VIH : une réplication même sous traitement

26 Mars 2018
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Un VIH résistant serait-il capable de se multiplier dans les cellules sans passer par son cycle de réplication naturelle lorsque la personne est traitée ? Des recherches menées par une équipe française ont démontré qu’un virus ayant une mutation spécifique était capable de se répliquer sans intégrer son ADN dans les chromosomes de la cellule T4 qu’il a infectée. Ce phénomène permet au virus de contourner l’effet des traitements de la classe des inhibiteurs d’intégrase, donnés aux personnes vivant avec le VIH afin de contrôler l’infection. Ces résultats, issus de recherches financées par l’ANRS, ont été présentés à la CROI de Boston. Dans son communiqué, l’Agence de recherche française sur le sida et les hépatites virales explique avoir sélectionné dans des conditions particulières, in vitro, un virus résistant au dolutégravir (Tivicay). "Le dolutégravir est une molécule de la famille des inhibiteurs d’intégrase qui est utilisée dans les traitements antirétroviraux. Il empêche la réplication du virus en ciblant l’intégrase : enzyme permettant au virus d’intégrer son ADN dans celui de la cellule infectée", explique le communiqué de l’ANRS. Or ici, le virus utilisé ne présentait pas de mutation du gène codant l’intégrase, ce qui est le cas chez les virus résistants au dolutégravir, mais une série de mutations situées dans une autre extrémité de son ADN. Les chercheurs ont sélectionné dans des conditions particulières, in vitro, un virus résistant au dolutégravir. De là, les chercheurs ont observé que le virus présent savait se répliquer de façon significative, en présence ou non d’un inhibiteur d’intégrase. Mais lorsqu’il y avait un traitement présent, l’ADN du virus ne s’intégrait pas à celui de la cellule ciblée. "[Ils] ont également observé dans ce cas, la présence d’une forte accumulation d’ADN viral circulaire. C’est à partir de cet ADN viral circularisé que ce VIH muté peut se répliquer sans être obligé de passer par l’étape d’intégration", explique l’ANRS. Ce virus présentant une mutation à son extrémité (la 3’, ndlr), est capable de se répliquer sans intégrer son génome, afin d’échapper au dolutégravir. Il est également résistant au raltégravir et à l’elvitégravir, deux autres molécules de la même classe. C’est la première fois qu’un tel mécanisme de résistance aux inhibiteurs d’intégrase est observé.