Les Français-ses et les soins dentaires

6 Décembre 2018
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À l'occasion du congrès de l'Association dentaire française (ADF), fin novembre, le site d'information de santé bucco-dentaire dentaly.org a publié une enquête, réalisée par l’Ifop, faisant un état des lieux des difficultés d'accès des Français-es aux soins dentaires et notamment de ce qui en constitue le principal frein : l'achat et la mise en place des prothèses. Réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 1 003 Français-es, cette étude met en lumière une « nette dégradation de l'accès aux soins dentaires, principalement à cause du coût de prothèses dentaires dont la prise en charge à 100 % annoncée récemment par le gouvernement rend pour le moins circonspects les Français ». Premier enseignement : de moins en moins de personnes suivent les recommandations de l'Union française de la santé bucco-dentaire en matière de fréquence de soins bucco-dentaires : à peine plus d'un-e Français-e sur deux (55 %) se rend au moins une fois par an chez un dentiste, soit une proportion en baisse significative : - quatre points en cinq ans. À l'inverse, une proportion croissante de Français (+10 points) admet ne pas y être allée depuis au moins deux ans (25 %, contre 15 % en 2013). Cette moindre fréquentation des cabinets dentaires va de pair avec un mécontentement croissant à l'égard des conditions d'accès aux soins bucco-dentaires en France : un-e Français-e sur deux (50 %) jugeant aujourd'hui « difficile » l'accès aux soins dentaires, soit une proportion en hausse continue si on compare ce taux au niveau que l'Ifop pouvait mesurer sur le sujet il y a six ans (34 % en octobre 2012), indique l’enquête de l’Ifop. Deuxième enseignement : le principal motif de cette dégradation de l'accès aux soins bucco-dentaires est leur coût si l'on en juge par la proportion record de patients-es ayant déjà dû y renoncer au moins une fois pour des questions de budget : 45 % d'entre eux expliquent qu'ils ont déjà du renoncé à des soins dentaires à cause de leur coût, soit une proportion en forte hausse en cinq ans (+10 points entre octobre 2013 et novembre 2018). Et parmi les facteurs financiers ayant déjà amené les Français-es à renoncer à des soins dentaires dans leur vie, le coût des prothèses dentaires arrivent largement en tête : plus d'un-e Français-e sur trois (35 %) a déjà renoncé à se faire soigner les dents en raison du coût d'achat et de mise en place des prothèses, contre un sur cinq à cause du montant d'une consultation de base (22 %)  ou des soins dentaires « conservateurs » (23 %). Il faut dire que si une large majorité de Français-es se dit bien remboursée pour des prestations basiques comme les consultations de base (76%) ou des soins dentaires simples comme le détartrage ou le traitement de carie (69 %), ce n'est pas le cas pour ce qui est de l'achat et de la mise en place de prothèses qui restent « mal remboursés » pour les trois quarts des Français (73 %). Reste que d’autres facteurs jouent aussi. Mais d'autres facteurs peuvent aussi jouer dans la renonciation aux soins. Certains sont d'ordre psychologique comme la peur de la douleur, qui a déjà amené un-e Français-e sur trois (33 %) à ne pas se faire soigner. D'autres sont plus directement liés aux conditions d'accès aux professionnels-les de santé comme la difficulté d'obtenir un rendez-vous dans un délai rapide qui a déjà poussé un-e Français-e sur trois (31%) à renoncer à des soins dentaires. L'enquête met également en lumière un allongement conséquent des délais d'attente chez les dentistes. En effet, en à peine quatre ans, les délais d'obtention d'un rendez-vous ont littéralement explosé, passant d'une moyenne de 27 jours en 2014 à 40 jours en 2018. En cela, les dentistes n'échappent à la dégradation générale du temps d'attente observé pour tous les spécialistes depuis quelques années. Face à cette situation, la prise en charge intégrale du coût des couronnes et prothèses dentaires par la sécurité sociale et les mutuelles promise par Emmanuel Macron durant la campagne électorale rend les Français-es  pour le moins circonspects : seuls 9 % d'entre eux pensent que cet engagement sera « totalement » respecté et 42% « seulement partiellement », explique l’IFOP. Et si les deux tiers des Français-es (65 %) trouvent « satisfaisant » l'accord signé récemment entre les partenaires sociaux sur le sujet, ils n'en sont pas moins une majorité (53 %) à craindre qu'un tel accord — qui prévoit un plafonnement des honoraires des dentistes pour la pose de couronnes et de prothèses dentaires — engendre « une baisse de la qualité des soins et des prothèses » assurés par les professionnels de santé. Directeur du Pôle politique/actualités de l’IFOP, François Kraus revient sur les résultats de cette étude. Le site Dentaly.org lui a ainsi demandé ce que les résultats indiquaient de la situation sociale française et notamment d’une éventuelle fracture sociale. « D'une certaine manière, et cette facture apparaît tout particulièrement dans le profil de Français-es ayant déjà renoncé à un soin dentaire en raison du coût du traitement qui concerne désormais près d'un-e patient-e sur deux (46 %). Les personnes les plus pauvres, c'est-à-dire vivant avec moins de 900€ par mois sont deux fois plus nombreuses (62 %) à avoir déjà dû renoncer à un soin pour des questions de coût que celles vivant avec plus de 2 500€ nets/ mois (29 %). De même, l'exclusion du système de soins dentaires pour des questions budgétaires affecte beaucoup plus les ouvriers-ières (54 %) que les cadres (35 %) et davantage les personnes ayant la CMU (55 %) que celles ayant une couverture complémentaire individuels (44 %). Contrairement aux idées reçues, le système de santé français est donc loin d'offrir une réelle égalité d'accès aux soins ».