Cannabis : surenchère dans la pénalisation

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Les débats sur la contraventionnalisation de l’usage de cannabis créent certaines surprises. Il en va ainsi d’un entretien du professeur Jean Costentin, professeur de pharmacologie et président du CNPERT (Centre national de prévention d'études et de recherches sur les toxicomanies), accordé au site "FigaroVox" (30 janvier 2018) qui réagit à l’annonce d’une systématisation des amendes à l’encontre des personnes consommatrices de cannabis. Le journaliste du site lui demande ainsi : "Quelles mesures proposeriez-vous pour dissuader les consommateurs réguliers de faire à nouveau usage de cannabis ?" Ni une, ni deux, le patron du CNPERT embraie : "Nous proposons qu'il y ait une vraie volonté politique dans les sanctions et l'accompagnement des toxicomanes réguliers (…) Dans un premier temps, nous disons oui à une contravention, à condition qu'elle soit au moins de quatrième classe, c'est-à-dire de 135 euros. Un fichier des contrevenants devrait être créé pour permettre à l'officier de police judiciaire qui interpelle un délinquant de savoir immédiatement combien de fois il a été contrôlé, et de multiplier le montant de l'amende d'autant". Un fichier donc, mais ce n’est pas tout. "Au bout du troisième contrôle, comme manifestement l'intéressé est incapable de sortir de l'addiction, il se verrait soumis à l'obligation de participer à un stage de 14 heures (sur deux jours), à ses frais, dont l'objet serait de faire de la prévention et de sensibiliser aux effets des drogues (…) A l'issue de ce stage, un contrôle de connaissances aurait lieu : le redoublement du stage serait obligatoire en cas d'échec". On arrête là… Non, Jean Costentin reste sur sa lancée. "En cas de nouvelle récidive après ce stage d'information, les personnes passeraient en correctionnelle, et pourraient faire l'objet d'une injonction de soins pour essayer un sevrage. Elles seraient également soumises à un contrôle régulier d'urine pour s'assurer que le comportement addictif disparaît réellement [rappelons que c’est toujours du cannabis dont on parle…, ndlr]. On se dit qu’on a fait le tour côté répression… Eh bien non ! L’auteur de "Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l’usage du cannabis" en ajoute encore : "Cela permettrait de constituer une liste nationale dont l'objet est de protéger la population. S'agissant des personnes qui sont incapables de s'empêcher de se droguer, il est nécessaire de leur retirer le permis de conduire ou de leur interdire l'accès à plusieurs métiers comme conducteur de car ou d'avion, gardien d'une centrale nucléaire, membre du personnel hospitalier... Notre sécurité est à ce prix-là". Cette interview existe vraiment… ce n’est pas une fake news. Sinon, Jean Costentin va publier en 2018 un nouvel ouvrage chez son éditeur habituel, Odile Jacob. Il a pour titre : "le désastre des toxicomanies en France"... ça donne le ton.

 

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