UNITAID : la taxe sur les billets menacée sur proposition du PS

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InitiativeTaxe sur les billet d'avionunitaid

Le gouvernement avait confié au député Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale la réalisation d’un rapport sur la "compétitivité du transport aérien français". Le rapport fait un certain nombre de préconisations dont l’une choque tout particulièrement. Appliquée, elle pourrait mettre fin à UNITAID. Explications.

Pour une surprise, c’est une très mauvaise surprise. Le rapport que Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l'Assemblée, vient de rendre à Manuel Valls sur l’avenir du transport aérien en France, préconise de ne plus taxer les billets d'avion pour financer des programmes de santé d’UNITAID, mais de taxer l'industrie agro-alimentaire… qui ne sera pas d’accord. C’est ce qu’explique "Libération" (3 novembre) qui a levé le lièvre. Cette taxe de solidarité a été créée par Jacques Chirac en 2006. Elle est comprise entre 1,13 euro et 4,51 euros pour un billet en classe économique, entre 11,27 euros et 45,07 euros en classe affaires. Elle est obligatoire pour tous les vols au départ de la France quelle que soit la compagnie aérienne, d’autres pays l’ont adoptée comme le Cameroun, le Chili, la République du Congo, Madagascar, le Mali, Maurice, le Niger et la Corée du Sud. Elle fonctionne bien. Elle permet de financer des programmes de santé dans le monde entier via UNITAID. Elle a d’ailleurs été saluée par le président François Hollande qui estimait en septembre 2012 qu’elle avait ouvert la voie. Il se proposait d’ailleurs de poursuivre cette voie et même de franchir une nouvelle étape en créant la taxe sur les transactions financières.

Un "boulet" !

Le chef des députés PS ne l’entend pas ainsi Le secteur aérien "hypercompétitif ne peut plus supporter un tel boulet", juge Bruno Le Roux. Sa proposition est donc de supprimer la "taxe Chirac" sur les billets d'avion pour la remplacer par un prélèvement sur le chiffre d'affaires de l'industrie agro-alimentaire. Son argument est que l'industrie agro-alimentaire et plus précisément la grande distribution qui n'est pas délocalisable, d’où ce choix. Evidemment, cette proposition fait hurler. D’abord parce que la taxe actuelle fonctionne bien, qu’elle génère des ressources indispensables à la lutte contre le VIH/sida, mais aussi contre le paludisme et la tuberculose. UNITAID est un acteur majeur de la lutte contre le VIH/sida. Dans l’hypothèse où les taxes concerneraient la grande distribution, il y a fort à parier que les prix seraient revus à la hausse, ce qui affecterait le pouvoir d’achats d’un plus grand nombre de Français (ceux qui mangent sont plus nombreux que ceux qui prennent l’avion). Par ailleurs, cette annonce tombe au moment où d'autres pays (Maroc, Japon) pourraient rejoindre la France sur le principe de cette taxe.

Une remise en cause très critiquée

"Cette nouvelle attaque sur les financements innovants destinés à la solidarité internationale se déroule dans un contexte plus global de baisse des crédits de l’aide publique au développement (APD). Déjà réduit à sa portion congrue, le budget de la solidarité internationale subit cette année encore une baisse importante (- 2,79 %). Depuis 2012, le budget français d’aide publique au développement (APD) a reculé de près de 20 %, soit près de 640 millions d’euros", dénonce Coordination Sud dans un communiqué (4 novembre). "L’instauration d’une taxe sur les billets d’avions était un combat de plusieurs années et porté par la France. Sa suppression serait inconcevable. Cette proposition est d’autant plus ahurissante que le budget français pour la solidarité internationale est déjà en forte baisse et que le gouvernement se félicite dans le même temps de promouvoir des financements innovants", s’indigne Christian Reboul, administrateur de Coordination SUD, et responsable des questions de financement du développement à Oxfam France. Autre réaction, celle du président d'UNITAID, Philipe Douste-Blazy. Il a réagi dans les colonnes de "Libération". "Incroyable, hallucinant : si la France stoppe la taxation sur les billets d'avion, ce serait une annonce dramatique et majeure. Jamais un président ni un Premier ministre n'ont remis en cause la taxe sur les billets d'avion, qui plaçait la France comme pionnière en matière de financements innovants", a–t-il expliqué.

AIDES dénonce

"Décidément les socialistes ont un réel problème avec la solidarité internationale", tacle AIDES dans un communiqué (6 novembre). "Après la taxe sur les transactions financières, vidée de sa substance par un Michel Sapin très à l'écoute du lobby bancaire, c'est maintenant la taxe UNITAID sur les billets d'avion qui se retrouve dans le collimateur de Bruno Le Roux", dénonce l’association qui a décidé d'aller lui dire tout le bien qu'elle pensait de sa proposition directement à sa permanence. Dans son communiqué, AIDES appelle Bruno Le Roux à "la raison". "Ne sacrifions pas une taxe de solidarité qui marche, ne jouons pas avec la vie des malades", conclut l’association.

AIDES zappe la permanence de Bruno Le Roux

Jeudi 6 novembre, les militants de l’association AIDES ont protesté jusqu’aux vitres de la permanence du chef des socialistes à l’Assemblée Nationale. Dans le viseur, son idée de revenir sur la taxe sur les billets d’avions, qui finance l’accès aux traitements anti-VIH en Afrique, via le fonds UNITAID.

"Occupy Le Roux !" Brosses et affiches en mains, des militants de AIDES ont "repeint" la façade de la permanence du député socialiste Bruno Le Roux, en Ile-de-France. Pas question pour eux de laisser passer les dernières déclarations du chef de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale, qui souhaite revenir sur la taxe sur les billets d’avion, dite "taxe Chirac". Créée en 2006 par l’ancien président de la République, Jacques Chirac, elle prélève quelques euros qui permettent de financer UNITAID, une organisation qui délivre principalement des traitements antirétroviraux en Afrique, mais pas seulement. "Mercredi 4 novembre, le président du groupe socialiste à l'Assemblé Nationale a proposé de supprimer purement et simplement cette microtaxe pour en transférer la charge sur la grande distribution. Afin d'encourager Bruno Le Roux à revoir rapidement sa copie, AIDES a décidé d'aller lui dire tout le bien qu'elle pensait de sa proposition directement à sa permanence", explique le communiqué de AIDES. Et l’association n’a pas manqué d’interpeller Bruno Le Roux durant son zap, via les réseaux sociaux.

"Arrêtez les caricatures"

Ce dernier s’est défendu immédiatement, via son compte Twitter. "Il n'a jamais été question de supprimer la taxe de solidarité. Mais son "assiette" n'est pas la meilleure ! Arrêtez les caricatures", a-t-il affirmé dans son tweet de réponse. Ce qui n’a pas empêché Mehdi Ouraoui, membre du Conseil national du PS, de s’opposer à cette mesure sur le site de microblogging. "Supprimer la taxe/billets d'avion serait une faute morale. Et une taxe sur les yaourts pénaliserait le pouvoir d'achat". Le directeur général de la Coalition PLUS (dont AIDES est membre fondateur), Vincent Pelletier, présent durant l’action, à quant à lui dénoncer une idée saugrenue qui vient soutenir une compagnie riche en compensant par des taxes qui feront payer les plus pauvres. "Cette taxe créé par Jacques Chirac a permis de récolter plus d’un milliard d’euros pour le financement international de la lutte contre le sida. Cet argent est vital pour UNITAID et pour les malades qui en bénéficient. Nous sommes en colère", indique encore Vincent Pelletier. Une colère partagée par Philippe Douste-Blazy, président d’UNITAID. Ce dernier a interpellé Bruno Le Roux après ses déclarations, sans succès d’après ses collaborateurs.

Commentaires

Portrait de bernardescudier

Wouah ! Quel evenement ! Bravo

Portrait de Charles-Edouard

ces 'socialistes' ...

On n' était MDR ... Mais ca c'etait avant ... Maintenant ils sont à la barre ... et on n'est plus MDR du tout

Portrait de flamme

Il me smble que cea mérite une pétition. On ne peut pas laisser un mouvement comme UNITAD mourir!

Il faut demander le maintien de cette taxe.
Seronet peut être un bon vecteur pour cette pétition

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