Aids 2016 : Deuxième jour sans concessions à Durban

Conférences Publié par Mathieu Brancourt et Agnès Daniel 3313 lectures
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Deuxième jour de conférence, mais le premier des sessions officielles. Au cœur de l’ICC (International convention center), les participants peuvent assister à un nombre incalculable de présentations, débats ou interventions. Ce mardi, la session plénière du matin a réservé de beaux moments, puis la PrEP avait le beau rôle, avec des chiffres intéressants venus des Etats-Unis. Compte-rendu.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

C’était la question introductive de la plénière du mardi matin, première session officielle de toute la Conférence Aids 2016. Avec en entrée, une photographie de la situation épidémiologique du VIH dans le monde. C’est Steffanie Strathdee, chercheure à San Diego et activiste, qui a dressé le bilan nuancé en 2016 : 37 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. Les progrès sont là, avec une couverture en traitement historiquement haute (17 millions) et des progrès dans l’accès aux soins ou à la prévention. Le nombre de décès liés au VIH/sida a baissé de 43 % depuis 2003. Mais les inégalités demeurent immenses. En Afrique du Sud, 2 400 jeunes adolescentes se contaminent chaque semaine. L’Afrique concentre près de 70 % des personnes vivant avec le VIH, avec une situation critique en Afrique australe. La criminalisation du VIH reste une immense barrière au dépistage et à l’action des activistes anti-sida. Aujourd’hui, le VIH n’est plus une simple question de santé publique, micro et macro, mais bien une corrélation de facteurs économiques, sociaux et légaux", explique Steffanie Strathdee. Dans le monde, les lois répressives ont un coût en matière de contamination. Chez les usagers de drogues en Roumanie, des politiques inclusives et une promotion de la réduction des risques permettraient de réduire les infections au VIH de 20 %. "On peut aussi freiner l’épidémie avec des réformes légales", explique-t-elle encore. Les facteurs structurels comptent, et la prévention doit en prendre conscience pour faire bouger ces lignes. L’enjeu économique n’est pas négligeable non plus. Les outils connus, leur coût ne doit pas être un nouvel obstacle à leur accès. La PrEP est coût efficace pour les groupes les plus exposés à l’épidémie, mais une baisse du prix des molécules permettrait de les rendre "compétitives" partout et pour tous.

Si le coût de la PrEP baissait de 50 %, elle serait davantage coût-efficace de 50 %. "C’est pour cela que les prix doivent baisser", insiste Steffanie Strathdee. Puis de prendre un registre plus personnel, engagé en fin de présentation. "Un activiste sommeille en chacun de nous". Et de rappeler que le silence ne doit pas reprendre le dessus, car il signifie la mort en matière de VIH, citant le slogan d’Act-Up.

En fin de session, Edwin Cameron, ancien héros anti-apartheid, juge à la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud et l’un des premiers hommes publics à avoir révélé sa séropositivité en Afrique du sud, a pris la parole. Dans un discours engagé, il a dénoncé les lois qui criminalisent les séropositifs et les travailleurs et travailleuses du sexe. "Ces lois sont diaboliques et dangereuses", a-t-il défendu, sous un tonnerre d’applaudissements. Puis, il a rappelé le combat historique et toujours d’actualité contre toutes les formes de discriminations ou stigmatisation, qui font le lit du VIH. "La haine de soi, l’intériorisation du stigma coûte de nombreuses contaminations", a déploré Edwin Cameron. Puis, il a invité les activistes, très présents à monter sur scène pour dénoncer les violences légales et sociale contre les personnes séropositives et les minorités.

Nouvelles données sur l’utilisation de la PrEP aux Etats-Unis

Scott McCallister, représentant de Gilead Sciences, a fait une présentation sur l’utilisation de la PrEP aux Etats-Unis depuis son autorisation, en avril 2012, jusqu’en décembre 2015. A partir des prescriptions de PrEP et des ordonnances reçues par les pharmaciens, il a pu analyser le nombre d’utilisateurs uniques de Truvada en PrEP durant ces quatre années, et surtout faire une comparaison géographique selon les Etats. Résultat ? Près de 80 000 personnes ont commencé une prise de PrEP aux Etats-Unis. Ce sont majoritairement des hommes (60 000), même si plus de 18 000 femmes ont, elles aussi, utilisé cet outil de prévention. Depuis 2012, on est passé à 42 000 prescriptions quatre ans plus tard, soit une augmentation de 738 %. L’âge moyen est de 36 ans, stable au fil du temps. Les hommes sont généralement plus vieux. 89 % d’entre eux ont au moins 35 ans, contre seulement 72 % chez les femmes. Sur le plan géographique, ce sont les Etats du Massachusetts, de New York et la Floride qui ont le taux de recours le plus élevé. Au niveau local, les villes de San Francisco, New York City et Washington sont largement en tête. "L’adhésion à la PrEP a grandi très vite aux Etats-Unis", explique Scott McCallister, "même si des barrières à l’accès à la PrEP demeurent chez des groupes très exposés, comme les jeunes femmes et les moins de 25 ans". Il faudra notamment se pencher sur les inégalités et vulnérabilités spécifiques des minorités sexuelles et ethniques. Un gay noir américain a 50 % de risques de se contaminer au VIH au cours de sa vie, soit près de 70 fois plus qu’un homme blanc hétérosexuel.

Problème d’observance à la PrEP chez des adolescents gay

Pour la première fois, un essai de prévention par la PrEP a été conduit auprès de jeunes garçons gays, âgés de 15 à 17 ans. Il n’y avait aucune étude ou données jusque là à ce sujet. Alors que la prophylaxie pré-exposition n’est pas autorisée pour les mineurs, les auteurs de l’essai ont pu proposer du Truvada en prévention à des très jeunes hommes, recrutés sur Internet ou dans des bars LGBT américains. L’essai a été mené sur 48 semaines, afin d’évaluer l’observance et le taux de concentration du Truvada dans le sang, parmi des jeunes gays ayant déjà eu des pratiques à risques, relations anales non protégées par un préservatif ou avec un partenaire séropositif, ayant eu recours au travail du sexe ou encore des relations sexuelles à plusieurs (au moins trois). Sur les 2 500 interrogés, 12 % seulement étaient éligibles aux critères et seuls 70 ont finalement participé à l’essai. Il y a eu trois contaminations pendant la proposition de PrEP, soit une incidence de 6,4 %. En cause, une observance en chute libre au bout de la 12ème semaine. Via le taux de concentration du médicament, les auteurs ont constaté la baisse d’un niveau protecteur du Truvada, de 60 % des participants à seulement 28 % quasiment un an plus tard. Les jeunes non-observants à la PrEP ont plus souvent invoqué la crainte d’être perçus comme séropositifs, ou d’être découverts en tant que gay par leurs parents. Les autres raisons citées sont l’oubli, le fait que c’était trop compliqué et l’éloignement de la clinique. L’observance a donc été plus difficile que ce qui avait été anticipé par les chercheurs, malgré le désir exprimé de prendre soin de leur santé. Pour l’auteure et présentatrice de l’étude, Sybil Hosek, la PrEP orale reste viable, mais demande un accompagnement bien plus abouti et renforcé pour maintenir l’observance et donc l’efficacité du traitement préventif de la contamination. "Et c’est notre responsabilité d’adulte de le rendre possible", défend-elle.

Allégement thérapeutique : résultats encourageants

Seulement quatre jours de prise de ses antirétroviraux dans la semaine au lieu de sept, tel était le défi de l’essai d’allègement thérapeutique ANRS 162-4D. Et cela en maintenant une charge virale indétectable. Et les premiers résultats présentés à cette conférence sont plutôt bons. Les 100 personnes incluses étaient traitées par antirétroviraux en trithérapie depuis en moyenne cinq ans, et avaient une charge virale indétectable depuis quatre ans. Chez 96 % des participants, la charge virale reste supprimée dans le temps. Seuls trois patients présentaient une charge virale de nouveau détectable à la quatrième semaine de l'étude (S4), à S12 et S40 (respectivement 785 copies/mL, 124 copies/mL et 969 cp/mL). La charge virale est redescendue sous le seuil de détection avec le retour à un schéma de traitement classique. Un participant a quitté l’essai en quatrième semaine. Ces résultats ont été présentés par le Dr Pierre de Truchis, de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (AP-HP). Ce dernier explique dans le communiqué de l’ANRS que "l’analyse des études d’observance a montré que le programme 4/7 jours a été très bien suivi et accepté par les patients. Dans plus de 90 % des cas, la prise est conforme à la prescription". L’allègement thérapeutique est un nouvel enjeu important pour les personnes vivant avec le VIH, dont le traitement antirétroviral reste indispensable à vie. L'idée de l’allègement est de réduire les effets indésirables, la toxicité à long terme, de baisser le coût du traitement et d'améliorer l’observance. "Ces résultats doivent être confirmés par un essai randomisé, de plus grande ampleur, et sur une plus longue période. L'essai ANRS Quatuor démarrera à la fin 2016 avec cet objectif", explique l’ANRS.

Le coup d'œil d'Agnès (présidente du territoire d'actions AIDES-Auvergne)
Une conférence internationale, ce sont des scientifiques, des chercheurs, des stars, des associations, des soignants mais aussi des activistes. Une action publique conduite par deux activistes m’a particulièrement plu. Je plante le décor : plénière d’ouverture, salle immense, plus de 10 000 personnes, une vaste scène, le public attendant la venue des stars : le petit fils de Mandela, Charlize Theron, les petits enfants de Liz Taylor… Et dans cette ambiance plutôt pincée, alors que les derniers congressistes se précipitent pour trouver une place assise, voilà que je découvre une femme et un homme, qui déambulent tranquillement dans les allées. La femme tient nonchalamment un parapluie rouge, une petite lanterne suspendue aux baleines lui donne des airs amstellodamois. L’homme, lui, brandit un compteur lumineux : il indique le temps qui passe sans mention du travail du sexe dans les discours prononcés en tribune. Les orateurs se suivent à la tribune et les allusions au travail du sexe, en effet, se font attendre. Le compteur tourne. La sono claque. On se demande ce qu’il se passe… Je cherche à comprendre, d’autres aussi. Nous nous retournons vers ces deux activistes. L’attention est là. Ils rendent visible l’invisibilité des travailleurs et travailleuses du sexe dans la réponse à l’épidémie de sida. Cinq minutes plus tard, la conférence reprend, les intervenants poursuivent leur discours, le travail du sexe se fait de nouveau attendre et enfin, il en est question. Le chrono s’arrête. Le panneau se retourne, un "Thank you" apparait. Les deux activistes se réjouissent en cœur avec la salle ! Jubilatoire ! Bref, un dispositif simple, percutant, et recueillant l’adhésion du public. Inspirant ?

Commentaires

Portrait de JLB06

 Je vous comprend ce doit etre hypert chiant ce genre d,endroit .....donc pour vous résumé faut faire  rire .....10,000 personnes 

auten allé à Avignon ! les acteurs y  font passé régulierement des messages , certes  les peoples  ni seront pas,  

bien que je leur reconnaisse un fort engagement financier  (gala AMFAR ici) ,

mais comme il et dit ici à longeur d,articles  

vous ne vous sente pas un  peut prisonniéres des labos aussi? 

il nous serrait interesant de savoir si ce genre conf fait avancé la cose ...j,en doute beaucoup helas !

 

JLB 06