IAS 2017 : Gilead, la cible des activistes

Conférences Publié par Rédacteur-seronet 956 lectures
Notez l'article : 
0
 
A -
A +

La clôture de la 9e conférence HIV Science a été marquée par la prise de parole, imprévue, de la société civile et activiste, sur l’enjeu primordial du prix du médicament. C’est Othoman Mellouk, militant marocain de la Coalition internationale sur l’accessibilité des traitements (ITPC), qui a sonné la charge contre un laboratoire pharmaceutique en particulier : Gilead. Dans un discours puissant, le militant a mis les pieds dans le plat.

"Mesdames et Messieurs,

Un scandale se déroule pendant cette conférence que nous sommes, activistes engagés dans la lutte contre le sida et les hépatites, tenus de dénoncer. Gilead finance massivement cette conférence et en profite pour soigner sa communication alors que nous savons tous que les prix des traitements commercialisés par cette firme privent des millions de personnes de  l’accès à un traitement qui pourrait sauver leur vie. Les prix pratiqués par Gilead pour le traitement contre l’hépatite C sont outrageusement élevés. Avec sa pilule à 1 000 dollars, cette compagnie a fait vaciller les budgets des Etats et a forcé les patients de pays en développement à fuir de pays en pays pour se procurer du sofosbuvir. Gilead fait payer 32 000 dollars à la France, 12 000 dollars à la Malaisie, 4 500 dollars au Brésil. Dans la plupart des pays, ni les populations, ni les systèmes d’assurance maladie n’ont les moyens de payer de tels prix. Et quand un pays comme l’Ukraine essaie de faire breveter un générique moins cher, la compagnie le poursuit en justice pour obtenir des millions de dollars en arbitrage. Gilead se présente comme le modèle de compagnie pharmaceutique responsable. Une compagnie qui se soucierait vraiment des patients.

Après tout, elle accorde bien des licences volontaires aux fabricants de  génériques pour fournir des médicaments aux pays en développement. Mais les licences de Gilead ne favorisent pas l’accès, au contraire elles renforcent l’exclusion. Elles excluent des millions de patients vivant dans des pays à revenu intermédiaire. Ces licences sont des écrans de fumée  qui, en réalité, créent des monopoles injustes dans des pays où les brevets n’existent pas ; et où Gilead n’a aucun droit. Les licences font également partie d’une stratégie diabolique visant à contrôler la production de matières premières et à étrangler les fabricants locaux et indépendants de génériques.  Priver des millions de patients d’un accès au sofosbuvir ne suffisait pas à Gilead.

Alors même que des génériques sous licence volontaire gagnaient  du terrain dans certains pays en développement, Gilead demanda aux gouvernements, aux médecins, aux hôpitaux, aux fournisseurs et aux producteurs de génériques d’établir des  listes de patients et de collecter les bouteilles vides usagées avant de distribuer les nouvelles.  La violation  de la vie privée des patients fut sans commune mesure ; l’avidité de la compagnie insatiable. Gilead veut comptabiliser la moindre dose envoyée. 
Pour que cette dernière ne tombe pas dans de mauvaises mains et ne vienne sauver une vie dans un pays interdit de sofosbuvir.  Au diable le  droit à la confidentialité. Au diable l’éthique médicale. Et surtout, au diable les patients désespérés de se procurer du sofosbuvir !

Truvada — mais permettez-moi de vous demander d’utiliser le nom du générique, ne devenons pas les ambassadeurs de marque de Gilead — : la combinaison ténofovir/emtricitabine est  désormais autorisée dans le  cadre de la prophylaxie pré-exposition. Pour la communauté gay ainsi que pour d’autres populations clés, il s’agit d’une avancée salutaire. Pour Gilead, il s’agissait avant tout d’une opportunité d’obtenir de nouveaux brevets à rallonge et de tirer profit de nos communautés. Dans plusieurs pays, Gilead est ni plus ni moins  parvenu à abuser du système des brevets en obtenant des certificats complémentaires de protection qui prolongent la durée du monopole au-delà de la durée légale prévue par le brevet sur la combinaison TDF/FTC.
Aujourd’hui, dans plusieurs pays y compris ici en France, les fabricants de génériques sont prêts à lancer sur le marché des versions plus accessibles de ce médicament qui est attendu d’urgence afin d’élargir l’accès à la  PrEP. Hier, lors d’une réunion avec des militants européens, Gilead a reconnu qu’elle empêcherait probablement la mise sur le marché de ces génériques et qu’elle priverait donc des millions de personnes d’un outil de prévention efficace : la PrEP.
Enfin, nous avons tous été touchés hier par l’appel de notre collègue Jesus Aguais du Venezuela. Pendant la conférence, il a rencontré plusieurs compagnies pharmaceutiques qui se sont engagées à soutenir les populations désespérées du Venezuela, à l’exception d’UNE compagnie :  Gilead n’a même pas daigné répondre à ses nombreuses demandes de rendez-vous.

Gilead, votre véritable visage est aujourd’hui révélé au monde entier...  
Baissez vos prix et cessez de priver les populations des pays à revenu intermédiaire de l’accès à des médicaments permettant de sauver leur vie.
Cessez d’empêcher la production locale et le dépôt de brevets de génériques de sofosbuvir et de ténofovir/emtricitabine. 
Nous exigeons que vous respectiez la durée initiale du brevet qui expire dès aujourd’hui.

Cessez de faire pression sur les offices des brevets du monde entier afin d’obtenir des brevets abusifs comme vous l’avez  honteusement fait en Inde.

Gilead : LIBEREZ LE TRAITEMENT !
LIBEREZ LA PREP !
SOUTENEZ LES POPULATIONS DU VENEZUELA !"

Baisse des prix : des associations écrivent au PDG de Gilead
En marge de la conférence HIV Science, Aurélien Beaucamp, président de AIDES, Vincent Pelletier, directeur général de Coalition PLUS et Othoman Mellouk, chef du secteur Propriété Intellectuelle et accès aux médicaments à ITPC ont écrit à John F. Milligan, directeur général de Gilead, le 26 juillet dernier, pour lui demander de baisser les prix de ces médicaments anti-VHC et d’élargir le périmètre de ses licences volontaires pour y inclure tous les pays à revenu faible et intermédiaire et de renoncer aux certificats complémentaires de protection qui étende le monopole de Gilead sur Truvada empêchant un accès universel à la PrEP.

"A Paris, le 26 juillet 2017
Cher John F. Milligan, Directeur Général de Gilead,
Activistes rassemblés-es à Paris pour défendre un meilleur accès aux traitements à l’occasion de l’édition 2017 de l’IAS, nous attirons votre attention sur les revendications formulées par nos  communautés. Les prix que vous pratiquez pour le traitement contre l’hépatite C sont extrêmement élevés et demeurent prohibitifs dans une majorité de pays : 32 000 dollars en France, 12 000 dollars en Malaisie, 4 500 dollars au Brésil. Vos licences volontaires, supposées faciliter l’accès aux médicaments dans les pays en développement, excluent de nombreux pays à revenu intermédiaire particulièrement touchés par  l’épidémie, y compris ceux où Gilead n’a pas obtenu de brevet, et leur imposent donc des restrictions  en matière de production et de circulation des principes actifs, dont les fabricants de génériques ont besoin dans les pays en développement. Nous exigeons que vous abaissiez le prix des traitements contre l’hépatite C, que vous élargissiez le périmètre de vos licences volontaires afin d’y inclure TOUS les pays à revenu faible et intermédiaire et que vous y leviez toutes les restrictions relatives à la production et à la circulation des principes actifs. Dans certains pays, vous êtes parvenu à obtenir des certificats complémentaires de protection étendant votre monopole sur le TRUVADA au-delà de la période prévue par le brevet. Aujourd’hui, les fabricants de génériques sont prêts à lancer sur le marché des versions plus abordables de ce médicament qui est attendu d’urgence afin notamment d’élargir l’accès à la PrEP. De tels certificats retardent l’entrée sur le marché de ces génériques. Nous exigeons que vous respectiez la durée initiale du brevet qui expire dès aujourd’hui et que vous renonciez à toute tentative visant à empêcher la mise sur le marché des génériques. Nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées."

Pays :