VESPA 2 : séropos, sexe et sens !

Publié par jfl-seronet le 08.06.2011
1 304 lectures
Notez l'article : 
3
 
Vespa 2
Lancée depuis quelques semaines, l’enquête VESPA 2 consacre une part importante à la sexualité et à la vie affective. Pour la première fois, cette enquête prend en compte les importants changements en matière de prévention. Nicolas Lorente (Chercheur à l’Inserm à Marseille) fait partie de l’équipe qui a élaboré cette partie de VESPA 2. Prévention, sexualité, enjeux de santé publique, etc. il explique sur Seronet pourquoi il est important que VESPA 2 parle aussi cul.
vespa.jpg

L’enquête VESPA 2 est lancée depuis quelques semaines. Une partie importante de cette enquête porte sur la sexualité et la vie affective. Que cherchez-vous à apprendre ou à comprendre dans ces domaines-là ?
La vie affective et sexuelle tient une place importante dans VESPA 2 car nous avons besoin de comprendre la façon dont les personnes séropositives vivent et ressentent leurs relations amoureuses et sexuelles, ainsi que les difficultés pouvant être engendrées par le VIH. Ce qui est important pour nous, c’est de n’exclure aucune situation de la vie réelle en filtrant les questions selon les groupes spécifiques. Les questions sont donc différentes en fonction du sexe des répondants et de celui de leurs partenaires, c’est pourquoi cette partie est l’une des plus longues du questionnaire. Il nous parait également important de dépasser la norme préventive du "tout capote" afin d’étendre la prévention de la transmission au-delà de la seule utilisation du préservatif, qui reste néanmoins présente, en mesurant le recours à des pratiques de réduction des risques. Il s’agira aussi de comprendre la façon dont les personnes vivant avec le VIH vivent et ressentent leur sexualité, si elles sont épanouies dans leur sexualité et, le cas échéant, quelles sont les troubles et les causes d’une sexualité non satisfaisante ou inexistante.

En schématisant un peu et en se référant aux résultats de la première édition de l’enquête VESPA, on peut dire que les hommes et les femmes vivant avec le VIH se caractérisent à la fois par une absence de vie sexuelle importante et une proportion élevée de personnes ayant plusieurs partenaires dans l’année. Etes-vous parti de cette hypothèse-là pour élaborer vos questions sur la sexualité ou avez-vous intégré d’autres paramètres ?
VESPA 1 a effectivement montré qu’il existait principalement deux groupes distincts du point de vue de la sexualité des personnes vivant avec le VIH : d’une part un groupe en "retraite sexuelle" qui n’a pas ou peu de partenaires sexuels, et d’autre part un groupe qui en a beaucoup, parfois même plus que la population générale. Nous sommes donc partis de ce constat pour permettre de documenter ces deux extrêmes avec des questions portant sur l’absence de vie sexuelle, les difficultés liées aux rencontres, les problèmes physiques dans la sexualité, et d’autres questions portant sur les pratiques en fonction des différents types de partenaires. Dans VESPA 1, et dans la plupart des enquêtes sur la sexualité réalisées à ce jour, les partenaires sexuels des personnes étaient "enquêtés" selon la  division : partenaire stable/partenaires occasionnels. Dans VESPA 2, nous avons voulu prendre en compte un certain nombre de parcours, de vécus et de diversités de situations. Nous avons donc tenté de dépasser ce schéma classique de représentation afin de mieux apprécier la diversité des relations interindividuelles qui existent dans la vraie vie en distinguant plusieurs types de partenaires, et la possibilité par exemple, d’avoir plusieurs partenaires en même temps, d’avoir eu des partenaires sexuels des deux sexes dans la même année, d’avoir un partenaire stable sans pour autant avoir de relations sexuelles avec lui, etc.

Un nombre conséquent de questions porte sur les pratiques préventives avec le partenaire stable et, pour les personnes concernées, avec les autres partenaires en plus du partenaire stable. Les questions portant sur les attitudes préventives ont-elles été modifiées par rapport à la première enquête VESPA ? Certains items ont-ils été abandonnés ?
Dans VESPA 1, les questions sur les pratiques préventives portaient uniquement sur l’utilisation du préservatif lors de la fellation et de la pénétration, anale ou vaginale, sans distinction des rôles sexuels chez les gays par exemple. Dans VESPA 2, nous voulions couvrir au maximum la diversité des pratiques sexuelles et des types de partenaires afin de pouvoir évaluer de façon plus précise les risques de transmissions, différenciés selon le niveau de risque de chaque pratique et selon le recours ou non à des pratiques de réduction des risques comme le retrait avant éjaculation, le choix du rôle sexuel chez les gays, etc. Les items de fréquence sur les douze derniers mois sont restés les mêmes, mais nous avons en plus ajouté des items portant sur le dernier rapport sexuel pour avoir une vue d’ensemble à l’échelle populationnelle et ainsi minimiser les biais de mémorisation.


Ces dernières années ont été marquées par de grands bouleversements en matière de prévention (les effets préventifs du traitement, par exemple). Dans la première enquête VESPA, il était constaté que certaines stratégies de prévention étaient élaborées sur la base d’une charge virale indétectable. Ces éléments ont-ils été pris en compte dans le choix des questions et sont-ils des phénomènes que vous cherchez à comprendre et quantifier ?

Dans VESPA 2, nous avons effectivement cherché à comprendre ces phénomènes. Le niveau de charge virale des répondants sera recueilli indépendamment du questionnaire, dans un questionnaire médical rempli par le médecin. Les questions portant sur la connaissance du statut sérologique quant à elles ont été davantage détaillées afin de comprendre comment les personnes vivant avec le VIH partagent ou non leur séropositivité selon leur type de partenaires, et si elles-mêmes demandent ou connaissent la sérologie de leurs différents partenaires sexuels. Le partage des statuts sérologiques dans un couple ou dans une relation d’un soir n’est pas systématique et passe parfois par d’autres biais que la parole. Dans les couples stables où l’information du statut est le plus souvent connue, nous cherchons à savoir quand et comment elle l’a été et, dans les relations d’un soir nous cherchons à savoir si l’information était connue avant le dernier rapport sexuel.

La partie sexualité de l’enquête met l’accent sur l’affirmation de la séropositivité. Existe-t-elle ? Sous quelles formes ? Sur cet enjeu, avez-vous procédé à des changements par rapport à la version précédente, mis l’accent sur des points particuliers ?
VESPA 2 tout comme son édition précédente s’intéresse à la révélation du statut à l’entourage, qui est un indicateur imparfait de l’affirmation de la séropositivité. VESPA 1 avait démontré le rôle négatif des expériences de discrimination liées au statut sérologique sur l’utilisation du préservatif ; dans VESPA 2 nous tenterons de mieux documenter les différentes dimensions des discriminations vécues par les personnes pour différencier celles qui sont dues au VIH de celles qui sont la conséquence d’autres stigmatisation (orientation sexuelle, origine géographique, usage de drogue, etc.) et ainsi repérer ce qui influence le plus les comportements sexuels individuels.


Plusieurs questions concernent l’utilisation d’Internet à la fois dans la recherche de partenaires sexuels, mais aussi dans le fait de rendre "visible" sa séropositivité. Pour vous, cela signifie t-il qu’Internet a désormais, concernant les personnes vivant avec le VIH, un rôle particulier et que ce rôle spécifique peut/doit être pris en compte par les acteurs de la lutte contre le sida ?
Il semble en effet qu’Internet joue aujourd’hui un rôle majeur dans les rencontres en population générale, et en particulier chez les personnes séropositives, dans notre société qui considère toujours le VIH comme une maladie taboue et honteuse. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce recours croissant à Internet pour les rencontres. Tout d’abord, il est plus facile de parler de sa séropositivité à une personne que l’on ne connait pas encore et que l’on ne rencontrera peut-être jamais dans la vraie vie. Ensuite, il est certainement moins éprouvant pour une personne vivant avec le VIH, de subir un rejet vis-à-vis de sa séropositivité de la part d’une rencontre virtuelle plutôt que de subir le rejet d’une rencontre réelle, où l’expression du visage et l’attitude physique de la personne peuvent être plus blessantes que des mots. D’autre part, les sites qui donnent la possibilité à leurs abonnés d’afficher leurs statut sérologique sur leurs profils sont une aubaine pour nombre de personnes séropositives qui du coup n’ont plus à se demander si elles doivent le dire, comment et à quel moment. Au-delà d’internet, il existe aujourd’hui des applications sur smartphone, utilisées par les gays principalement, qui permettent de géolocaliser des utilisateurs autour de soit depuis n’importe quel lieu, ce qui facilite les rencontres d’un soir principalement, en alliant disponibilité immédiate et proximité. Toutes ces questions ont donc été prises en compte dans VESPA 2 afin de quantifier ces phénomènes, et de mesurer l’impact qu’ils peuvent avoir sur les pratiques préventives par rapport à VESPA 1.


Ce qui est assez frappant à la lecture des questions sur la sexualité dans VESPA 2, c’est qu’on y parle certes clairement des pratiques, mais que des notions comme le désir, le plaisir voire l’amour sont quasiment absentes. Pourquoi ce choix ?
Il est vrai que seule une question porte sur le désir, la libido, et que la question du plaisir n’est abordée que sous l’angle de la satisfaction de la vie sexuelle. Celle-ci est cependant un très bon marqueur qui pourra être analysé en fonction de toutes les dimensions de la vie des personnes séropositives, de l’insertion professionnelle en passant par la santé mentale, le vécu des traitements et de la maladie et j’en passe. Sur le plan de la vie sexuelle et amoureuse, nous avons déjà du nous passer de bon nombre de questions pour des raisons de longueur du questionnaire, et nous avons fait le choix de traiter en priorité ce qui, d’un point de vue de santé publique, semblait le plus important à savoir les questions de recherches actuelles centrées sur la réduction des risques sexuels et la santé sexuelle des personnes vivant avec le VIH.


VESPA 1 a permis, entre autres, de mieux comprendre quelle était la vie affective et sexuelle des personnes vivant avec le VIH. Des résultats, des connaissances ont été produits. Selon vous, qu’est-ce que cela a permis de changer, de modifier, de faire comprendre ?
VESPA 1 a produit un grand nombre de connaissances et a permis de mesurer un certain nombre de problèmes bien connus des associations de patients : le fait que cela soit scientifiquement mesuré permet de montrer que ces questions ne sont pas anecdotiques, mais cruciales d’un point de vue de santé publique. Toutes ces connaissances sur le vécu et le ressenti des personnes atteintes ont permis, par exemple, d’orienter les politiques publiques de santé et les diverses recommandations vis-à-vis du VIH, notamment dans le "Rapport Yéni". Les associations ont pu également bénéficier des résultats de VESPA 1 en se les réappropriant pour ajuster leurs actions sur des points particuliers ou sur des difficultés spécifiques soulevées par l’enquête. Dans VESPA 2, il s’agira non seulement de comparer la situation des personnes vivant avec le VIH en 2011 à celle de 2003, mais aussi de répondre à un certain nombre de questions de recherches actuelles comme le rôle des traitement et des pratiques de réduction des risques sexuels dans la diminution de la transmission. Cela permettra, on l’espère, d’affiner à nouveau les plans nationaux de santé et d’apporter un outil supplémentaire aux associations de patients qui pourront ajouter à leurs connaissances empiriques des résultats scientifiques afin de mieux prendre en charge les besoins des personnes séropositives aujourd’hui en France.

Propos recueillis par Jean-François Laforgerie

Vespa les séropos mènent l'enquête et mode d'emploi.

Commentaires

Portrait de lounaa

partenaire multiples ? c'est une blague non ? je dirai plutot perte de libido (l'allien fait son oeuvre ou les tri ! aprés l'infection on doit apprendre à vivre avec sa , on devient l'autre ...celui ou celle que l'on voudrait ne pas étre , on doit supporter les discriminations et le reste alors la libido ...comme quoi on est tous différent mais faut pas généraliser partenaires multiples ....