VHC : des profits au détriment des soins

Publié par jfl-seronet le 15.12.2018
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ThérapeutiquesofosbuvirVHChépatite C

L’esprit n’est pas à la fête et l’ironie s’avère aussi mordante que la flamme d’une bougie dans ce communiqué de hepCoalition, publié à l’occasion du cinquième anniversaire du sofosbuvir (Sovaldi), le premier antiviral à action directe contre le VHC, mis sur le marché et fabriqué par le laboratoire pharmaceutique Gilead Sciences. Cinq ans, des milliards de dollars engrangés par le labo et toujours des obstacles, principalement financiers, dans l’accès à ce traitement.

Aujourd’hui, du fait de la stratégie du laboratoire Gilead en matière de brevet et de prix, c’est, en cinq ans, 1,85 million de personnes qui ont reçu un traitement à base de sofosbuvir alors que les besoins au niveau mondial sont évalués à 71 millions de personnes ! Cet énorme décalage est pointé dans le récent communiqué de presse de hepCoalition (1) qui explique que « les personnes vivant avec l’hépatite C, les militants de l’accès aux traitements et la communauté médicale à travers le monde « fêtent » le cinquième anniversaire du sofosbuvir ». Communiqué qui avance que le décalage entre accès réel et besoins est la conséquence de trois phénomènes : des prix trop élevés, des brevets trop contraignants et des retards d'enregistrement du médicament dans certains pays.

Des profits au détriment des soins

Depuis fin 2013, Gilead a engrangé 25,8 milliards de dollars de profits sur ses produits contre l’hépatite C, notamment le sofosbuvir. Sur l’année 2017, Gilead a dépensé près de 15 milliards de dollars de dividendes à ses actionnaires, explique le communiqué de hepCoalition. « Ce montant est plus que suffisant pour traiter avec des versions génériques chaque personne atteinte d’une hépatite C chronique dans le monde », avance le collectif. Autrement dit, le labo a suffisamment engrangé pour pouvoir conduire volontairement une politique tarifaire plus soutenable par les systèmes de santé et donc faciliter un accès universel. Ce n’est pas du tout le choix qui a été fait. « Il s'agit d'un transfert massif de richesse des systèmes de santé publique et des personnes malades vers une poignée de dirigeants et d'actionnaires du secteur pharmaceutique », commente Annette Gaudino, directrice des projetsVIH/VHC à Treatment Action Group.

Une concurrence générique bloquée par Gilead

Le sofosbuvir est un antiviral à action directe (AAD) qui peut - mais uniquement en association avec d’autres molécules - guérir plus de 90 % des personnes atteintes d'hépatite C chronique. La concurrence générique, seule capable d’augmenter le nombre de personnes mises sous traitement, est bloquée à cause des délais ou du défaut d’enregistrement de Gilead et de ses sous-licenciés pour enregistrer les médicaments dans les pays à revenu faible et intermédiaire, dénonce la coalition. « En Malaisie, même si nous étions sous licence volontaire, l'incertitude quant à l’autorisation de mise sur le marché par les organismes de réglementation des médicaments retarderait l'accès au sofosbuvir à un prix accessible. C’est pourquoi il était important pour la Malaisie de recourir à une licence obligatoire et garantir pleinement l’accès à un traitement abordable pour les personnes atteintes d'hépatite C », explique Edward Low, directeur du Positive Malaysian Treatment Access & Advocacy Group.

Une contestation au brevet

Évidemment, devant l’attitude du laboratoire, la société civile a engagé la lutte pour un accès universel au sofosbuvir. Des militants-es, très investis dans l’accès aux traitements, ont contesté le brevet de cette molécule. Dans le prolongement des contestations de brevets très médiatisées au Brésil, en Inde et en Ukraine, une coalition européenne d’organisations de la société civile et de groupes de patients (2) a récemment fait appel de la décision de l’Office européen des brevets (OEB) qui a rejeté leur demande d’opposition au brevet accordé à Gilead pour le sofosbuvir. « Les brevets immérités en Europe confèrent aux laboratoires pharmaceutiques un monopole qui leur permet de fixer des prix exorbitants pour de nombreux médicaments vitaux », rappelle d’ailleurs Gaëlle Krikorian, responsable des politiques à la Campagne d’accès aux médicaments essentiels de Médecins Sans Frontières. « Les prix excessifs pratiqués par Gilead pour le sofosbuvir ont tenu à l’écart des millions de personnes atteintes d'hépatite C - en Europe et dans le monde - de ce médicament révolutionnaire. Quel est l'intérêt de l'innovation médicale si les personnes et les systèmes de santé ne peuvent accéder aux médicaments qui en découlent ? ».

La recherche sur le sofosbuvir, un financement public

Le cinquième anniversaire du sofosbuvir est aussi un rappel sur la manière dont Gilead a privatisé la recherche financée par des fonds publics, avance HepCoalition. En 2011, Gilead a acquis Pharmassett, le véritable découvreur du sofosbuvir, qui s'est appuyé sur un financement public de 880 millions de dollars des instituts nationaux de la santé. A la suite de cet achat, Gilead a fixé le traitement de sofosbuvir à 84 000 dollars pour douze semaines, alors que le coût de fabrication du sofosbuvir est estimé à 42 dollars, incluant une marge bénéficiaire de 10% et une taxe de 27% sur la marge bénéficiaire.

La stratégie du laboratoire a conduit, estime HepCoalition, à une limitation de la portée du médicament dans l’arrête de l’épidémie de VHC. « En tant que soignants, nous sommes scandalisés que, cinq ans plus tard, nous n'ayons pas eu l'impact considérable que nous aurions dû avoir avec ce traitement efficace et hautement tolérable, au Sud bien sûr, mais aussi au Nord où le médicament a été rationné à cause de son prix – alors même que l’industriel avait volontairement privilégié les pays à revenu élevé qui, selon lui, pouvaient payer des prix exorbitants », avance Olivier Maguet, responsable de la mission Prix du médicament et systèmes de santé à Médecins du Monde. « On estime à cinq millions le nombre de personnes qui doivent être mises sous traitement chaque année dans le monde pour enrayer l'épidémie - sans s'attaquer aux barrières de prix, aux retards d'enregistrement et à la limitation de la concurrence des génériques, ce sera un échec dans l'histoire médicale et pour l'humanité ».

Le mouvement de plaidoyer international hepCoalition exige deux choses du laboratoire pharmaceutique Gilead : d’abandonner ses brevets dans tous les pays à revenu faible ou intermédiaire ; de baisser les prix du Sovaldi dans les pays à revenus élevés et d’enregistrer immédiatement le sofosbuvir dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Il attend des producteurs de génériques l’enregistrement des antiviraux à action directe dans tous les pays. Il attend des gouvernements qu’ils élaborent des programmes de traitement nationaux et fournissent des antiviraux à action directe abordables ; fassent respecter les stricts critères de brevetabilité et la délivrance des licences obligatoires pour surmonter les brevets qui empêchent un accès à des traitements abordables ; le déploiement de modèles alternatifs et plus durables dans la recherche médicale et le développement. Il attend de l’organisation mondiale de la santé l’accélération du processus de pré-qualification des antiviraux à action directe génériques. Il attend des bailleurs internationaux qu’ils arrêtent d'ignorer l'épidémie de VHC et qu’ils allouent des fonds pour faire face à l'épidémie mondiale !

(1) Médecins du Monde (MdM), Médecins Sans Frontières (MSF), AIDES (France), Access to Medicines Ireland, Praksis (Greece) et Salud por Derecho (Spain).

(2) hepCoalition, c’est un mouvement de plaidoyer international en faveur de l’accès au dépistage, au traitement et au soutien des personnes présentant un risque élevé d’infection au VHC dans les pays à faible revenu et revenu intermédiaire, et en particulier pour les personnes consommant des drogues et les personnes co-infectées par le VIH et le VHC.

 

Commentaires

Portrait de Butterfly

Bonjour 

Ben moi aprés 25 ans de VHC ou + bref - En 3 mois j'ai était guéri en 2015 grace a cette molécule ! je l'avais eu car en était a un stade trop avancée, je tiens a le préciser car tout le monde ne pouvait l'avoir selon le stade de la maladie bref ..  Je revis c'est incroyable !! moins de fatigue etc .. Ils avaient essayé la fameuse injection sous stylo de l'interferon suivi d'autres médicaments + ma trithérapie pendant 8 mois et j'ai fait un sacré rejet qui m'a valu en 2013 2 mois hospital avec 4 fois par jours 40/ de fièvre ct dur .. puis ils ont décidé car pour eux je devais faire l'étude jusqu'au bout de me l'arrêter et hop plus de température , imaginais les nerfs pendant presque 2 mois a supplier de m'arrêter ces injections !! j'étais a bout - Puis le professeur m'avait donné un médicament utilisé en afrique pour les grosses fièvres et ça marché mais aprés l'arrêt d'interpheron ... sorry pour les fautes d'orthographe - 

Voilà j'ai eu le miracle en 3 mois seulement au bout de tant d'année de cette maladie du foi .. 

Bonne Fête de fin d'année a tous 

Portrait de Léo_

C'est scandaleux notre système capitaliste.

La santé ne devrait pas fonctionner avec des marchés ; des actionnaires ; des lobbys pharmaceutique etc....

Ce système mondial de fonctionnement, venu des USA et qui nous asservis. Doit être détruit !! Traquer !! Abolie !! Supprimer jusqu'au dernier !! 

L'enjeu sanitaire universelle ne doit pas être une question : de profits, de capitaux, de dividendes, de part de marché , d'actionnaires, de milliardaires en yacht à Dubaï ...

C'est aussi puant que kim kadershian, les baleiniers et les religions d'états !!

Portrait de fil

des fortunes grâce à des médicaments au prix exorbitant

Second volet de notre enquête sur le prix des médicaments, avec l’exemple du Sovaldi. Cet antiviral agissant contre l’hépatite C, présenté comme révolutionnaire du point de vue de ses effets, est facturé 28 732 euros par patient à l’assurance maladie, pour un coût de fabrication réel estimé entre 75 et 200 euros ! De quoi alimenter les 43 milliards d’euros de profit générés pour son fabricant, le laboratoire Gilead, mais aussi assommer les comptes de la Sécurité sociale, contrainte pendant un temps de faire un tri entre les patients qui pouvaient, ou non, recevoir le traitement...

C’est l’histoire d’un « casse » presque parfait, celui d’un médicament qui rapporte des milliards. Son nom, le Sovaldi. Sa victime : l’hépatite C, et au passage les caisses d’assurance maladie de plusieurs États ! Cet antiviral à action directe arrive sur le marché français en novembre 2014. Les experts louent rapidement son efficacité contre le virus de l’hépatite C : le sofosbuvir (Sovaldi), du laboratoire Gilead, permettrait de neutraliser le virus dans 93 à 99 % des cas, pour certains génotypes. Les fibroses et les cancers qui découlent du virus seraient ainsi écartés. Tout cela, grâce à une cure de trois mois, à raison d’un comprimé par jour…

Le souci, c’est que ce traitement a un prix... exorbitant. Plus de 67 000 euros aux États-Unis, par patient, pour environ trois mois, lors de son lancement. 41 620 euros en France, à partir de 2015. Soit environ 1000 dollars le comprimé ! Un prix qui compromet le traitement des 160 millions de personnes atteintes du virus dans le monde, et la vie des 700 000 qui en meurent chaque année. D’après l’OMS [1], aucun pays n’a les moyens financiers de payer le prix de ces nouveaux traitements pour soigner toutes les victimes de l’hépatite C.

La suite ici :

http://multinationales.org/Le-Sovaldi-ou-comment-les-laboratoires-pharma...

 

 

Portrait de Léo_

Et alors comment faire ?

Pourquoi on ne réquisitionne pas tout simplement ?

Prendre ce qu'on a besoin pour le bien de l'humanité?

Et condamné ceux qui tirent du business de cette situation. C'est tragique à dire mais c'est dans c'est circonstances que la peine de mort à toute son utilité