Rapport Drogues 2016 : les produits ont la santé ! (1/3)

Publié par jfl-seronet le 22.09.2016
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Fin juin 2016, L'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (Onudc) a présenté son rapport annuel mondial sur les drogues. Il livre des informations intéressantes permettant d’avoir un aperçu global de l’offre et de la demande en matière de drogues. L’édition 2016 donne aussi des informations sur les données scientifiques les plus récentes concernant ce que les experts appellent la "polytoxicomanie". Vaste et ambitieux, ce rapport apporte aussi de nombreuses informations sur les "mécanismes d’interaction entre le problème mondial de la drogue" et les différents aspects du développement durable.

Les données du rapport de l’Onudc indiquent une estimation de la consommation mondiale : un adulte sur vingt a consommé au moins une drogue en 2014, soit 250 millions de personnes âgées de 15 à 64 ans. Comme souvent, ce type de rapport officiel adore faire des comparaisons qui frappent les esprits. 250 millions de personnes, c’est approximativement l’équivalent des populations de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni réunies, se plait à souligner l’Onudc. Bon, pas de quoi paniquer non plus, puisque ce taux de une personne sur vingt n’a pas augmenté ces quatre dernières années. En revanche, le rapport note que, selon les données colligées mondialement, plus de 29 millions de personnes consommatrices de drogues souffriraient de troubles liés à cet usage, que douze millions d’entre elles pratiqueraient l’injection et que 14 % des personnes injectrices vivraient avec le VIH.

Des "effets dévastateurs sur la santé"

L’Onudc tient (assez logiquement vu son mandat) à rappeler que "la consommation de drogues continue d’avoir des effets dévastateurs sur la santé" et l’appuie par des chiffres. Selon les estimations, 207 400 décès, ou 43,5 décès par million d’habitants âgés de 15 à 64 ans, auraient été liés à la drogue en 2014. Le chiffre est certes stable, mais très élevé. Les décès par surdose représentent entre un tiers et la moitié à peu près des décès liés à la drogue, peuvent être attribués à la consommation d’opioïdes. Le rapport signale que "la sortie de prison s’accompagne pour les anciens détenus d’une augmentation significative du risque de décès liés à la drogue (principalement par surdose)". Dans de nombreux pays, la prison reste un milieu où les risques de contraction de maladies infectieuses sont élevés. D’ailleurs, la prévalence de l’infection à VIH, de l’hépatite C et de la tuberculose parmi les détenus peut être sensiblement plus élevée que parmi la population générale.

Les personnes injectrices très exposées

Les personnes usagères de drogues injectables sont celles qui s’exposent à certaines des conséquences sanitaires les plus graves. De façon générale, ce sont elles qui sont en mauvaise santé ; elles qui courent des risques élevés de surdose, mortelle ou non ; elles qui sont plus susceptibles que d’autres de décéder prématurément. Une personne sur sept vit avec le VIH et une sur deux avec l’hépatite C. Et l’Onudc de préciser : "Les usagers de drogues injectables constituent une population particulièrement à risque s’agissant du VIH et de l’hépatite, étant donné que près d’un tiers des nouvelles infections à VIH survenant hors d’Afrique subsaharienne les concernent".

En 2014, selon les estimations, 183 millions de personnes auraient consommé du cannabis, la drogue qui serait donc toujours la plus couramment consommée au niveau mondial, suivie par les amphétamines. Avec environ 33 millions d’usagers, la consommation d’opiacés et d’opioïdes soumis à ordonnance est moins courante. La consommation d’héroïne est en forte augmentation en  Amérique du Nord alors qu’elle était en baisse auparavant, d’autres pays connaissent le même phénomène, ce qui inquiète les experts de l’Onudc. La consommation de cannabis est restée stable à l’échelle mondiale ces trois dernières années. En revanche, elle a augmenté dans certaines sous-régions, particulièrement en Amérique du Nord et en Europe occidentale et centrale. L’usage de cocaïne a également augmenté depuis 2010. La consommation d’amphétamines semble stable, mais si cette consommation semble assez mal documentée dans certaines régions (peu de données disponibles).

Une consommation qui reste floue

Le rapport indique aussi que la connaissance au niveau mondial de la consommation des drogues reste encore floue. La principale raison est que de nombreux consommateurs, occasionnels ou réguliers, ont tendance à prendre plusieurs substances simultanément ou successivement… ce qui pose aux experts des problèmes de calcul. Le rapport 2016 cite l’exemple de l’usage non médical de médicaments soumis à prescription, de stimulants de synthèse et de nouvelles substances psychoactives (les NPS) qui remplacent les drogue plus classiques ou s’y ajoutent, ce qui rend difficile de parler d’usagers de telle ou telle substance… Et ce d’autant, notent les experts, que l’on assiste à des "consommations épidémiques connexes ou cycliques ayant des conséquences sanitaires depuis quelques années".

Hommes et femmes

Les hommes sont trois fois plus susceptibles que les femmes de consommer du cannabis, de la cocaïne ou des amphétamines, alors que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de prendre des opioïdes et des tranquillisants à des fins non thérapeutiques, indiquent les experts de l’Onudc. Comment expliquer ces disparités ? Le rapport avance qu’elles tiennent "davantage aux possibilités qui s’offrent dans un environnement social donné qu’au fait qu’un sexe serait plus vulnérable que l’autre ou plus susceptible de consommer une drogue donnée".  Ajoutons au débat que "si la plupart des enquêtes indiquent que la prévalence de l’usage de drogues est plus élevée chez les jeunes que chez les adultes, les disparités entre les sexes sont plus faibles chez les premiers que chez les seconds".

Lire la partie 2 et 3.