#MoisSansTabac, une chance à saisir

Publié par jfl-seronet le 30.10.2018
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Thérapeutiquetabac

Le 1er novembre 2018, la troisième édition de l’opération #MoisSansTabac sera lancée, mais la campagne d’information bat déjà son plein depuis début octobre. L’opération nationale est destinée à encourager l'arrêt de la cigarette. Elle est conçue comme un « défi collectif » qui propose à toutes les personnes fumeuses d’arrêter pendant un mois avec le soutien de leurs proches. Pour se préparer au mieux et pour mettre toutes les chances de son côté, il vous est proposé de contacter un-e tabacologue ou un-e professionnel-le de santé qui définira avec vous la stratégie d’arrêt la mieux adaptée.

Depuis début octobre, une vaste campagne de communication (avec spots radio, campagne télé, fanzones organisées par les agences régionales de santé, actions de proximité conduites par l'Assurance maladie, affiches dans les pharmacies, etc.) est déployée pour inciter les personnes fumeuses à relever le défi #MoisSansTabac. Les pharmacies, partenaires de cette manifestation, distribueront 700 000 kits d'arrêt du tabac. En attendant, on s'inscrit gratuitement en ligne et on choisit la stratégie qu’on préfère : traitement, accompagnement, cigarette électronique, consultations avec un tabacologue, etc. À vous de choisir celles qui seront les plus adaptées à votre rapport au tabac et à votre façon de vivre. Les traitements adaptés à votre niveau de dépendance et le recours à un accompagnement sont des méthodes qui ont été évaluées et qui ont prouvé leur efficacité. Elles doublent vos chances de réussite à un an, détaille le site.

Pourquoi s’inscrire à #MoisSansTabac ?

- Profiter des outils : le Kit d'aide à l'arrêt et la valise du-de la participant-e ;
- avoir quelqu’un à ses côtés pour tenir le défi : un accompagnement par mail pour vous préparer et vous aider tout au long du mois ;
- mettre toutes les chances de votre côté grâce aux tabacologues du 39 89 (service gratuit + coût de l'appel, du lundi au samedi de 8h à 20h), à l'appli e-coaching et à la communauté Facebook. Sur la page Facebook du mouvement #MoisSansTabac, vous retrouverez chaque jour les astuces et les conseils de la communauté des participants-es et des supporters-trices des personnes qui sont dans la démarche d’un arrêt du tabac.

A-t-on des données sur l’arrêt du tabac ?

Selon les données du baromètre Santé 2017, un million de Français-es ont arrêté de fumer entre 2016 et 2017, faisant baisser la prévalence du tabagisme quotidien chez les personnes de 18-75 ans de 29,4 à 26,9 %. Par ailleurs, 380 000 personnes fumeuses quotidiennes ont fait une tentative d’arrêt en lien avec la première édition de #MoisSansTabac, rappelle Le Quotidien du Médecin. Environ 20 % d’entre elles étaient toujours abstinentes six mois plus tard (80 000 personnes). Près de 70 % des personnes fumeuses ayant fait une tentative d’arrêt en lien avec l'opération ont eu recours à un-e professionnel-le de santé (19 %) ou à une aide : cigarette électronique (33 %), substituts nicotiniques (27 %), au site Tabac Info Service (22 %). L’application Tabac Info Service, développée par l’Assurance maladie et SPF, a été téléchargée par près de 110 000 personnes entre octobre et novembre 2017. Encore 12 millions de Français-es fument quotidiennement. « Autant de potentiels participants-es à #MoisSansTabac », veut croire le ministère de la Santé.

Comment expliquer cette baisse ?

Un million de Français qui fumait chaque jour a donc arrêté en l'espace d'un an. Cette bonne nouvelle (pour la santé) avait été annoncée (le 28 mai dernier) par Agnès Buzyn. La ministre avait alors notamment mis en avant la hausse des prix du tabac pour expliquer ce phénomène. « Ces résultats sont encourageants, ils marquent une rupture », avait déclaré la ministre à quelques jours de la Journée mondiale sans tabac (le 31 mai). « Avec la hausse de la fiscalité, nous pouvons espérer que ces résultats soient pérennes », avait-t-elle ajouté. L'une des tendances marquantes est la baisse parmi les fumeurs dont les ressources sont les plus faibles pour « la première fois depuis 2000 », selon le ministère. Parmi « les plus défavorisés », 34 % fumaient chaque jour en 2017, contre 38,8 % en 2016. Parmi les personnes au chômage, ils étaient 43,5 % en 2017 contre 49,7 % en 2016. « Le tabac est un vecteur d'inégalités. Il pèse particulièrement sur les plus défavorisés et cela s'aggrave », avait commenté la ministre. Le gouvernement a décidé le passage du prix du paquet de cigarettes à dix euros d'ici novembre 2020, par le biais de plusieurs augmentations successives — la prochaine est prévue dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour l’année 2019. Au premier trimestre 2018, les ventes de tabac avaient chuté de 9,1 % en un an. Et en mars, juste après la hausse d'un euro du prix du paquet de cigarettes, les ventes avaient perdu près de 20 %. « Au-delà de la hausse de la fiscalité nationale, qui a déjà porté ses fruits, nous travaillons au niveau européen, sur le cadre fiscal européen », avait indiqué la ministre. Outre la question du prix, les traitements anti-tabac ont progressivement commencé à être remboursés comme n'importe quel médicament, dans le cadre du volet prévention de la stratégie santé du gouvernement annoncé fin mars. Cette prise en charge va remplacer le forfait de 150 euros par an qui couvrait jusque-là les substituts nicotiniques prescrits sur ordonnance. « En France, je le rappelle, le tabac tue chaque jour 200 personnes (...) On sait qu'un fumeur sur deux mourra des suites du tabac", rappelait en mai dernier la ministre, selon laquelle il faut « continuer cette lutte majeure contre l'un des plus grands fléaux de santé publique ».

Tabac et VIH : une association qui fâche

L’information n’est pas nouvelle ; elle mérite néanmoins d’être rappelée. Le tabagisme doublerait le risque de mortalité pour les personnes vivant avec le VIH sous traitement antirétroviral (ARV). Une étude publiée dans la revue Aids a, en effet, constaté que les personnes qui fument avaient un risque accru de décès par maladie cardio-vasculaire et par cancers non classant sida, dont le cancer du poumon. L'espérance de vie d'un fumeur de 35 ans avec le VIH peut ainsi être réduite de près de huit ans, expliquait déjà une étude en 2015. Dans cette étude, 18 000 personnes avaient été suivies entre 1996 et 2008 ; 60 % étaient fumeuses. « Le taux de mortalité toutes causes confondues était de 7,9 pour 1 000 personnes exposées par an pour les fumeurs et 4,2 pour 1 000 personnes par an pour les non-fumeurs. Dans l'ensemble, les fumeurs connaissent donc un risque deux fois plus élevé de mortalité par rapport aux non-fumeurs ». « Près des trois quarts (71 %) des décès enregistrés n'étaient pas liés au sida, le taux de décès non liés au sida étant significativement plus élevé chez les fumeurs (RR = 4,6 par 1 000 années-personnes) que chez les non-fumeurs (RR = 2,6 par 1 000 années-personnes). Les taux de maladies cardiovasculaires, des cancers non-classant sida et de maladies du foie étaient significativement plus élevés chez les fumeurs ». Les données indiquaient aussi que le sur-risque concernait les personnes qui fumaient toujours et pas celles qui avaient arrêté le tabac. Les personnes vivant avec le VIH ne sont pas les seules à avoir intérêt d’arrêter la consommation de tabac, mais elles ont objectivement de sérieuses raisons de le faire.

Du nouveau avec les substituts nicotiniques

Le forfait d'aide à l’arrêt du tabac de 150 euros par an et par personne assurée sera maintenu à titre transitoire jusqu'à la fin de l'année, selon un communiqué du ministère de la Santé publié le 16 mai, à la suite de l'inscription au remboursement de la forme patch du traitement de substitution nicotinique Nicorette, indique l’APM. Dans son communiqué, la ministre de la santé Agnès Buzyn se félicite que deux traitements de substitution nicotinique soient désormais « remboursables » : des gommes à mâcher EG Fruit sans sucre (EG Labo) et des patchs NicoretteSkin (Johnson & Johnson Santé beauté). « Cette prise en charge permet à tous les patients l’accès à ces traitements de substitution, y compris aux plus modestes. Elle permet, en effet, de supprimer l’avance de frais systématique et d’avoir le même tarif pour un même produit sur tout le territoire, tout en permettant une durée de traitement adaptée à la dépendance », indique le communiqué ministériel. Comme l’explique l’APM, jusqu'alors, les substituts nicotiniques étaient pris en charge dans le cadre d'un forfait d'aide au sevrage de 150 euros par an et par patient. « A titre transitoire, le forfait d’aide au sevrage de 150 euros par an et par assuré sera maintenu jusqu’à la fin de l’année 2018 », est-il précisé. Ce forfait concerne actuellement 130 produits de substitution nicotinique (pastilles, patches, gommes à mâcher, comprimés à sucer, cartouches pour inhalation, comprimés sublinguaux, solutions pour pulvérisation buccale), inscrites sur une liste établie par l'Assurance maladie. Dans le cadre du volet « prévention » de sa stratégie nationale de santé présentée en mars dernier, le gouvernement a décidé de faire évoluer la procédure de prise en charge des traitements du sevrage tabagique, passant d'un forfait d'aide au sevrage de 150 euros par an et par assuré à un remboursement classique comme pour tous les médicaments remboursables.

Des substituts nicotiniques désormais remboursables sur prescription médicale
Courant mai 2018. Le ministère de la Santé a indiqué que plusieurs traitements de substitution nicotinique étaient désormais remboursables sur prescription médicale « avec le bénéfice du tiers payant en officine », a rappelé la ministre de la santé. C’est-à-dire qu’un médecin peut désormais prescrire des traitements de substitution nicotinique (gommes et patchs) qui sont remboursés à 65 % par la Sécurité sociale depuis le 20 mai. L’un est la gomme à mâcher Nicotine EG (14,14 euros la boîte), l’autre est le patch NicoretteSkin (28,55 euros). Des prix uniques ont été fixés. Ces traitements sont donc remboursés à 65 % par l’Assurance maladie. Certaines complémentaires remboursent le reste. Ce système est beaucoup plus souple et permet surtout l’accès de toutes et tous à ces produits de substitution. Les personnes n’ont plus l’obligation d’avancer les frais jusqu’à hauteur de 150 euros par an et par personne comme auparavant. Le forfait de 150 euros va donc disparaître au profit de ce nouvel accès sur prescription, mais il reste maintenu jusqu'à fin 2018. « Le remboursement par la sécurité sociale, de méthodes de substituts nicotiniques, que ce soit une gomme à mâcher ou un patch, est un acquis, réellement, puisqu'il n'y aura plus de frein financier à l'accessibilité de ces méthodes. Je tiens à dire que cela marque un tournant, a rappelé la ministre lors de sa conférence de presse. Un outil de prévention va être remboursé par la Sécurité sociale et c'est réellement la politique que je souhaite porter aujourd'hui, qu'il n'y ait pas de rupture entre la prévention et les soins », a-t-elle insisté.

Impossible d'arrêter de fumer : la faute à une mutation génétique ?
Selon des travaux scientifiques conduits par des chercheurs-seuses de l'institut Pasteur, l'Inserm et du CNRS : 35 % des Européens et 50 % de la population du Moyen-Orient seraient porteurs d'une mutation génétique rendant plus difficile le sevrage.D'après les expériences menées par les scientifiques sur des rats après sevrage, une mutation génétique — présente dans le gène CHRNA5 codant pour la sous-unité 5 des récepteurs nicotiniques — serait à l'origine de cette difficulté voire  impossibilité d'arrêter de fumer. Leur étude précise que cette mutation génétique était déjà connue pour accroître le risque d’addiction au tabac. « Les chercheurs français ont introduit cette mutation chez le rat en utilisant une technique récente de génétique moléculaire. Ils ont ensuite évalué son effet sur les comportements liés à l'addiction à la nicotine sur les rongeurs. Résultat, non seulement cela s'est traduit par une plus grande consommation de nicotine à fortes doses mais aussi à une rechute plus importante à la recherche de nicotine après sevrage », indiquent les agences de presse.