10.03.2014
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ThérapeutiqueCroi 2014accès aux traitementsprévention

Autotests, outils de suivi de l’épidémie, mortalité, cascade alternative. Jeudi 6 mars, une très riche session consacrée aux enjeux au Sud évoquait les défis et opportunités de l’accès à la prévention, aux dépistages et aux traitements. Pays par pays, Seronet fait le point.

Ouganda : l’expansion de l’accès aux ARV réduit la transmission du VIH dans les couples séronégatifs

Plusieurs milliers de couples de la région de Rakaï en Ouganda participent à une cohorte de suivi de l’infection par le VIH. Mary K. Grabowski (John Hopkins University) a présenté une recherche qui visait à évaluer l’impact de l’introduction des ARV sur l’incidence du VIH dans les couples où les deux partenaires étaient séronégatifs. Les hommes avaient un peu plus de partenaires sexuels en dehors du couple. Les femmes avaient, elles, plus de difficultés à le dire dans les questionnaires. Globalement, l’introduction des ARV a réduit de manière significative l’introduction du VIH parmi ces couples.

Malawi, Afrique du Sud et Ouganda : Les auto-tests bien acceptés et efficaces

Deux présentations ont discuté des résultats de programmes de tests auto-administrés (autotests) ou de dépistage à domicile. Les résultats de ces deux programmes sont très encourageants en termes d’acceptabilité et de découverte de nouveaux cas de séropositivité.

Afrique du Sud : une campagne discriminatoire et inutile

De nombreux pays africains ont mené des campagnes de sensibilisation sur le VIH/sida, certaines de ces campagnes alertent les jeunes filles sur le risque qu’elles prennent en ayant des relations sexuelles avec des hommes plus âgés. Un exemple de campagne de sensibilisation met en avant le portrait d’une jeune fille avec le message suivant : Sugar daddies destroy lives, un sugar daddy étant un monsieur plus âgé et généreux.

Mais les femmes déclarant avoir des relations sexuelles avec des hommes plus âgés sont-elles réellement plus à risque d’être infectées par le VIH ? C’est ce qu’a cherché à déterminer, Guy Harling de Harvard, qui a mené un travail sur une cohorte de femmes du KwaZulu-Natal, une région d’Afrique du Sud très pauvre et très touchée par le VIH, en comparant des femmes ayant des partenaires de même âge, de plus de 5 ans qu' elles et de plus de 10 ans.

Résultats ? Il n’y a, en fait, aucune différence entre celles qui déclarent des rapports sexuels avec des partenaires de leur âge en comparaison avec des partenaires plus âgés. Parmi les femmes plus âgées (plus de trente ans), c’est même le contraire, plus elles déclarent avoir de partenaires plus âgés moins grande est la probabilité de s’infecter par le VIH.

Kenya : un outil pour suivre l’évolution de l’épidémie

William Maina (Programme national de lutte contre le sida du Kenya) a présenté la nouvelle méthode que son pays utilise pour suivre l’évolution de l’épidémie de VIH, tant pour le nombre de personnes séropositives que pour l’accès aux traitements. Cette méthode consiste en la réalisation d’une enquête nationale représentative de la population kenyane. Plus de 16 000 adultes (15-64 ans) et plus de 6 000 enfants (18 mois-14 ans) y ont participé.

Chaque personne répondait à un questionnaire et une prise de sang était effectuée. Cette étude a permis d’estimer que la prévalence du VIH était de 5,6 % et que 61 % des personnes séropositives (avec moins de 350 CD4) avaient accès au traitement. Si le Kenya devait adopter les nouvelles recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (traiter si un niveau de T4 est inférieur à 500), la couverture chuterait alors à 46 %.

Pas un mot, en revanche, de l’estimation de l’épidémie dans les populations les plus exposées au risque d’infection (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, travailleuses du sexe, usagers de drogue par injection, personnes détenues, etc.)

Une cascade au Sud

La cascade de traitements permet d’estimer le pourcentage de personnes séropositives en traitement avec une charge virale indétectable. En France, la cascade est estimée à 52 %, aux Etats-Unis aux alentours de 20 %. Estimer la cascade au Sud reste difficile, une équipe proposait une méthode alternative.

Estimer la cascade au Sud reste difficile, car trop de données sont indisponibles et l’accès aux examens de mesure de la charge virale trop limité. En revanche, une cascade de personnes séropositives dans le soin régulier depuis plus de 12 mois peut donner des informations importantes pour les programmes de lutte contre le sida. Une équipe de l’université de Columbia à New York a travaillé sur les informations concernant près de 400 000 patients Sud-Africains qui avaient consulté au moins une fois une des 217 cliniques de prise en charge.

La cascade adaptée estime que 23 % de ces personnes sont sous ARV depuis plus d’un an. Les chercheurs ont développé une cascade alternative qui permet de donner plus d’information au système de santé pour adapter l’offre de soin. Cette cascade alternative décrit la file active à 3 mois, 6 mois et 12 mois et détaille à chaque fois le pourcentage de personnes éligibles qui prennent un traitement, les personnes dans le soin régulier, mais qui ne prennent pas encore de traitement, le pourcentage de personnes toujours en traitement, le pourcentage de personnes perdues de vue, et le pourcentage de décès. Dans cette étude de la cascade alternative, à douze mois, 38 % des personnes sont dans le soin, 54 % sont perdues de vue, 3 % sont décédées et 5 % ont été transférées dans une autre clinique.