Rapport 2017 : Les laissé-e-s pour compte en santé

Publié par Rédacteur-seronet le 15.11.2017
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Thérapeutiqueaccès aux soins

Les systèmes de santé européens négligent les populations les plus exclues, selon un rapport publié le 8 novembre par Médecins du Monde et un ensemble d’organisations non gouvernementales. Le rapport s'appuie sur des données et entretiens recueillis au cours de l’année 2016 auprès de 43 286 bénéficiaires des programmes de Médecins du Monde et d’ONG partenaires de quatorze pays européens.

Les personnes reçues sont des ressortissants nationaux dans leur propre pays, ainsi que des migrants Union européenne et Espace économique européen et hors Union européenne et espace économique européen, qui sont nombreux à avoir fui les violences, les conflits et la discrimination sévissant dans des pays comme la Syrie et l'Afghanistan. Près d'un quart des personnes reçues sont des enfants de moins de 18 ans.

Outre les problèmes de santé physique, de nombreuses personnes souffrent de traumatismes psychologiques. Plus de la moitié des personnes ont parlé des violences durant leurs consultations (1) et plus de 60 % de ceux ayant déclaré avoir des enfants de moins de 18 ans étaient séparés de plusieurs ou de la totalité de leurs enfants (2). Une majorité écrasante (89 %) ne dispose pas des ressources nécessaires à la satisfaction de leurs besoins essentiels (3) ni au paiement des soins médicaux.

"Quel que soit leur pays d'origine, nos patients vivent tous dans des conditions de vie extrêmes", explique, dans un communiqué de l’ONG, le Dr Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde France. "Ils font appel à nous en dernier recours et souffrent de graves problèmes de santé, leurs jours étant parfois en danger. Ils sont laissés pour compte par les systèmes de santé", poursuit-elle.

Dans leur rapport 2017, Médecins du Monde (MdM) et les ONG partenaires indiquent avoir traité des patient-e-s présentant divers problèmes de santé aigus et chroniques, ainsi que des complications liées à la grossesse. Plus de la moitié d'entre eux ne bénéficiait d'aucune couverture maladie, ne pouvant donc pas payer pour des soins médicaux. Nombre de personnes étaient incapables de se frayer un chemin à travers les démarches administratives des systèmes de santé nationaux, ne maîtrisant pas la langue locale, subissant des discriminations ou le refus de l'accès aux soins, ou de peur d'être arrêtés. Le rapport met notamment l’accent sur le désengagement des Etats membres européens quant à la couverture santé universelle, et ce sous couvert de l'austérité. Le rapport démontre également à quel point les mesures de restriction de l'accès aux soins des migrants se sont avérées néfastes pour les personnes vulnérables – notamment dans les pays tels que le Royaume-Uni, qui se sont servis de l'accès aux soins comme d’un outil de contrôle de l'immigration. "L'accès aux soins est un droit humain, pas une arme politique", avance le Dr Françoise Sivignon. "Les données que nous avons collectées démontrent que ce n'est pas cet accès aux soins qui attire les migrations vers l'Europe et qu'exclure ces populations de l'accès à ces services constitue un risque de santé publique", rappelle-t-elle. "Il s'agit d'un choix politique. Certes, les restrictions budgétaires sont drastiques, il est dans l'intérêt de toutes et de tous que toute personne ait accès aux soins, ce qui s’avère souvent plus rentable à long terme", conclut la présidente de MdM.

Selon le rapport, les gouvernements doivent prendre les mesures nécessaires à l'élimination des barrières administratives et de la discrimination au sein des services de soins, ainsi qu’à la sensibilisation des patient-e-s et professionnel-le-s de santé en matière de droits, notamment à travers des campagnes d'information et la formation des équipes en première ligne à la prise en charge des personnes en situation précaire.

(1) : 51,8% (9,667/18,650)
(2) : 61.7% (1,496/2,425)
(3) : (6,725/7,560)