Prep : une lente progression en France

Publié par jfl-seronet le 06.12.2018
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SexualitéPrEP

Où en est-on concernant la Prep (prophylaxie pré-exposition) en France ? Combien de personnes prennent-elles ce traitement anti-VIH à visée préventive et qui sont-elles ? A l’occasion du 1er décembre 2018, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a fait un point d’information, livrant les chiffres clefs.

Combien de personnes sous Prep en France ?

Ce sont 10 405 personnes qui ont initié une Prep par Truvada (ou génériques) entre janvier 2016 et juin 2018, dont plus de la moitié (5 500 personnes) depuis juillet 2017 (1). La date de janvier 2016 correspond à la mise en place d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) chez les personnes adultes les plus exposée au risque de transmission du VIH. Le 1er mars 2017, le Truvada bénéficiait d’une extension d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans la Prep chez l’adulte en France, d’où l’accélération repérée dans les chiffres de mise sous Prep.

Qu’indiquent les chiffres ?

Ils mettent en évidence une nette augmentation des initiations de Prep depuis mi-2017. Le nombre de mises sous Prep est en « augmentation constante depuis  2016, avec près de 500 nouveaux utilisateurs par mois au premier semestre 2018. Les chiffres indiquent « un niveau élevé de renouvellement du traitement après son initiation ». Ainsi, « depuis juillet 2017, les renouvellements comptent pour plus de 60 % des délivrances », note l’ANSM

Qui prend la Prep ?

Sans surprise, 98 des utilisateurs-trices sont des hommes, dont l’âge moyen est de 38 ans. On compte 241 femmes utilisatrices (2,3 %). Moins d’une personne sur dix (8 %) était bénéficiaire de la CMU-C. Dans leurs éléments de discussion des chiffres, l’équipe épidémiologie des produits de santé de l’ANSM explique, concernant les utilisateurs : « Il est raisonnable de faire l’hypothèse qu’il s’agit principalement d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes  (HSH) ». « Nos résultats suggèrent que de l’ordre de 10 000 hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes avaient initié une Prep en France, fin juin 2018 ». Santé publique France estime que « ce serait de l’ordre de 32 000 HSH qui seraient à haut risque d’acquisition du VIH en France, dont 11 000 en Île-de-France.

Où vivent les Prepeurs-euses ?

Près de 50 % des personnes résident en Île-de-France ; 10 % dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et 9 % dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. « La distribution par régions des initiations de Prep reflète globalement celle des nouveaux diagnostics d’infection par le VIH en métropole », note l’ANSM. La mise en place d’une Prep dans les départements et territoires Outre-mer est restée rare. Le chiffre est de 78 personnes sous Prep au total pour le premier semestre 2018, dont 48 nouvelles personnes. Dans les Outre-mer, ce ont moins de 160 personnes sous Prep depuis 2017 alors que ces départements, Guyane notamment, comptabilisent les nouveaux diagnostics les plus nombreux.

Qui prescrit la Prep ?

Là encore, pas de surprise : 91 % des primo-prescriptions ont été réalisées à l’hôpital.

Pourquoi si peu de femmes et d’hommes hétéros ?

Pour les expertes de l’ANSM (2), le peu de femmes sous Prep actuellement illustrerait « le fait que le traitement est probablement rarement proposé dans les situations exposant les femmes au risque d’acquisition du VIH (usages de drogues injectables avec échanges de seringues chez des sujets non infectés par le VIH, vulnérabilité exposant à des rapports sexuels non protégés à haut risque de transmission du VIH, travailleuses du sexe non infectées par le VIH ayant des rapports sexuels à risque) ». Les données de l’ANSM ne permettent pas d’avoir une idée précise des personnes sous Prep : combien d’hommes hétéros, d’hommes nés à l’étranger, de femmes trans et d’hommes trans… ce qui est un problème.

Des chiffres « encourageants » vraiment ?

Du côté de l’ANSM, on parle de chiffres « encourageants ». L’enthousiasme est tout de même prudent : « Les indicateurs mesurés illustrent la lente mais réelle appropriation de cette stratégie de prévention en France, en particulier parmi les HSH à haut risques d’acquisition du VIH en métropole ». L’ANSM reconnaît d’ailleurs bien volontiers que des « efforts » doivent « être poursuivis afin d’assurer la plus grande accessibilité à la Prep pour toutes les populations concernées en France ». Ce qui, on le voit, est loin d’être le cas. Au niveau mondial aussi, l’implantation de la Prep est lente. Nous étions récemment à 381 580 personnes sous Prep dans 68 pays, dont 59 % aux États-Unis (3) ; 22 000 personnes en Europe (Grande Bretagne, France et Allemagne), 16 000 en Australie alors que la population est d’environ 25 millions d’habitants et 8 000 personnes en Asie, dont la moitié en Thaïlande. Au rythme actuel… on voit mal comment atteindre l’objectif de l’Onusida : trois millions de personnes sous Prep en 2020.

(1) : Les chiffres présentés viennent des données du système national des données de santé (SNDS) et sont analysés par le pôle Épidémiologie des produits de santé de l’ANSM.
(2) : Sophie Billioti de Gage, Cindy Aubrière et Rosemary Dray-Spira.
(3) : Chiffres présentés à la conférence HIVR4P 2018 à Madrid en octobre 2018 selon une étude de AVAC et de la Fondation Clinton. Source : Fitch L et al. Tracking global oral PrEP provision: the who, what and where of oral PrEP. HIV Research for Prevention conference (HIVR4P 2018), Madrid, October 2018, abstract OA04.01.