Une enquête qui met la sérophobie à découvert

Publié par Mathieu Brancourt le 02.12.2016
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Droit et socialdiscriminations

Dans son nouveau rapport "VIH/hépatites : la face cachée des discriminations", l’association AIDES continue de documenter le vécu de la stigmatisation par les personnes vivant avec le VIH. Dans ce rapport présenté le 30 novembre au Barreau de Paris, l’association dresse le panorama de la situation des "violences" en raison du statut sérologique. Et les personnes séropositives en subissent deux fois plus que les autres.

Ni une surprise, ni une nouveauté, juste des preuves, encore, que la stigmatisation a la peau dure. Malgré l’amélioration très forte depuis près de 20 ans en termes de prise en charge et d’efficacité des traitements, les représentations et idées reçues sur le VIH/sida restent très fortes, au détriment des personnes vivant avec le virus. AIDES et son département recherche ont mené l’enquête "VIH, Hépatites et vous", auprès de 1 080 personnes fréquentant les actions de l’association. Parmi elles : 29,6 % déclaraient être séropositives au VIH ou aux hépatites B ou C.

Un tiers des personnes séropositives rapportent avoir été victimes de discriminations

Les chiffres sont flagrants. Ce chiffre est deux fois supérieur à celui en population générale. Ainsi, 30 % des personnes interrogées rapportent avoir vécu une situation de discrimination durant les douze derniers mois. Et 80 % d’entre elles, font un lien direct entre la violence subie et leur statut sérologique. "Ces chiffres témoignent du décalage considérable qui subsiste entre progrès thérapeutiques et perception sociale du VIH. Alors qu’en France, les personnes sous traitement VIH sont en bonne santé, la société persiste à les considérer comme des bombes virales potentielles", dénonce le président de AIDES, Aurélien Beaucamp. Alors qu’une personne sous traitement efficace, avec une charge virale indétectable, n’est plus contaminante pour son partenaire. Et c’est pourtant la sphère affective et sexuelle qui génère le plus de rejets, jugements, insultes voire humiliations. La moitié des personnes vivant avec le VIH et 63,6 % vivant avec une hépatite virale déclarent avoir été victimes de stigmatisation dans un contexte sexuel. Pourtant, 86 % des personnes vivant avec le VIH et sous traitement ont une charge virale indétectable. La preuve du décalage immense entre la réalité des violences liées au statut sérologique positif et le risque quasi-nul de transmission du virus, qui "crée à la fois isolement et auto-exclusion", explique le rapport.

Un monde médical encore sérophobe

Supposément les mieux et les plus informés, les professionnels de santé ne sont malheureusement pas en reste en termes de mauvais comportements ou des traitements différentiels, voire même de refus de soin. On se rappelle du testing réalisé par AIDES en 2015 auprès des dentistes qui montrait qu’au moins un tiers d’entre eux repoussait voire refusait les prises de rendez-vous pour les personnes séropositives. Ce nouveau rapport enfonce le clou : un quart des discriminations déclarées ont lieu dans le monde médical. Ainsi, 24 % des personnes vivant avec le VIH et près de 30 % pour les personnes atteintes d’une hépatite virale expliquent avoir subi ce type de traitement discriminatoire l’année précédent l’enquête. Frontaux ou plus pernicieux, ces refus de soins sont un véritable fléau pour l’estime de soi, les droits des personnes, mais aussi un grave manquement déontologique, nuisant également à leur santé générale.

Selon l’enquête ANRS-Vespa2, 12 % des répondants notent avoir été confrontés à un refus de soins. Face à ces chiffres alarmants, Aurélien Beaucamp se veut combattif et promet que l’association continuera de lutter contre les discriminations, avec l’arsenal légal. AIDES se félicite d’ailleurs dans le rapport de l’arrivée des actions de groupes, possibilité de recours collectifs auprès des tribunaux en cas de discriminations, inscrite dans la très récente loi Justice 21e siècle.

Le rapport "VIH/hépatites : la face cachée des discriminations" est consultable en ligne.