Fonds mondial : l’Onusida demande plus

7 Février 2019
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Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme lance cette année sa sixième reconstitution des ressources pour son prochain cycle triennal de financement. A cette occasion, l’Onusida appelle les pays donateurs à assurer le financement intégral du Fonds mondial. Le Fonds mondial s’est fixé un objectif de collecte de 14 milliards de dollars pour contribuer à sauver 16 millions de vies grâce aux programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Le Fonds mondial estime que ces actions diviseront par deux le taux de mortalité pour ces trois maladies. En juillet dernier, l’Onusida a tiré la sonnette d’alarme, expliquant que les « ressources disponibles pour le sida ne sont pas à la hauteur des engagements politiques convenus ». « On observe un déficit annuel de cinq milliards de dollars », a d’ailleurs souvent rappelé Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida. « Je salue l’appel du Fonds mondial visant à recueillir au moins 14 milliards de dollars pour le sida, la tuberculose et le paludisme pour les trois prochaines années et j’appelle les donateurs et les partenaires nationaux à creuser encore plus profondément pour faire en sorte que la cible d’investissement mondial de 26,2 milliards de dollars pour la riposte au sida soit atteinte d’ici à 2020, car il s’agit d’un impératif de santé publique. Je suis certain que le Président français, Emmanuel Macron, et les différents partenaires veilleront à ce que le Fonds mondial soit intégralement financé et maintiendront la barre assez haut pour permettre la collecte de fonds supplémentaires », a-t-il expliqué. Dans un communiqué (14 janvier), l’Onusida explique qu’il entend « continuer [à] renforcer son partenariat de longue date avec le Fonds mondial pour maximiser l’impact des investissements, accélérer les ripostes inclusives centrées sur les individus et en finir avec le sida comme menace de santé publique ». En attendant la conférence de reconstitution proprement dite qui se tiendra en octobre 2019 en France à Lyon, l’argumentaire d’investissement de la sixième reconstitution des ressources du Fonds mondial sera présenté dans son intégralité et débattu par les responsables de la santé mondiale lors de la réunion préparatoire de la sixième reconstitution, organisée par le gouvernement indien à New Delhi le 8 février 2019. L’Onusida estime qu’il faudra 26,2 milliards de dollars pour financer la riposte au sida en 2020. En 2017, 21,3 milliards de dollars ont été mis à disposition pour la riposte au sida dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

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En Afrique, la corruption sape les bases de la démocratie

Selon le rapport 2018 de Transparency International, le continent est la région du monde où la corruption est la plus forte, notamment dans les régimes autoritaires.

Par Fabien Mollon Publié hier à 10h26, mis à jour hier à 10h26

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Rouge, désespérément rouge. Année après année, lorsqu’on regarde la carte établie par Transparency International selon l’indice de perception de la corruption, l’Afrique s’affiche en écarlate, signe que la situation y demeure très critique. Le rapport 2018, publié mardi 29 janvier, confirme ce constat, puisque le continent est la région du monde enregistrant les plus mauvais scores. L’ONG classe chaque pays selon une note allant de 0 (fortement corrompu) à 100 (très peu corrompu) et la moyenne africaine se situe à 32, contre 43 au niveau mondial. L’Union africaine avait désigné 2018 comme l’année pour « gagner la lutte contre la corruption » : visiblement, c’est raté.

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Et c’est d’autant plus inquiétant que, comme le souligne Transparency International, « la corruption est un facteur qui contribue à la crise de la démocratie », produisant « un cercle vicieux en sapant les institutions démocratiques » ; lesquelles, à leur tour, ne sont plus « en mesure de contrôler la corruption ». Ainsi, on ne s’étonnera pas de trouver, dans les profondeurs du classement, la Somalie (180e sur 180 pays, avec un score de 10 sur 100), où plusieurs régions ont cessé de coopérer avec le pouvoir central de Mogadiscio, le Soudan du Sud (178e), ravagé par cinq ans de guerre civile, et le Soudan (172e), où le régime autoritaire d’Omar Al-Bachir est de plus en plus contesté, avec des manifestations récurrentes depuis décembre.

L’exception rwandaise

En Afrique, « les régimes autocratiques, les troubles civils, des institutions faibles et des systèmes politiques insensibles continuent de miner les efforts de lutte contre la corruption », pointe Transparency, citant les points communs aux pays les moins bien notés : « un exercice limité des droits politiques », « une liberté de la presse peu garantie » et « un Etat de droit faiblement développé ».« Dans ces pays, les lois sont souvent inappliquées et les institutions ne disposent que de peu de ressources, n’étant pas préparées pour traiter les plaintes pour corruption, poursuit le rapport. Les conflits internes et l’instabilité des structures de gouvernance contribuent en outre à des taux élevés de corruption. »

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A l’inverse, les pays africains les moins corrompus sont, sans surprise, les Seychelles (28e, avec un score de 66 sur 100), qui ont connu une transition démocratique exemplaire en 2016, le Botswana (34e), souvent cité comme un modèle de bonne gouvernance, et le Cap-Vert (45e), où l’Etat de droit est également bien ancré. Le Rwanda, où le président Paul Kagame a été réélu avec 98,7 % des voix en 2017 et où des ONG tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur la question des droits humains, est lui aussi bien placé (48e) et fait donc figure d’exception à la règle liant transparence et vitalité démocratique.

Indice de perception de la corruption en Afrique subsaharienne en 2018.Indice de perception de la corruption en Afrique subsaharienne en 2018. Transparency International

Transparency salue également les efforts fournis par le Sénégal (67e) et la Côte d’Ivoire (105e), où « des réformes institutionnelles, politiques et juridiques » ont été engagées et où les dirigeants ont fait preuve de « volonté politique » dans la lutte contre la corruption. L’ONG fondée en 1993 par l’Allemand Peter Eigen, un ancien cadre de la Banque mondiale, souligne enfin les progrès enregistrés par la Gambie (93e) et l’Erythrée (157e), où « l’engagement politique, appuyé par des lois, des institutions et la mise en œuvre de mesures, contribue à un meilleur contrôle de la corruption ».

Scandales en Afrique australe

En revanche, la situation s’est particulièrement dégradée au Mozambique (158e), où le scandale dit des « dettes cachées » implique plusieurs anciens responsables gouvernementaux accusés d’avoir dissimulé plus de 2 milliards de dollars (plus de 1,75 milliard d’euros) d’endettement. Le 29 décembre, l’ancien ministre des finances Manuel Chang, visé par un mandat d’arrêt américain pour fraude et blanchiment d’argent, a été arrêté en Afrique du Sud. Au Mozambique, relève Transparency, « la multiplication des enlèvements et des agressions contre les analystes politiques et les journalistes d’investigation crée une culture de la peur qui nuit à la lutte contre la corruption ».

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Autre pays touché par un vaste scandale de corruption : l’Afrique du Sud (73e), où la « captation de l’Etat » par les frères Gupta, des hommes d’affaires proches de l’ancien président Jacob Zuma, a défrayé la chronique ces dernières années. Depuis l’élection de Cyril Ramaphosa à la tête du pays il y a un an, « l’administration a pris des mesures supplémentaires pour enrayer la corruption au niveau national », indique Transparency, qui se félicite de « la mise en place de plusieurs commissions d’enquête », notamment sur « l’administration fiscale et la gouvernance du service sud-africain des impôts ».

Indice de perception de la corruption en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en 2018.Indice de perception de la corruption en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en 2018. Transparency International

De même, le nouveau président angolais, Joao Lourenço, arrivé au pouvoir en septembre 2017, affiche sa volonté de rompre avec les pratiques népotiques de son prédécesseur, José Eduardo dos Santos. Il a notamment écarté sa fille, Isabel dos Santos, de la présidence de la compagnie pétrolière nationale, la Sonangol, tandis que le fils de l’ancien chef de l’Etat, José Filomeno dos Santos, a été accusé d’avoir conclu une opération frauduleuse d’un montant de 500 millions de dollars provenant du fonds souverain angolais. Le pays pointe à la 165e place du classement de Transparency, preuve que le problème de la corruption ne s’y limite pas à la famille dos Santos.

Déclarations de bonnes intentions

Enfin, l’ONG basée à Berlin se penche sur le cas du Nigeria (144e), où « le gouvernement du président Buhari a pris un certain nombre de mesures positives, parmi lesquelles la création d’un comité consultatif contre la corruption placé auprès du président, l’élaboration d’une stratégie nationale anticorruption et l’amélioration du cadre juridique et politique de lutte contre la corruption dans des domaines comme les marchés publics et la déclaration patrimoniale »… sans que ces efforts n’aient pour l’instant produit « les résultats escomptés ».

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Même volonté affichée au Maroc (73e), où l’adoption d’une loi sur l’accès à l’information a permis au pays de rejoindre, en avril 2018, le Partenariat pour un gouvernement ouvert, un réseau multilatéral de gouvernements et d’organisations de la société civile engagés dans la lutte contre la corruption. Néanmoins, cette loi est « vivement critiquée », affirme Transparency, car elle contient « une série d’exemptions relatives à la défense nationale, à la sécurité intérieure et extérieure et aux informations privées qui affaiblissent son pouvoir général », si bien que la hausse du score du Maroc offrira « peu de réconfort à ses citoyens ».

 

Des déclarations de bonnes intentions aux mesures ayant un réel impact sur les populations, lassées des bakchichs quotidiens comme des pots-de-vin et détournements de fonds au plus haut niveau, il y a un fossé dont l’UA et ses pays membres doivent prendre toute la mesure pour que le continent ne demeure pas, indéfiniment, dans la zone rouge.

Fabien Mollon