Les conservateurs manipulent le Gilets jaunes

9 Janvier 2019
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Le 15 décembre dernier, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) avait lancé une consultation citoyenne en ligne qui devait donner le pouls du grand débat national à venir suite au mouvement des Gilets jaunes. Ce grand débat national est un engagement présidentiel et pourrait constituer la première étape vers le RIC (référendum d’initiative citoyenne) demandé par une grande partie des manifestants-es. Comme l’explique l’AFP, quelque 9 000 contributions avaient été déposées le 4 janvier 2019 sur cette plateforme, sorte de cahier virtuel de doléances et de propositions. Chacun-e a pu « donner son avis » sur six sujets : inégalités sociales, justice fiscale, inégalités territoriales, pouvoir d'achat, participation des citoyens-nes et transition écologique. Chaque « contribution » est une proposition faite sur l'un de ces sujets et pouvant être « votée » par chacun-e pour être soutenue. À la clôture de la consultation, les contributions les plus votées étaient souvent celles issues de réseaux militants très marqués à droite comme celles de l'Institut pour la justice ou de collectifs opposés au mariage pour tous ou à la PMA, indique l’AFP. C'est d'ailleurs une contribution pour l’abrogation de la loi Taubira (ouvrant le mariage aux couples de même sexe) qui a recueilli le plus de voix, avec près de 5 900 votes sur un total de 260 879 votes exprimés, tous sujets confondus, note l’agence de presse. Cette contribution a été formulée par le collectif « On ne lâche rien », opposé à la loi pour le mariage pour tous votée en 2013. Sur son site internet, le groupe appelait d'ailleurs à voter sur le site du Cese pour peser dans un éventuel débat sur le mariage gay… Plusieurs observateurs, dont le journaliste de Libération Vincent Glad, ont noté que cette « revendication » ne faisait pas partie des revendications affichées par les Gilets jaunes. Et qu’il s’agissait bien d’un cheval de Troyes… d’autant qu’au total ce sont pas moins d’une « quinzaine d'autres propositions visant à abroger la loi Taubira » qui ont été déposées sur la plateforme du Cese. Comme l’indique le Huffington Post, une proposition « pour un RIC sur le projet de loi de bioéthique », dans lequel figure l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, a recueilli plus de 3 000 votes. « Sur la base des résultats de cette consultation, mais aussi d'auditions et de la consultation de citoyens-nes tirés-es au sort, un avis sera élaboré et présenté au vote en mars 2019, afin d'apporter une réponse globale aux enjeux révélés par le mouvement des Gilets jaunes et s'inscrire dans le débat national", avait précisé le Cese, qui n’a manifestement pas anticipé cette manipulation. Dans un message sur Twitter, la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a expliqué que le mariage pour tous ne sera pas abrogé comme une demande le fait sur le site du Cese. « Not on my watch » (« Pas tant que je serai là »), a écrit samedi 5 janvier sur Twitter la Secrétaire d'État. Comme le souligne Vincent Glad sur Twitter, ces lobbies conservateurs ont utilisé la plateforme du Cese pour promouvoir leurs idées. Pour lui, cette récupération est « le préambule de ce qu'on va vivre ces prochains mois », indique-t-il. « Beaucoup de Gilets jaunes vont bouder la grande consultation à laquelle ils ne croient pas. Et ce sera récupéré par des groupes d'intérêts bien mieux organisés qui pousseront leurs propositions ». Du côté du Cese, on est bien conscient des limites de cette consultation. « Nous en tiendrons compte », a-t-il promis dans un tweet. Parallèlement, Chantal Jouanno, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), a été chargée par le président Emmanuel Macron d'organiser « le grand débat national » aux contours toujours flous, et dont les résultats doivent faire émerger une solution durable à la crise des Gilets jaunes. Comme on le voit… ce sera compliqué et risqué, notamment vis-à-vis du projet de loi sur la bioéthique.