Mycoplasma genitalium : l’invitée surprise ?

Publié par Mathieu Brancourt le 19.08.2018
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SexualitéMycoplasma genitalium

Depuis quelques années, les cas d’infections sexuellement transmissibles, non identifiées par les analyses bactériologiques classiques augmentent. Certains praticiens ont exploré les pistes explicatives de ces cas. Le principal responsable semble être une bactérie peu connue et peu recherchée dans les analyses : le mycoplasma genitalium. Passagère clandestine des chlamydiae et des gonorrhées, elle commence peu à peu à être prise en compte et observée, car peu dépistée et mal traitée, elle peut devenir une intruse gênante dans la vie sexuelle.

C’est un fait, les diagnostics des principales infections sexuellement transmissibles, hors VIH, sont en hausse, bien avant l’arrivée de la Prep. Les populations déjà fortement vulnérables au VIH sont particulièrement touchées par la recrudescence de syphilis, de chlamydiae ou de gonorrhée. Mais en dehors de ces trois infections bactériennes, une autre a fait son apparition, notamment chez les hommes gays. "Le mycoplasma genitalium n’est pas nouveau et était connu, mais pas forcément dans le champ sexuel. Il a été longtemps sous-estimé dans des populations homosexuelles ou chez les femmes. Il a des conséquences sérieuses, comme la stérilité ou des gênes urinaires prolongées, faute de traitement", explique Marc Frémondière, coordinateur des soins au Centre de santé sexuelle communautaire le 190, à Paris. "On est sur les mêmes problématiques que les autres IST", annonce-t-il d’emblée.

Infection gênante non indentifiée

Face à des personnes rapportant des gênes urinaires et dont les résultats aux chlamydiae et aux gonocoques revenaient négatifs, des biologistes et cliniciens se sont posé des questions sur l’origine de ces infections. "Le 190 a mené une petite étude pilote en 2013, en lien avec le laboratoire du Chemin Vert (groupe Cerballiance), en réalisant un test systématique de cette bactérie lors des contrôles sur les IST. Cette enquête exploratoire avait montré, sur un échantillon de 118 hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, une présence de mycoplasma genitalium de près de 10 %. L'infection est toujours asymptomatique, sauf parfois "lors de localisations génitales", explique Michel Ohayon, médecin et Directeur médical du 190. Avec le développement de nouvelles techniques de diagnostic, avec prélèvement sur plusieurs sites (PCR multiplex : anus, gorge, urètre), il devenait plus simple et fiable de détecter plusieurs souches bactériennes. Les résultats ont été nets : sans couvrir 100 % des diagnostics, les résultats positifs aux mycoplasmes ont résolu l’énigme chez nombre de personnes. Depuis, le 190, en partenariat avec le laboratoire, a mis en place un test sur les trois sites, de façon gratuite pour les tests prescrits par les médecins du centre et d’autres praticiens. Marc Frémondière explique qu’il a commencé à se pencher il y a cinq ans sur cet enjeu. Aujourd’hui, il estime la prévalence d’une détection d’une infection à mycoplasme entre 10 % et 15 % des bilans réalisés dans le centre.

Infection gênante sous dépistée

Selon lui, d’autres laboratoires facturent le test pour les mycoplasmes, car il est hors de la nomenclature de l’Assurance maladie. Ce test revient en moyenne à 20 euros par site de prélèvement. La facture peut donc vite devenir salée (1). Sans compter que, non systématique dans les dépistages pratiqués en Cegidd (centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic) ou dans ceux prescrits par les médecins généralistes, cette IST peut passer à la trappe et demeurer non détectée et donc non soignée. Pire, en cas de symptômes, un traitement antibiotique est souvent prescrit avant la pratique des tests d’identification de l’IST. Présumées responsables, la gonorrhée et la chlamydia sont les premières à être visées dans le traitement. Or, s’il s’agit d’un mycoplasme, cette prescription peut s’avérer inadaptée. "La posologie du traitement des mycoplasmas est plus longue et souvent on ne traite pas assez longtemps, au risque de déclencher des souches résistantes", explique Marc Frémondière.

D’ailleurs, des résistances ont déjà été identifiées en France, obligeant à une médication alternative. "Tout le monde n'arrête pas de parler des résistances du gonocoque aux antibiotiques, problème qui, en France, est absolument anecdotique et en recul constant depuis des années. Mais ce n'est pas du tout le cas du mycoplasma genitalium. Même si les données sont faibles, nous avons un taux relativement important d'usagers qui sont positifs deux fois de suite, sur la même localisation", explique le docteur Michel Ohayon. D’où l’importance de systématiser la recherche de cette IST, devenue courante et problématique comme les autres. "Depuis juin, le laboratoire national de référence (à Bordeaux) fait un test de résistance sur nos souches à chaque fois que la recherche est positive deux fois de suite, et nous allons nous lancer avec notre labo partenaire dans l'évaluation d'une stratégie d'évaluation de la résistance à l'Azithromycine dès le dépistage", annonce enfin Michel Ohayon". La détection par PCR (2), sur l’ensemble des sites, fiable et moins chère que d’autres méthodes, apparaît comme un axe simple et efficace pour contrecarrer l’expansion du mycoplasme, comme on essaie de le faire avec les autres IST. Dépister tout le monde oui, mais dépister tout, surtout, et que cela soit remboursé !

Remboursement des tests par PCR : le grand flou

Dans la nomenclature de prise en charge par l’Assurance maladie, le choix de l’infection sexuellement transmissible compte. La PCR (polymérase chain reaction) sur les chlamydiae, même en cas de prélèvement sur plusieurs sites (urètre, bouche, anus), doit être remboursée au titre d’un seul et même dépistage, indépendamment du nombre de sites de prélèvement. Cet examen coûte 22,95 euros en France métropolitaine. Pour les gonocoques, le test par PCR n’est pas dans la nomenclature de remboursement. Il est donc à la charge des personnes, peu importe le nombre de sites de prélèvement. Un dépistage par site équivaut à un acte. Cela peut atteindre, au total, 90 euros pour trois sites. Enfin, même chose pour les mycoplasmes, dont les tests ne sont pas remboursés. Une situation, vu la dynamique des IST en France, qui inquiète les expert-e-s du VIH. Dans son rapport actualisé de septembre 2017, le professeur Philippe Morlat, qui coordonne le rapport d’experts-e-s français, recommande le remboursement du test par PCR pour le gonocoque. Et les associations de lutte contre le sida comme AIDES réclament, elles, le remboursement par la Sécurité sociale du dépistage multi-sites des gonocoques et de la facturation unique (quel que soit le nombre de sites) à l’instar des chlamydiae, ainsi qu’un dépistage simultané (PCR duplex) systématique des chlamydiae, des gonocoques et des mycoplasmes.


(1) : Selon des experts (AFRAVIH 2018), pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, quitte à ne tester qu’un site, c’est l’anus qui est "le plus rentable".
(2) : L'amplification en chaîne par polymérase ou réaction en chaîne par polymérase (PCR : polymerase chain reaction) est une méthode de biologie moléculaire.