Perception du VIH en 2017 : "pas sérophobe, mais…"

Chiffres Publié par Mathieu Brancourt 405 lectures
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A l’occasion du 1er décembre, l’institut CSA a réalisé un sondage pour AIDES (1) sur la perception du VIH et des personnes séropositives. Les résultats sont contrastés : de manière générale, une apparente bienveillance semble devenir la règle, mais plus on se rapproche de leur propre cas, plus les personnes interrogées semblent davantage tolérer qu’accepter, faisant preuve d’une sérophobie inconsciente, mais très marquée. Ces résultats sont issus du dernier "Rapport VIH, hépatites, la face cachée des discriminations, édition 2017", que AIDES publie chaque année. Retour sur les leçons de ce sondage inédit.

"Le VIH, c’est ok, mais pas de trop près". Voilà un résumé des résultats du sondage réalisé par l’institut CSA pour AIDES à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida et de la sortie de son rapport "VIH, hépatites, la face cachée des discriminations, édition 2017". Ce sondage est une photographie des représentations sur les personnes séropositives et le VIH/sida en 2017 en France. Pourtant, à l’aune de l’enquête réalisée en octobre dernier auprès d’un échantillon représentatif de mille personnes, le regard sur la maladie, les traitements ou le risque semble figé dans les années 90. Loin du nouveau paradigme du traitement comme prévention (Tasp) ou de la PrEP (prophylaxie pré-exposition), la vision de la vie avec le VIH demeure assez compassionnelle et, dans une intimité plus forte avec des personnes infectées, source de craintes infondées.

Cela commençait pourtant bien. La partie "rassurante" tient sur les quelques connaissances qui semblent être acquises par le plus grand nombre : une immense majorité des répondant-e-s considère qu’une personne séropositive sous traitement peut "vivre comme tout le monde" (87 %), "avoir une activité professionnelle" (98 %), ou "exercer des responsabilités managériales" (97 %). Ils et elles sont également 90 % à considérer qu’une personne séropositive sous traitement peut avoir "une vie sexuelle comme tout le monde". Fin des réjouissances ! Alors qu’on aurait pu supposer, à partir de ces données, une lame de fond vers une meilleure connaissance des enjeux, de la prévention et de la fin du rejet ou de la stigmatisation des personnes, les autres résultats montrent, que pour une part non négligeable de la société, il n’en est rien.

"Car sitôt qu’on évoque des situations concrètes ou un degré de proximité plus étroit et direct avec les personnes séropositives, cette apparente bienveillance se délite", résume AIDES dans son communiqué à propos des résultats du sondage. Alors que, comme indiqué plus haut, les personnes sont unanimes à reconnaître la capacité à travailler, ils ou elles sont 31 % à considérer les personnes séropositives comme "inaptes à exercer certaines professions", comme pompier ou policier. D’autres contradictions se font jour, se cristallisant autour d’un "malaise" à fréquenter ou côtoyer une personne séropositive dans la vie de tous les jours : un parent sur cinq interrogé se sentirait "mal à l’aise" si  l’un-e des enseignant-e-s de leur enfant vivait avec le VIH. Ce taux grimpe à 33 % chez les moins de 35 ans. Par ailleurs, 16 % des répondant-e-s en activité se sentiraient "mal à l’aise" à l’idée d’avoir "un-e collègue de travail séropositif-ve" ; ce pourcentage atteint 30 % chez les 18-24 ans. Enfin, 10 % des répondants-e-s se disent gêné-e-s à l’idée de "fréquenter le même cabinet médical qu’une personne séropositive".

La nouvelle génération est une nouvelle fois plus méfiante que ses aîné-e-s, preuve que les idées reçues se perpétuent, voire se renforcent de manière inquiétante. Quand on questionne les raisons de cette appréhension, c’est la "peur de la contamination" qui revient en premier. Cette justification est avancée chez 49 % des personnes interrogées. Alors qu’elle est hautement improbable voire impossible dans ces contextes. "Le VIH […] n’est en aucun cas contagieux, c’est-à-dire qu’il ne se transmet pas par le simple fait d’être à proximité d’une personne porteuse du virus. Il n’y a donc aucun risque à côtoyer une personne séropositive, contrairement à ce que laissent penser des clichés tenaces", déplore AIDES.

Cette méconnaissance des modes de contamination se superpose à une ignorance toute aussi forte des évolutions thérapeutiques qu’a connue la lutte contre le VIH/sida depuis vingt ans. Les traitements ne sauvent plus seulement des vies, ou permettent de vivre longtemps, mais ils préviennent ou bloquent la contamination, chez les personnes vivant avec le virus (Tasp) comme chez les personnes séronégatives (PrEP)."Les résultats de l’enquête montrent le décalage entre des perceptions générales majoritairement favorables à l’égard de la séropositivité, et des représentations plus contrastées quand elles induisent un degré de proximité ou d’implication personnelle avec une personne vivant avec le VIH", en conclut AIDES dans son rapport. En d’autres termes, l’ignorance fait — encore et toujours — le lit des discriminations.

Remerciements à Caroline Izambert et Matthias Thibeaud.

(1) : Un échantillon national représentatif de 1 000 Français-e-s âgés de 18 ans et plus, construit selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l'individu, région de résidence et taille d'agglomération).

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