S’abstenir sexuellement pour arrêter l’épidémie !

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Des associations de lutte contre le sida cherchent à abaisser le nombre de nouvelles infections par le VIH en invitant des gays ou des hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes à ne prendre aucun risque, autrement dit à pratiquer le sexe à moindre risque et à aller faire le test de dépistage avec leurs partenaires sexuels. Ces opérations annuelles visent à mobiliser les populations cibles, pendant la primo-infection, la phase où le VIH est le plus facilement transmissible. Il s’agit ainsi de briser les chaînes de l’infection. Avez-vous entendu parler de cette initiative qui a déjà été testée dans plusieurs pays ? Pensez-vous que ce soit utile ? Est-ce que, plus radical, une trêve sexuelle collective sur un temps donné vous semblerait pertinente ? Quelles sont vos solutions pour mettre fin à la "chaine des infections" ? C’est autour de ces questions que l’on vous propose d’échanger mardi 10 octobre, pendant le chat thématique à partir de 21 heures, en compagnie de Diane-Seronet.

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Commentaires

Portrait de ballif

en 1990 la Suède mettait en prison ceux qui étaient porteur du Sida pour éviter la probagation  aujourd'hui ce n'est plus les homoxuels  mais les hétéro de plus de 55 ans qui viennent en consultation  j'ai été surpris de voir des personnes âgées dans la salle d'attente

il faudrait mieux éxpliquer dès la crèche la sexualité  et arrêter d'être hipocrite

 j'en ai fait les fraits

Portrait de Diane-seronet

Mardi 10 octobre, une petite dizaine de séronaute a échangé autour de la question de l’abstinence comme (un des) moyen-s de réduction des risques. Dans le monde, plusieurs associations ont ainsi porté des programmes de prévention invitant à casser la chaîne des contaminations en s’abstenant de toute prise de risque pendant un mois. L’idée : endiguer les transmissions très nombreuses pendant la phase de primo-infection où la charge virale est très élevée mais où l’on ne peut pas encore détecter les anticorps ou antigènes.

 

Contre l’abstinence

 Dans un premier temps, il a fallu revenir sur le message de clarification posté par une association de lutte contre le sida hors de France, et qui soulignait qu’il n’était pas question de réduire les différentes stratégies de réduction des risques à la seule abstinence. Puis les participant-e-s ont commencé à donner leurs avis sur cette idée de « s’abstenir pour endiguer l’épidémie ». Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles sont plutôt négatives. À chaud, un premier commente « c’est pas l’abstinence qui va réduire les risques […] parce que l’abstinence qu’elle soit voulue, acceptée, subie ou forcée est toujours quelque chose qui n’est pas épanouissant, frustrant au final. […] on est faits pour avoir une sexualité». Il est bientôt rejoint par un autre qui estime que « ce n’est pas l’abstinence la solution… c’est la protection », et un troisième «  des moyens pour se protéger existent… autant faire l’information et la prévention dessus » puis une quatrième ajoute « c’est un moyen un peu trop radical ».

Pour autant, un des participant avance la possibilité d’une abstinence sélective si l’on veut : « l’abstinence totale est radicale, mais il peut y avoir l’abstinence des pratiques les plus à risque, comme la sodomie sans préservatif, d’ailleurs, je ne sais pas pour les filles, mais tous les gars ne pratiquent pas la sodomie, des potes de branle peuvent faire une belle relation complice et profonde sans qu’il y ait de pratique à risque».

 

S’abstenir par peur de transmettre

Le même développe « je pense que c’est impossible de demander l’abstinence aux gens, dans le film 120 battements par minute […] un dit que, par peur, il s’est abstenu pendant plusieurs années. Mais dans ces années là, les gens mouraient en masse et tout le monde avait peur de mourir. Aujourd’hui, on n’en meurt presque plus du tout et les gens ont moins peur ». Moins peur, peut-être, il n’empêche qu’un autre séronaute soulève un point intéressant : « parfois (je parle pour moi) on pratique [l’abstinence] pour d’autres raisons », des raisons que l’on imagine assez proches de celles qui animent un autre participant qui déclare « moi je pratique l’abstinence depuis que j’ai découvert mon statut […] ça a un peu brisé tous mes rêves donc je suis un peu au-dessus du sexe et de tout… Aller draguer et dire à la personne que je suis malade me fatigue et ici les gens te voient d’un mauvais œil. Donc je préfère rester dans mon coin et regarder… Si un jour je rencontre une personne dans le même cas que moi ça me ferait plaisir».

Et en effet, il arrive souvent que des personnes qui découvrent leur séropositivité refusent tous types de rapports sexuels par peur de contaminer leur-s  partenaire-s. On sait pourtant aujourd’hui que le gros des transmissions se fait entre une personne qui ignore sa séropositivité et une personne séronégative, puisque l’immense majorité des personnes qui se savent séropositives en France sont en charge virale indétectable et ne transmettent donc pas le virus. Mais, comme le rappelle un séronaute, « c’est vrai que la sérophobie […] est bloquante pour les relations, je vois souvent des gars renseigner sur leur profil « je suis clean », ça m’énerve ».

 

Repenser la prévention

Parmi les premières réactions au sujet, la majorité étaient (parfois très) critiques à l’égard de la promotion de l’abstinence comme méthode de prévention. Par la suite, les séronautes ont exposé les méthodes  et messages qui leur sembleraient préférables. Ainsi, l’un d’entre eux pense qu’il faudrait « revoir peut-être aussi certains discours qui parlent du VIH : aujourd’hui on vit bien avec le VIH, avec une espérance de vie d’une personne séronégative, les traitements sont bien supportés et n’ont aucun (ou presque) effet secondaire ». Un autre lui répond « ça a un double effet… d’un côté ça dédramatise le VIH et donc fait baisser la protection, mais d’un autre point de vue ça continue à stigmatiser les séropos ». Et le premier de reprendre « des gens m’ont déjà dit (certes pas beaucoup) que ça ne les gêne pas de prendre des risques puisque des traitements très efficaces existent ».

Mais alors, comment faudrait-il faire de la prévention, avec quels messages, quelles techniques et auprès de quel-s public-s ? Pour l’un des participant-e-s, il faudrait aller « dans les écoles déjà, collège, lycée…Ça se fait mais à revoir et repenser… ». Un second séronaute suggère des« vaccinations hépatites B et A, dépistage VIH proposé de façon  bien plus courante », et un autre propose ce message : « même si de nos jours il y a des traitements efficaces contre el VIH, et qu’on vit presque comme des négatifs, n’oubliez pas que le traitement est quelque chose de lourd. Protégez-vous, c’est la meilleure arme contre le VIH. » « Et puis, beaucoup de jeunes sont scotchés sur leur téléphone à longueur de journée, donc ça pourrait être une voie pour les informer et les sensibiliser » imagine un séronaute, une idée pas si farfelue puisque de nombreuses associations ont déjà investit les applications de rencontre par exemple, pour y proposer entretiens, dépistage et matériel de réduction des risques.

Un participant se prend à rêver d’ « une pub [avec un slogan style « contre le VIH, il y a les traitements, bien sûr… mais avant tout, il y a le préservatif… c’est moins nocif pour votre organisme et tout aussi efficace », une pub] permanente à la TV, sur toutes les chaînes, toute l’année », peut-être nécessaire mais sans doute difficilement réalisable. Pourtant, « il n’y a pas de campagne de prévention d’envergure » selon un séronaute, tandis qu’un autre rappelle que «  c’est encore ce que dénonce Act-Up aujourd’hui […] pas de campagne, pas d’information claire, tout reste enfoui dans les non-dits et les tabous, la société hétérosexuelle se croit à l’abri alors qu’il n’en est rien, mais ça non plus ça n’est pas dit ». Le même poursuit « il faudrait demander à Act-Up si leurs actions « choc » à l’époque, comme on les voit dans le film, ont permis des avancées dans la communication sur la prévention, j’ai bien peur que pas vraiment, à l’époque ils ont fait bouger les choses comme presser l’arrivée de nouvelles anti-protéases, mais sur la prévention j’ai l’impression que ça n’a pas avancé tant que ça ».Un des participants s’étonne ensuite de ne pas voir d’affiches de sensibilisation sur le VIH dans les salles d’attente des généralistes « pour le monde qui y passe, ça ferait de l’info ». Puis, un autre séronaute soulève également les particularités de l’épidémie à prendre en compte : « je pense que ce n’est pas facile à communiquer car c’est lié à l’intime, et il y a plein de préjugés ancrés dans la tête des gens. Dans certaines cultures le VIH est une maladie sale ou même certains pensent « c’est bien fait pour toi » car c’est comme une malédiction ». Il est rejoint en ce sens par un autre participant « on ne peut briser les tabous que par de l’information, et encore de l’information… » tandis qu’une séronaute déplore « en province, très peu d’information, voire pas du tout ! ».