Ile Maurice : la substitution mise à mal

Publié par jfl-seronet le 03.09.2015
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La décision, sans aucune concertation avec les professionnels de santé ou les militants des organisations non gouvernementales, est tombée fin juillet : le programme d’accès à la méthadone, un traitement de substitution aux opiacés, va être modifié par le ministère de la Santé. Conséquence ? Plus aucun nouveau patient n'est admis dans le programme de substitution à la méthadone.

Les centres de santé qui reçoivent les personnes consommatrices avant d'être envoyées vers le traitement de substitution ont eu pour instruction d'arrêter, explique un site d’infos le mauricien.com. Cette décision n'est pas sans conséquence, certains de ces centres se retrouvent avec des listes d'attentes variant de 75 à 90 personnes, explique le site.

Evidemment, du côté des militants on accuse le coup et on réagit. La crainte est que cette décision, unilatérale, ne mette, à termes, ce programme de substitution en péril. La crainte est d’autant plus forte que le ministre de la Santé lui-même, Anil Gayan, a exprimé publiquement son scepticisme quant à l’intérêt d’un programme de substitution. Depuis son arrivée, le ministre de la Santé s'est montré très peu disposé à dialoguer avec la société civile sur les questions touchant aux drogues et au VIH, note le site d’infos.

"Dix ans de travail sont menacés", a dénoncé, fin juillet, Nicolas Ritter, président de Pils (Coalition Plus), lors d’une conférence de presse du Collectif Urgence Toxida (CUT), cité par lexpress.mu. "La proposition d’Anil Gayan qui préconise de ne pas accéder à la requête de tout nouveau demandeur de méthadone. Le gouvernement doit prendre position et dire s’il est d’accord", a indiqué Nicolas Ritter. Les organisations non gouvernementales ont réclamé une rencontre avec le Premier ministre par intérim Xavier-Luc Duval. Elles déplorent à la fois la méthode et surtout le fond de cette décision. "La méthadone permet à la personne de retrouver une stabilité et un travail. Ce qui contribue à une réduction de la criminalité car l’individu ne vole plus", a ainsi rappelé Nicolas Ritter, rappelant les exemples de pays comme la Grèce ou la Roumanie, où l’arrêt des programmes de substitution pour des personnes qui s’injectent de la drogue a causé "un rebond incroyable du VIH et de l’hépatite C".

Coordinatrice chez Cut (Collectif urgence toxida) Joëlle Rabot-Honoré a rappelé que le programme connaissait le succès et que le nombre de personnes utilisatrices était en hausse : 1 638 en 2013, 2 092 en 2014 et 2 543 pour la période de janvier à juin 2015. Lors de la conférence de presse, elle a aussi illustré le gouffre entre les besoins en seringues des personnes accueillies par les structures du collectif et le nombre mensuel de seringues fournies par le ministère de la Santé : 29 000 seringues fournies pour 86 310 injections pratiquées.