Jean-Hervé : "Une loi pour protéger et défendre les homosexuels"

Publié par tofo le 25.08.2008
1 676 lectures
Notez l'article : 
0
 
accès aux soinsdroits de l’hommediscrimination
Jean-Hervé milite à Arc en Ciel + (AEC+) en Côte-d’Ivoire depuis 2003. L’idée de créer l’association est venue d’un groupe d’amis qui a constaté un "vide social" dans la vie des gays. Les membres d’AEC+ ont commencé par l’organisation de soirées festives, puis très vite, ils ont eu la volonté de répondre aux besoins de nombreux amis malades qui redoutaient de se rendre dans les centres de santé. Interview.
solidarity.jpg

L’homosexualité est-elle réprimée en Côte-d'Ivoire ?


Non, la loi est muette sur l’homosexualité, mais ce vide juridique est ouvert à toutes les interprétations, surtout de la part des forces de l’ordre.

Et toi, ça t’est déjà arrivé d’avoir été frappé par les forces de l’ordre ?


Oui, et je suis encore révolté quand j’y pense. Ça remonte à plusieurs années, mais je suis encore très marqué. Dans tous les sens du terme puisque j’ai encore des traces de coups dans le dos. Dans mon quartier, une petite fille avait été sexuellement abusée et la police recherchait un homme blanc. À l’époque, il se trouve que mon copain – dont je venais de me séparer – était blanc. Les policiers n’ont pas cherché plus loin et ils ont arrêté mon copain. En fouillant chez lui, ils ont retrouvé une photo artistique de moi, dénudé. C’est ainsi qu’ils sont remontés jusqu’à moi. Ils se sont focalisés sur la photo lors de l’interrogatoire et j’ai donc dû "avouer" que c’était mon ami… Cela m’a valu d’être roué de coups au point de passer ensuite deux semaines à l’hôpital ! Ils ont fini par retrouver le coupable avec qui je n’avais rien à voir évidemment, mais mes parents ont, malgré tout, dû négocier ma sortie par la "petite porte", comme si j’avais bien mérité le traitement qu'on m'avait infligé du fait de mon orientation sexuelle.

Ta famille est donc au courant ? Est-ce un cas exceptionnel ?


Oui, mes parents sont au courant. Ils ont accepté mon ami comme un membre de la famille.
À vrai dire, quand ils l’ont appris, ils ont été plus indignés par le fait qu’un proche m’ait trahi que par la nouvelle en elle-même. J’ai de la chance qu’ils aient bien réagi, mais ce n’est pas si rare chez nous en Côte-d’Ivoire. Je dirais que dans un tiers des cas, la famille proche est au courant et l’accepte. Cependant, il demeure encore beaucoup d’incompréhension sur l’homosexualité de la part du grand public. Par exemple, l’idée qu’elle vient des blancs reste assez largement admise.

Comment ton association réagit face aux idées reçues ?


Idéalement, si nous avions à AEC+ les moyens de notre politique, nous organiserions une campagne médiatique de sensibilisation pour faire accepter l’homosexualité. Car elle a toujours existé… Je connais des homos en zone rurale qui ne savent même pas que le mot existe ! Bien sûr, nous souhaitons une loi pour protéger et défendre les homosexuels et les travestis, mais ça ne suffirait pas à changer les mentalités. Beaucoup de gays sont illettrés en Afrique. C’est un peu comme les filles qui sortent facilement du système scolaire.

Comment vois-tu la prévention auprès des gays dans ton pays ?


Je n’ai pas de réponse toute faite ou de modèle à suggérer. Mais il faut que les gays eux-mêmes soient impliqués : c’est le seul moyen de créer la confiance et d’avoir la meilleure technique d’approche possible. D’autant plus que les gays ont particulièrement besoin d’être encouragés pour se prendre en charge sur le plan de la santé. C’est un des objectifs de mon association : identifier des médecins gays ou au moins gay friendly (1) qui, une fois formés aux pathologies concernant les homosexuels, pourraient proposer des consultations médicales spécifiques aux gays. C’est sûr, ça encouragerait bon nombre d’entre nous à consulter davantage !

(1) Tolérants à l'égard des homosexuels.

Arc en ciel +
16 BP 1945 Abidjan 16, Côté-d'Ivoire.
Tél. : + 225 08 75 47 80
Email : arc_en_cielplus@yahoo.fr

 


Dossier réalisé par Floriane Cutler, David Monvoisin, Jean-François Laforgerie
Remerciements à Michel Bourrelly

 

(Crédit photos : Juanita Banana)