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Mystérieuse, stylisée et exigeante, certes... «Jonas», la fiction multiprimée d’Arte, mérite toute votre attention

TELEFILM Arte diffuse ce vendredi à 20h55 « Jonas », une première œuvre subtile et stylisée, multiprimée au Festival de la Fiction de La Rochelle…

Anne Demoulin - Publié le 23/11/18 à 12h17 — Mis à jour le 23/11/18 à 12h17

Felix Maritaud incarne «Jonas» sur Arte.  Felix Maritaud incarne «Jonas» sur Arte. — ecdl

  • Le téléfilm Jonas, diffusé par Arte vendredi, a reçu de nombreux prix au festival de La Rochelle.
  • La première œuvre de Christophe Charrier suit le parcours mystérieux d’un personnage de son adolescence à l’âge adulte.
  • Avec un style très original et un propos exigeant, Jonas pourrait perdre les téléspectateurs mais mérite qu’on s’accroche.

Meilleur téléfilm, Meilleure réalisation, Meilleure musique… Arte diffuse ce vendredi à 20h55 le téléfilm  Jonas,​qui a presque tout raflé au dernier  Festival de la fiction TV de La Rochelle. Chronique nimbée de mystère sur le passage à l’âge adulte, emmenée par le magnétique  Félix Maritaud, le téléfilm d’Arte est plutôt exigeant. Pour convaincre les téléspectateurs hésitants, on pourrait vanter la musique d’ Alex Beaupain ou l’interprétation d’ Aure Atika. Mais la première et sensible œuvre écrite et réalisée par Christophe Charrier, a d’autres arguments à faire valoir.

Jonas mélange les genres

Christophe Charrier ose le mélange des genres et joue habilement avec les codes du thriller, du teen movie et même du fantastique. « J’aime l’idée de mélanger les genres, la première scène, c’est presque du film de genre », souligne le réalisateur, que 20 Minutes a rencontré lors d’une table ronde au Festival de la fiction TV de la Rochelle. Tout commence en 1997. Le père de Jonas fait le plein pendant que son fils (Nicolas Bauwens, qui campe Jonas adolescent), 15 ans, joue à la Game Boy à l’intérieur du véhicule. A son retour, il le découvre enfermé à double tour, terrorisé. Que s’est-il passé ? « Jonas, dans la Bible, c’est un personnage qui n’échappe pas à son destin », rappelle Christophe Charrier.

Jonas alterne les époques

« C’est un mélange de trucs perso, de choses de mon adolescence, je suis né et j’ai grandi à Toulon, et à la fois, de mes goûts cinématographiques, de choses romanesques », confie Christophe Charrier. A 30 ans, Jonas (campé par le magnétique Félix Maritaud, vu notamment dans Sauvage et 120 Battements par minute) est devenu un homme instable, paumé, solitaire et autodestructeur, qui écume les boîtes gays toulonnaises et enchaîne les amants. Quelle blessure ronge Jonas ? Que s’est-il passé en 1997 avec Nathan (Tommy-Lee Baïk), son premier amour ? « C’est un téléfilm sur la culpabilité, peut-être même la lâcheté », résume Christophe Charrier. Le réalisateur alterne subtilement flash-back et retours au présent et remonte le cours de vie de Jonas pour dévoiler le traumatisme initial.

Jonas vire à l’orange

La mise en scène stylisée de Christophe Charrier n’en fait jamais trop et se caractérise par des partis pris esthétiques forts. « J’ai dit au chef-opérateur, Pierre Baboin, qu’on allait filmer Toulon comme Los Angeles ! Je me suis inspiré de Nowhere de Gregg Araki pour cette chroma orangée. Je ne voulais pas changer de chroma entre le passé et le présent, je voulais que le film ait une unité totale et qu’on passe d’une époque à l’autre hyper simplement », explique le metteur en scène.

Jonas brouille les pistes

« Les choses se dévoilent au fur et à mesure. La série télé a changé la manière dont les gens perçoivent une fiction. Les téléspectateurs captent les ellipses, des choses sous jacentes dans les images et je voulais vraiment jouer avec ça et donner plein de fausses pistes dans le téléfilm. Je voulais que le spectateur soit en tension totale », raconte-t-il encore. L’une d’elle est l’homophobie. « Je ne voulais pas que l’homosexualité soit un enjeu. Je voulais faire quelque chose de décomplexé. Je ne voulais pas de souffrance par rapport à ça, la souffrance est ailleurs », conclut-il. Une quête de rédemption où l’on vibre avec Jonas.