Produits : la France en modes conso

Publié par jfl-seronet le 13.06.2013
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L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) a publié (28 mai) un rapport sur les addictions en France. Alcool, tabac, cannabis, émergence de nouveaux produits de synthèse, voici quelques points clefs extraits du rapport rédigé par Christophe Palle.

Le tabac et l'alcool restent les deux produits les plus consommés en France, avec 13,4 millions des 11-75 ans fumant quotidiennement, et 8,8 millions buvant de l'alcool plus de dix fois par mois. Mais si les consommations d'alcool quotidiennes sont en baisse, "de nouveaux comportements d'alcoolisation ponctuelle importante (cinq à six verres en une seule occasion) se développent, en particulier chez les jeunes", note l'OFDT. L’alcool est consommé, au moins occasionnellement, par une très large majorité de Français, et plus régulièrement par plus du quart de la population. Le tabac est lui aussi largement expérimenté. Mais, en raison de différents facteurs, notamment de son fort pouvoir addictif, sa consommation est plus souvent quotidienne que celle de l’alcool et du  cannabis : trois Français sur dix fument quotidiennement, alors que l’usage n’est quotidien que pour un Français sur dix pour l’alcool et deux Français sur cent pour le cannabis.

La consommation de tabac était en 2010 au même niveau que 2000 malgré la hausse des prix et l'interdiction de fumer dans les lieux publics, mais les ventes de tabac ont, cependant, fini par reculer en 2012. Cependant, 63 % des jeunes de 16 ans avaient expérimenté le tabac en 2011 (contre 60 % en 2007), 22 % étaient des fumeurs quotidiens (contre 17 %).

Le cannabis, le plus consommé

Parmi les drogues illicites, le cannabis est le produit le plus consommé : 13,4 millions de Français l'ont expérimenté, 1,2 million se disaient consommateurs réguliers en 2010. La consommation s'est stabilisée depuis 10 ans "à un niveau élevé", mais a légèrement diminué chez les jeunes de 17 ans (6 % étaient consommateurs réguliers en 2011, 12 % en 2002)."La France n'en demeure pas moins le pays avec la plus forte proportion de jeunes consommateurs de cannabis" sur 36 pays ayant participé à une enquête de 2011 sur les consommations des lycéens, souligne l'OFDT, qui estime que "5 % des jeunes de 17 ans présentent des risques d'usage problématique ou de dépendance".  Si donc 13,4 millions de Français ont expérimenté le cannabis, les consommateurs réguliers sont beaucoup moins nombreux mais représentent néanmoins une importante minorité. L’usage des autres drogues illicites concerne une proportion très faible de la population française. Ainsi, moins de 1 % de la population âgée de 18 à 64 ans a fait usage dans l’année de cocaïne et de poppers. Les chiffres relatifs aux autres substances sont encore plus faibles : moins de 0,5 % pour l’usage d’héroïne dans l’année. Les enquêtes en population générale menées en France, malgré des tailles d’échantillons importantes, ne permettent pas de faire apparaître une  prévalence de l’usage régulier des substances illicites autres que le  cannabis.

D’autres drogues en hausse

Autre constat de l'Observatoire, la consommation de drogues dures n'a cessé d'augmenter au cours de la décennie. C'est le cas notamment de l'héroïne, dont la part des consommateurs dans la population âgée de 15 à 35 ans est passée de 0,5 % à 0,9 % entre 2005 et 2010. La cocaïne suit elle aussi la même tendance. Alors que la France apparaissait au début des années 2000 comme relativement peu consommatrice de cocaïne, le pourcentage de consommateurs récents a triplé en dix ans (0,3 % en 2000, 0,9 % en 2010). Chez les jeunes de 17 ans, l'expérimentation a été multipliée par 3 (0,9 % en 2000, 3 % en 2011). La France est également confrontée à l'émergence de nouveaux produits de synthèse, souvent moins chers que les drogues "classiques" et accessibles sur Internet : 60 ont été détectés en France depuis 5 ans. La consommation "semble plus limitée en France que dans certains pays européens", mais "il est difficile d'estimer le nombre d'usagers", souligne l'OFDT.

Hypnotiques et antidépresseurs en baisse

Les données de remboursements font apparaître une baisse des consommations d’hypnotiques et d’ antidépresseurs au cours des années 2000. Celles d’anxiolytiques étaient en baisse entre 2002 et 2009, mais ont fortement augmenté en 2010 et retrouvent ainsi à peu près le niveau du début des années 2000. Pour les antidépresseurs, la baisse intervient après 2005, en rupture avec une phase de croissance continue entre 1990 et 2003.

Cocaïne et nouveaux produits de synthèse

A la faveur d’une disponibilité croissante et d’une baisse des prix, les usages de cocaïne se sont développés en France au cours des années 2000. La part des 18-64 ans en ayant consommé dans l’année a triplé au  cours de la décennie, passant de 0,3 % à 0,9 %. L’évolution est semblable  chez les jeunes de 17 ans : la part des expérimentateurs est passée entre  2000 et 2011 de 0,9 % à 3 %. La perception du produit a cependant  récemment évolué : les consommateurs prennent davantage conscience  des conséquences sanitaires négatives des usages sur le long terme et le rapport qualité/prix est jugé en dégradation. La concurrence de  nouveaux produits moins chers n’est peut-être pas étrangère à cette évolution.

Un rebond des usages d’héroïne

Après une baisse consécutive à l’émergence des traitements de substitution aux opiacés, l’héroïne a connu une nouvelle phase de diffusion dans les années 2000. Parmi les 15-35 ans, la part de ses consommateurs dans l’année a quasiment doublé entre 2005 et 2010, passant de 0,5 % à 0,9 %. Le pourcentage d’expérimentateurs d’héroïne à 17 ans est en revanche resté stable en tendance sur la période. Les variations à la hausse observées pour d’autres données (saisies, décès par surdoses, prises en charge) constituent également des indices concordants d’une augmentation de la diffusion de l’héroïne à partir des années 2002-2003 jusqu’en 2008-2009. Ces données indiqueraient plutôt un plafonnement au tout début des années 2010.

Hallucinogènes, poppers : diffusion dans les milieux de la fête

La consommation de produits hallucinogènes se situe à un niveau très faible, ce qui rend difficile le suivi des évolutions dans l’ensemble de la  population. Le développement de l’usage de la kétamine dans le milieu festif est cependant notable. Consommée majoritairement dans les  milieux alternatifs techno, elle suscite depuis la fin des années 2000 un intérêt croissant dans des cercles plus larges du milieu festif. Autre produit dont la consommation est très liée aux milieux de la fête, les poppers ont connu un pic de diffusion chez les jeunes à 17 ans au cours des années 2000. Parmi eux, la part des expérimentateurs est en effet passée de 4,5 % en 2003 à 14 % en 2008, pour retomber à 9 % en 2011.

L’ensemble des données et commentaires est disponible sur le site de l'OFDT.