Effets de la consommation de café et de cannabis sur le foie

Publié par jfl-seronet le 26.07.2017
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Conférencesfoie

Deux études réalisées dans le cadre de la cohorte ANRS CO13-Hepavih de patients co-infectés par le VIH et l’hépatite C mettent en évidence un risque moins élevé de fibrose du foie chez les personnes qui consomment au moins trois tasses de café par jour, quel que soit leur niveau de consommation d’alcool, et un risque moins élevé de stéatose hépatique (le "foie gras") chez les consommateurs quotidiens de cannabis. Explications.

Les résultats de ces deux études menées par Patrizia Carrieri et ses collègues (Inserm Unité 912, Sesstim, Marseille et Unité 1219, Bordeaux), qui devront être confirmés, soulignent l’importance de prendre en compte les comportements de consommation dans la prise en charge et le suivi clinique des personnes co-infectées, explique un communiqué de l’ANRS (26 juillet). Que disent-elles ?

Foie : le café et l’alcool

Ouverte en 2005, la cohorte ANRS CO13-Hepavih inclut 1 850 personnes coinfectées par le VIH et le VHC. Cette cohorte vise à préciser l’histoire naturelle de la coinfection et à mieux comprendre les interactions entre les deux virus et leurs traitements. Les personnes incluses sont suivies tous les six ou douze mois, selon l’évolution de leur hépatite C et de leurs traitements. La cohorte ANRS CO13-Hepavih a ainsi permis de recueillir un ensemble de données très riches sur la coinfection VIH/VHC et sa prise en charge à l’ère des traitements à action directe sur le VHC (DAA). Différentes analyses longitudinales ont été effectuées à partir de ces données. L’une d’elles a donc porté sur les interactions entre consommation de café et consommation d’alcool et leur impact sur la fibrose du foie chez les personnes coinfectées VIH/VHC. Des études antérieures dans cette population ont mis en évidence une amélioration des marqueurs de la fonctionnalité hépatique chez les grands consommateurs de café (au moins trois tasses par jour). On sait par ailleurs qu’une consommation d’alcool, même minime, a un effet délétère sur la fibrose du foie chez ces personnes. L’équipe ANRS Hepavih a dès lors cherché à explorer les interactions entre consommation de café et consommation d’alcool et leurs liens avec le niveau de fibrose parmi les personnes de la cohorte. Ainsi 1 019 d’entre elles ont été incluses dans l’analyse. Celle-ci montre une réduction de 57 % du risque de fibrose avancée chez les personnes qui consomment au moins trois tasses de café par jour. Ce risque de fibrose moins élevé chez les grands consommateurs de café s’observe indépendamment du niveau de la consommation d’alcool, et en tenant compte d’autres caractéristiques individuelles (âge, indice de masse corporelle/IMC, statut de traitement VIH et VHC, taux de cellules T-CD4). En d’autres termes, même chez les personness qui boivent de l’alcool en quantité importante, ce qui augmente le risque de fibrose hépatique, le fait de consommer au moins trois tasses de café par jour pourrait réduire l’impact négatif de l’alcool sur le foie, explique le communiqué de l’ANRS.

Foie et consommation de cannabis

Dans le même ordre idée, l’équipe ANRS Hepavih a étudié l’impact de la consommation de cannabis sur le risque de stéatose hépatique (présence anormale de graisses dans le foie). Des études récentes suggèrent un effet protecteur de la consommation de cannabis sur le risque de diabète. Parmi 838 personnes de la cohorte, 14 % déclarent utiliser le cannabis tous les jours. Une analyse transversale des données (mesures de la stéatose en un point du suivi) montre qu’une telle consommation est associée à une réduction de 40 % du risque de stéatose. Cette diminution du risque n’est pas retrouvée avec un usage moins fréquent du cannabis. Pour Patrizia Carrieri : "Les interactions entre comportements alimentaires, consommations de substances psychoactives et évolution de la maladie hépatique nécessitent des études complémentaires, en particulier des études interventionnelles. Bien évidemment, les résultats obtenus dans la cohorte ANRS Hepavih ne peuvent conduire à recommander aux patients coinfectés la consommation de telle ou telle substance ou produit. En revanche, il serait certainement utile que les cliniciens tiennent compte des comportements de consommation de leurs patients dans le cadre de leur évaluation clinique".