Vivre sa vie positivement, une campagne controversée

Publié par Rédacteur-seronet le 02.12.2018
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Initiativemaladie opportuniste

L’Onusida a lancé (22 novembre) à Abidjan sa campagne mondiale « Vivre sa vie positivement ». Cette campagne est appuyée par un nouveau rapport « Savoir, c’est pouvoir ». Dans un communiqué, des militants-es de Coalition PLUS et de AIDES, alertent sur « l’échec patent de la communauté internationale à faire baisser la mortalité du sida ». Ils rappellent « que vivre avec le VIH amène encore trop souvent à la mort et qu’il est inacceptable de délaisser les personnes atteintes de maladies opportunistes liées au sida ».

Dans le monde, les décès liés au VIH n’ont baissé que de 60 000 de 2016 à 2017, alors qu’il faudrait les réduire de 150 000 chaque année pour respecter les objectifs de l’Onu en matière de réduction de la mortalité de l’épidémie, rappelle un communiqué commun (AIDES et Coalition PLUS). « A ce rythme d’escargot, en 2020, la mortalité n’aura baissé que de 25 %, bien loin de la baisse drastique de 50 % promise par les États membres de l’Onu en 2016 », dénoncent les deux ONG. « C’est un signal alarmant d’une riposte mondiale en échec médical » qui est donc dénoncé à quelques jours du 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida.

Traitons les maladies opportunistes

« En cause ? La mauvaise prise en charge des maladies opportunistes que subissent les malades du sida au système immunitaire affaibli. À titre d’exemple, la méningite cryptococcique tue, chaque année, 181 000 personnes atteintes du sida, alors même que des traitements efficaces existent pour soigner ce champignon qui ronge le cerveau des personnes immuno-déprimées. Mais les tests diagnostics et les traitements les plus élémentaires ne sont pas disponibles dans les zones du monde où cette maladie est la plus présente », indique le communiqué.

La tuberculose continue aussi à faire des ravages. Elle reste la cause de moralité la plus fréquente chez les personnes vivant avec le VIH. Bien que des médicaments efficaces existent, ce sont encore 400 000 personnes vivant avec le VIH qui sont décédées de la tuberculose en 2016. « Il est indispensable de fournir un diagnostic et un traitement précoces de cette maladie aux personnes vivant avec le VIH. Plus généralement, les hôpitaux doivent mettre en place l’ensemble du paquet de soins liés aux maladies opportunistes que recommande l’Organisation mondiale de la Santé » (6).

Refusons le choix de Sophie

En raison de la raréfaction des ressources financières, les stratégies mises en œuvre dans les pays en développement tendent à réduire la prise en charge des maladies opportunistes chez les personnes avancées dans l’infection à VIH, afin de concentrer les moyens sur la mise sous traitement antirétroviral des personnes récemment infectées, notent les deux ONG. Or, dans ces pays, « plus de 30 % des personnes infectées au VIH arrivant dans les centres de santé sont déjà à un stade avancé et présentent alors un risque élevé d’infections opportunistes et de décès » « Il n’y a pas à choisir entre traiter le VIH des patients-es [à un stade précoce] et traiter les maladies opportunistes des patients-es [à un stade avancé de la maladie]. C’est un « choix de Sophie » (1) que nous refusons catégoriquement. Quelque soit l’avancée du VIH, toute personne infectée doit être soignée avec dignité en ayant accès aux traitements nécessaires. Ce n’est qu’en reprenant les soins des maladies opportunistes qu’on réussira à réduire de moitié le nombre de décès liés au VIH d’ici à 2020 », explique la professeure Hakima Himmich, présidente de Coalition PLUS. « Pour faire chuter la mortalité du sida, il n’y a pas de mystère : il faut davantage de financements. Nous appelons le Président Emmanuel Macron — qui, en 2019, présidera le G7 et aura la charge de la conférence de reconstitution du Fonds mondial contre les grandes pandémies —, à mobiliser dès maintenant ses homologues du G7 afin qu’ils augmentent leur contribution financière au Fonds mondial », explique Aurélien Beaucamp, président de AIDES et administrateur de Coalition PLUS, dans le communiqué.

(1) : L’expression est le titre d’un roman de William Styron (Le choix de Sophie) et symbolise un dilemme cruel auquel une personne peut être exposée. En l’occurrence dans ce roman, l’héroïne, Sophie, est contrainte par les nazis de choisir entre ses deux enfants lequel des deux elle pourra sauver de la chambre à gaz.

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
Le Fonds mondial est un partenariat entre les autorités publiques, la société civile, le secteur privé et les personnes touchées par les maladies, créé en 2002 pour accélérer la fin des épidémies de VIH/sida, de tuberculose et de paludisme. Il mutualise les contributions financières des États et permet d’assurer une lutte efficace contre les trois grandes pandémies en co-finançant l’accès aux soins, les outils de prévention et les actions de la société civile. La France est le 2e contributeur historique du Fonds mondial. La France accueillera pour la première fois la conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial le 10 octobre 2019 à Lyon : les donateurs annonceront la contribution qu’ils apporteront au Fonds pour la période 2020-2022. En 2015, les États membres des Nations Unies se sont engagés à mettre fin aux trois pandémies d’ici 2030 (objectif de développement durable n°3).