Drogues et VHC : une approche communautaire vers le dépistage

Publié par jfl-seronet le 26.06.2016
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La revue scientifique "Plos One" a publié le 13 juin dernier les résultats del’étude ANRS-Aerli (Accompagnement et éducation aux risques liés à l’injection). Cette dernière a été réalisée conjointement par AIDES, Médecins du Monde et l'Inserm U912 (Marseille). Les résultats démontrent qu’une "intervention éducative délivrée par des pairs auprès d’usagers de drogues injectables permet d’améliorer l’accès au dépistage du virus de l’hépatite C". A cette occasion, l’ANRS a rappelé les enjeux de cette recherche, sa méthode et les enseignements tirés de cette étude, la première du genre.

En France, l’épidémie d’hépatite C (VHC) touche essentiellement les personnes usagères de drogues par voie intraveineuse (UDVI). Les derniers chiffres montrent une prévalence du VHC dans cette population égale à 64 % (1). Jusqu’à très récemment, les traitements disponibles contre le VHC engendraient de lourds effets indésirables avec une efficacité limitée. Cette offre thérapeutique (bithérapie par interféron et ribavirine) était difficilement envisageable pour cette population de l’étude, très marginalisée, explique l’ANRS dans son communiqué.

Au lendemain de l’annonce faite par la ministre de la Santé sur l’accès universel aux nouveaux traitements contre le VHC, les antiviraux à action directe, traitements de courte durée montrant une grande efficacité, la donne pourrait être changée. L’enjeu reste de taille : atteindre les populations afin de les inciter au dépistage, indique l’ANRS.

L’étude ANRS-Aerli, réalisée conjointement par AIDES, Médecins du Monde et l’Inserm U912 (Marseille), a évalué une intervention innovante : proposer aux personnes usagères de drogues des sessions individuelles d’accompagnement et d’éducation aux risques liés à l’injection. Ces sessions d’accompagnement ont eu pour objectif de réduire les risques de transmission du VHC en évaluant les pratiques d’injection de drogues, mais aussi d’informer sur l’intérêt de l’accès au dépistage et aux soins pour le VHC, explique l’agence. Délivrées par des pairs formés (des personnes elles-mêmes consommatrices ou anciennes consommatrices) et selon un protocole standardisé, les sessions ont reposé sur une intervention pédagogique individualisée en fonction des pratiques de chaque consommateur/trice et des questions qu’il ou qu’elle se pose.

Les personnes usagères de drogues par voie intraveineuse ont été recrutées dans des centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (Caarud). Elles ont été réparties au sein d’un groupe témoin (sans session éducative) et d’un groupe intervention (avec sessions éducatives). Le groupe témoin comptait 114 participants recrutés dans 9 Caarud et le groupe intervention 88 participants recrutés dans 8 Caarud. Tous les participants ont été interrogés sur leurs pratiques à risque et l’accès au dépistage VHC, au moment de leur inclusion dans les groupes, puis 6 et 12 mois plus tard.

L’analyse des informations collectées montre une augmentation du nombre de personnes usagères de drogues par voie intraveineuse dépistées pour le VHC entre le moment de l’entrée dans le groupe et le douzième mois. Le pourcentage de personnes ayant été dépistées pour le VHC est passé de 44 % à 85 % dans le groupe intervention et de 51 % à 78 % dans le groupe témoin. Ces données montrent également une augmentation significativement plus élevée du nombre de personnes ayant été dépistées pour le VHC dans le groupe ayant reçu au moins une session Aerli. Ces chiffres sont jugés encourageants par l’ANRS. Ils sont à rapprocher de ceux obtenus par l’équipe de chercheurs en 2014 qui montraient que l’intervention éducative auprès des personnes usagères de drogues par injection réduisait de 43 % les pratiques à risque de transmission du VHC et de 41 % les complications au site d’injection.

L’étude démontre qu’il "est possible d’agir efficacement dans une population marginalisée et à risque d’infection par le VHC aux moyens d’une approche communautaire", explique l’ANRS, dont l’objectif est maintenant d’étudier l’efficacité d’une telle intervention éducative dans une population encore plus marginalisée, les personnes usagères de drogue ne se rendant pas dans les centres d’accueil, en allant directement à leur rencontre dans leurs lieux de vie.

(1) : Hepatitis C virus and HIV seroprevalences, sociodemographic characteristics, behaviors and access to syringes among drug users,a comparison of geographical areas in France, ANRS-Coquelicot 2011 survey. Weill-Barillet et al., 2016. Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique.

Les données présentées sont tirées de :
Increased uptake of HCV testing through a community-based educational intervention in difficult–to-reach people who inject drugs: results from the ANRS-Aerli study
Uptake of HCV testing in people who inject drugs
Perrine Roux 1,2,3,*, Daniela Rojas Castro 4,5, Khadim Ndiaye 1,2,3, Marie Debrus 5, Camélia Protopopescu 1,2,3, Jean-Marie Le Gall 4, Aurélie Haas 4, Marion Mora 1,2,3, Bruno Spire 1,2,3,4, Marie Suzan-Monti 1,2,3,4, Patrizia Carrieri 1,2,3
1 Inserm U912 (Sesstim), Marseille, France, 2 Aix Marseille Université, IRD, UMR-S912, Marseille, France, 3 ORS Paca, Observatoire régional de la santé Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Marseille, France, 4 AIDES, Pantin, France, 5 Médecins du Monde, Paris, France.