CROI à Boston : Le "M.I.T" de la Côte Est

Conférences Publié par Mathieu Brancourt et Bruno Spire 773 lectures
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Chaque année, la plus grande conférence américaine sur le VIH/sida fait sa migration pendulaire. Pour l'édition 2018, c’est à Boston, à deux pas d’Harvard, que la CROI (Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes) s’est posée dimanche 4 mars. Au programme des ateliers pré-conférence éclairants et la cérémonie d’ouverture, qui donne le ton politique. Après le cru 2017 et son contexte xénophobe du "Muslim ban", difficile d’échapper à l’inquiétude face au désintérêt de l’administration Trump concernant la recherche et le sida, mais aussi à la voix des femmes et à leur place dans les sciences.

Pour sa 25e édition, la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes a posé ses valises dans la plus européenne des villes américaines : Boston. Rien d’original en soi, puisque celle-ci est désormais organisée en alternance à Seattle, l’autre ville hôte de la conférence (1). Pendant quatre jours, le Massachusetts devient l’Etat capitale de la recherche sur le sida et les hépatites, un rendez-vous important pour évaluer la vivacité de la recherche fondamentale concernant un virus dont on ignore encore beaucoup.

Avant le coup d’envoi des présentations lundi 5 mars, la veille est une sorte de "faux départ", consacré à plusieurs sessions introductives dédiées à balayer les enjeux de la recherche médicale actuelle. Cette année, au programme, la question de la représentation et de la place des femmes dans la lutte scientifique contre le virus. Sans surprise, le monde des chercheurs n’est pas épargné par la sur-représentation des hommes. C’est ce que sont venues dénoncer plusieurs enseignantes, chercheures et cliniciennes concernant le travail à mener en termes de parité et d’accès aux postes, aux articles scientifiques ou même la présentation des essais durant les conférences. Et même la CROI, encline à montrer la voie et à donner la parole à ces femmes peut être prise en défaut. Parmi les panelistes autorisé-e-s à s’exprimer, seules 36 % étaient des femmes. Même si, pour la première fois de son histoire, une majorité des abstracts retenus par le comité scientifique de la CROI était soumis par des femmes.

La cérémonie d’ouverture, elle, a voulu regarder dans le rétroviseur, au nom des vingt-cinq éditions précédentes. Un quart de siècle après les débuts de ce rassemblement de chercheurs américains désespérés, en 1994, à trouver des solutions face à un virus qui deviendra, l’année suivante, la première cause de mortalité aux Etats-Unis, et cela juste avant la découverte des premières trithérapies efficaces. "Devant le peu de possible, nous avons dû faire l’impossible" se remémore la docteure Judith Currier, présidente de la CROI 2018. Cette dernière s’inquiète des possibles reculs dans les progrès de la réponse à l’épidémie, notamment devant la menace de la baisse des dotations du programme américain Pepfar (2), mais aussi des crédits de recherche, dans le pays leader dans l’investigation scientifique sur le VIH/sida.

"21 millions de personnes ont accès à un traitement antirétroviral dans le monde. Nous avons déjà beaucoup fait avec ce que nous avons, mais nous ferions plus si nous avions plus. Pas de vaccins, pas de guérison et nous ne sommes pas prêts au vieillissement des personnes séropositives", abonde Judith Currier. Plus que jamais, les progrès accomplis peuvent être perdus à l’aune de la fin de la volonté politique des puissants de ce monde. Il est donc vital pour les chercheurs comme pour les personnes vivant avec le VIH qu’un certain Donald arrête de faire son Picsou !

(1) : La prochaine conférence, la CROI 2019, est d’ores et déjà annoncée pour le 4 mars 2019 à Seattle.
(2) : Le President's emergency plan for aids relief (Pepfar) est un plan d'aide d'urgence à la lutte contre le sida à l'étranger que le président des Etats-Unis George W. Bush a lancé en 2003.

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