Marche contre le sida : le ruban rouge fait grise mine

Publié par Mathieu Brancourt le 03.12.2018
439 lectures
Notez l'article : 
5
 
Initiative1er décembre 2018

Samedi 1er décembre, le mouvement sida se retrouve pour une marche dans les rues de Paris. Cette année, en pleine contestation des Gilets jaunes, les activistes ont tenté de se faire une place. Mais à l’image de la mobilisation sur cet enjeu mondial, il fut difficile d’être vus-es et entendus-es sur son chemin.

Gilets jaunes contre ruban rouge. C’est, en filigrane, le résumé de la journée de samedi, supposément journée mondiale de mobilisation contre le VIH/sida. Clairement, les premiers cités l’ont emportée. Les manifestions partout dans Paris, ainsi que les débordements qui en ont découlé ont complètement invisibilisé la marche annuelle du 1er décembre. Place de la République, alors que le petit camion dépêché pour la sonorisation crache de tout son volume, on ne perçoit presque que le brouhaha des klaxons des motards en colère, les sirènes des pompiers et les sifflets des cortèges terminant leur course sur la place, non loin des cars qui les ramèneront chez eux. Coincés-es dans ce tourbillon, sous une pluie pénétrante, on estime, à vue de nez, que deux cents personnes se sont rassemblées pour ce rendez-vous militant organisé par Act Up-Paris. On peut difficilement savoir plus précisément, car aucun chiffre n’a été délivré, comme à l’accoutumée, par la police. Après les traditionnels discours des organisations participantes, le départ est donné pour une marche express de République à Stalingrad.

Rester audible

Car plus que le relatif anonymat de cette manifestation, c’est la rapidité du parcours qui surprend. À peine place de la République quittée, le convoi a bifurqué vers les quais de la loire, avec le point de chute en ligne de mire. Alors, pour rester visible et audible, restent encore les slogans qui permettent de couvrir le silence, assourdissant, de cette humide et frissonnante soirée parisienne. Une manière joyeuse et subversive d’égrainer les griefs des activistes, presqu'aussi remontés que les autres manifestants du week-end. « Folles passives, gouines actives, passons à l’offensive ! » visant le report de la PMA et le climat homophobe prégnant, « clients pénalisés, putes contaminées » à propos de la loi abolitionniste de 2016 précarisant les travailleuses du sexe et leur santé ou encore « séropos incarcérés, séropos assassinés » pour dénoncer le maintien en rétention et les expulsions d’étrangers malades séropositifs. Les motifs de colère sont nombreux sous le quinquennat Macron, qui avec son gouvernement en prennent pour leur grade. Les activistes d’Act Up-Paris sont particulièrement virulents contre les gouvernants, Buzyn et Castaner en premier lieu. Sur les facades, on projette en faisceau les slogans peu aimables envers la politique menée. Effet garanti… à condition de regarder. Les mots scandés sont durs : « En Marche et tue », « Séropos étrangers, Macron complice » : un large gouvernement est vertement critiquée par la foule, en écho aux derniers (mauvais) chiffres présentés par les autorités de santé. De quoi donner du crédit aux revendications du collectif, qui veut remettre à l’agenda politique français la question du VIH, au-delà des promesses et des déclarations.

Et l’année prochaine pourrait en être une bonne occasion, alors que l’Hexagone va accueillir la réunion de reconstitution des fonds du Fonds mondial sur son territoire, à Lyon en octobre prochain. D’ici là, la route est encore longue, bien plus que la marche de cette édition 2018, qui se termine à Stalingrad, non loin du Point Éphémère, qui accueille une exposition sur le sida. Un lieu en note d’oxymore devant la bataille cruciale. Et là où la foule, discrètement se disperse, dans l’indifférence générale.