VIH et VHC : les épidémies peuvent baisser en Europe de l’Est et en Asie Centrale

Publié par jfl-seronet le 01.05.2016
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Améliorer l’accès aux soins et à la prévention des usagers de drogues par voie intraveineuse réduirait considérablement l’importance des épidémies du VIH et de l’hépatite C chez les personnes injectrices dans les pays d’Europe de l’Est et d’Asie Centrale. On le sait, mais ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que la mise en place de ces stratégies d’intervention pourrait également être bénéfique à l’échelle de la population générale des pays concernés. Explications.

C’est ce que rappellent et démontrent les résultats d’une étude menée par Guillaume Mabileau (1) sous la direction du professeur Yazdan Yazdanpanah avec le soutien de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS). Ces résultats ont été présentés lors du congrès de l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL), qui s’est tenu à Barcelone du 13 au 17 avril 2016.

L’Europe de l’Est et l’Asie Centrale sont deux régions où les épidémies liées au VIH et à l’hépatite C (VHC) sont particulièrement actives, principalement parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse (UDVI) (lire l'interview de Michel Kazatchkine). Les personnes usagères sont souvent discriminées, voire criminalisées. Elles ont souvent un accès limité aux soins et à la prévention. Comme le pointe le communiqué de l’ANRS (15 avril), peu de programmes de santé publique ciblent cette population pourtant très à risque d’être infectée et les programmes de substitution aux opioïdes touchent une infime minorité des usagers de drogues par voie intraveineuse, entre 0,1 % et 5 % selon les pays.

L’équipe dirigée par le professeur Yazdan Yazdanpanah a travaillé en partenariat avec des équipes de chercheurs des pays concernés, des équipes de l’Onusida et le soutien de l’ANRS. Leur objectif était de tenter de déterminer quel serait l’impact, en termes de santé publique, du développement de programmes d’intervention ciblant les usagers de drogues par voie intraveineuse dans cinq pays : Biélorussie, Géorgie, Kazakhstan, Moldavie, Tadjikistan. Même s’ils sont différents, ces "cinq pays sont représentatifs de cette région en termes de géographie, de contextes épidémiques et de politique de santé publique", indique le communiqué de l’ANRS. "A partir des données de la littérature internationale et des bases de données de ces cinq pays, les chercheurs ont évalué par modélisation mathématique l’efficacité, le coût et le rapport coût-efficacité d’une amélioration de la couverture en soins et en prévention de la population des usagers de drogues par voie intraveineuse et l’impact de ces mesures sur la population générale".

Les différentes interventions qui ont été évaluées sont les échanges de seringues, le traitement de substitution aux opioïdes, le dépistage du VIH et du VHC, le traitement antirétroviral contre le VIH et le traitement antiviral à action directe contre le VHC. Dans cette modélisation, les chercheurs ont réalisé leur évaluation sur une durée théorique de vingt ans (de 2013 à 2033). Les résultats montrent que le développement de l’ensemble de ces interventions permettrait de réduire de façon importante la prévalence du VIH et du VHC parmi cette population dans les cinq pays étudiés. "Ainsi chez les usagers de drogues par voie intraveineuse, l’estimation de la diminution de la prévalence sur 20 ans serait comprise, selon les pays, entre 36 % et 99 % pour le VHC et entre 50 % et 83 % pour le VIH", indiquent les résultats présentés par Guillaume Mabileau.

Ces interventions seraient coût-efficace dans la majorité des pays.

Ces résultats sont "des indicateurs forts en faveur d’une amélioration de la prévention et de la prise en charge des usagers de drogues en Europe de l’Est et en Asie Centrale. Pour des coûts relativement peu élevés, des programmes d’intervention ciblés auraient un impact important sur la prévalence du VHC et du VIH non seulement parmi les usagers de drogues mais également à l’échelle de l’ensemble des populations. Le bénéfice de tels programmes serait donc global" a commenté le professeur Yazdan Yazdanpanah (communiqué ANRS). Cette étude de modélisation, première du genre réalisée pour l’Europe de l’Est et l’Asie Centrale, plaide donc en faveur "d’une profonde révision des politiques de santé publique des pays de cette région vis-à-vis d’une population très vulnérable à l’infection par le VIH et le VHC". Reste à savoir ce que les autorités sanitaires des pays de cette zone feront de cette nouvelle confirmation scientifique que le "test and treat" est efficace pour les populations plus exposées au risque d’infection et pour les populations dans leur ensemble.

(1) Iame, Unité mixte de recherche U1137 Inserm/Université Paris-Diderot/Université Paris Nord, Paris, France.
(2) : Interventions against HCV & HIV infections among people who inject drugs (PWID) in eastern Europe & central Asia : a modeling and cost - effectiveness study. Guillaume Mabileau, Ivan Konorazov, Maia Tsereteli, Alla Yelizaryeva, Svetlana Popovici, Karimov Saifuddin, Elena Losina, Manoela Manova, Vinay Saldanha, Jean-Elie Malkin, Yazdan Yazdanpanah.