En rose ou bleu !

Publié par jfl-seronet le 15.01.2019
522 lectures
Notez l'article : 
0
 

En ce début d’année, j’ai hésité à plonger au cœur des nouvelles. Je voulais me donner un peu de répit…

L’année 2018 m’avait laissé comme un goût amer avec son déluge (le mot n’est pas trop fort) de violences LGBTphobes tant physiques que verbales. À trop lire ces horribles infos… j’en avais eu mal au cœur. 2019 allait-elle s’annoncer sous les mêmes auspices ? Passant rapidement en revue des monceaux d’actus (dont les deux tiers sur les Gilets jaunes), je suis tombé sur une info qui m’a mis du baume au cœur… ou presque. Expulsé du stade de Brighton (GB) pour avoir crié des messages homophobes lors du match de première league entre les Seagulls et Chelsea, mi-décembre dernier, un « supporter » des Blues a été condamné à trois ans d'interdiction de stade.  L'homme, un jeune mec de 20 ans, a plaidé coupable et a aussi écopé d'une amende de 965 livres (1 221 euros). Cette info m’a rasséréné parce qu’elle montre bien qu’en matière d’homophobie l’impunité ne prévaut pas (plus ?) y compris dans un domaine comme le sport, a fortiori le foot. On peut miser sur l’effet prescripteur de cette condamnation pour le « supporter » concerné et tous les autres qui seraient tentés de suivre cette pente de haine. Du coup, on espère que cette sévérité sera aussi rapidement à l’œuvre contre tous les « supporters » qui poussent des cris de singe quand des joueurs noirs entrent sur le stade ou prennent possession du ballon. Ma joie de savoir que l’homophobie pouvait être sévèrement sanctionnée s’est, hélas, rapidement estompée en furetant dans les autres nouvelles du moment ; celles concernant le Brésil, tout spécialement. Un grand pays malade (économiquement et socialement parlant) où une majorité d’électeurs et d’électrices ont choisi, au terme d’élections régulières, comme président un politicien d’extrême-droite, nostalgique de la dictature, au goût prononcé pour les militaires en politique ; militaires dont il a lui-même fait partie. Lors de sa campagne, Jair Bolsonaro a fait trembler, marquant par sa brutalité, sa misogynie, son homophobie, sa transphobie...

On avait craint le pire, une fois l’homme aux manettes… on avait manifestement raison. Dès les premiers heures de son mandat, comme nous l’a rappelé l’AFP, le nouveau président brésilien a signé deux décisions suscitant deux polémiques, l'une visant les LGBT+ et l'autre les territoires autochtones. Le 2 janvier, une ordonnance publiée au journal officiel brésilien indique que le chef d'État a exclu des prérogatives de son nouveau ministère des droits de l'Homme les préoccupations liées aux personnes LGBT+. Elles ne sont pas au programme (de défense), mais nettement dans le viseur. Bon, il faut dire que lors de son discours d’arrivée au pouvoir Jair Bolsonaro, avait promis de se battre contre « l'idéologie de genre ». Vous savez cette prétendue théorie qui conduirait au déclin les sociétés…

Au ministère des droits de l’Homme (pas de tous, entendons-nous bien), de la femme et de la famille, Jair Bolsonaro a nommé une avocate et pasteure évangélique, Damares Alves, 54 ans. Elle est connue pour ses positions anti-IVG et son intégrisme religieux. C’est pile-poile le profil pour ce type de fonction. Elle a un atout dans sa manche. Elle a vu le Christ (pour de vrai… selon ses dires). En conférence de presse, elle a révélé qu’elle avait assisté à une apparition de Jésus, perché sur une branche de goyavier, nous apprend Le Monde (7 janvier). C’est bien lui qui était perché… même si on peut avoir le sentiment du contraire.

Durant cette allocution aux médias, elle s’en est prise aux « théologues du genre » qui, selon elle, prétendent qu’un enfant est « neutre » à la naissance et qu’il « choisit ensuite librement son sexe ». « Fichons la paix aux enfants », a conclu la ministre, nous indique Le Monde… ce qu’elle n’a pas l’intention de faire elle-même. Elle a, en effet, expliqué que dans la « nouvelle ère » Bolsonaro : les « garçons porteront du bleu et les filles du rose. Bien sûr, c’est une manière de marquer sa détestation de la dite « théorie du genre », comme le souligne le quotidien du soir… mais surtout cela réduit grandement la gamme chromatique des fringues pour gosses. On commence même à se faire du souci pour la schtroumpfette, pour les tenues de la reine des neiges qui s’obstine à porter du bleu tout comme Jasmine… ce que des internautes brésiliens ont longuement souligné avec humour. On comprend bien que la nouvelle équipe sera à l’image de toutes les formations d’extrême droite dans la décision symbolique et outrancière, dans le renforcement des stéréotypes, dans la perpétuation des discriminations… il faut voir le programme envisagé concernant les peuples autochtones dans le pays…  Jair Bolsonaro a confié le portefeuille de l'Agriculture à Tereza Cristina da Costa, leader du groupe parlementaire « ruraliste », qui défend les intérêts de l'agrobusiness, soutien important du président lors de sa campagne. Elle aura désormais la charge des questions concernant les territoires réservés aux peuples autochtones ; ce qui augure du pire.

La plupart des ministres ont confirmé le virage ultra-conservateur dès leur entrée en fonctions. « Après avoir précisé que les politiques de prévention du sida et autres maladies sexuellement transmissibles pouvaient « offenser les familles », le médecin Luiz Henrique Mandetta, ministre de la Santé, a supprimé un document visant à la santé de personnalités trans, « pour en revoir le contenu », nous indique Le Monde. J’ai comme l’impression que ce document ne verra jamais le jour.

« Attention, professeurs : vos élèves qui entameront la première année de lycée n’auront pas besoin de connaître le féminisme, d’autres langues que le portugais ou l’histoire vue par la gauche, car leur baccalauréat aura lieu en 2021, sous l’égide de Murilo Resende [nommé coordinateur des examens d’entrée à l’université, partageant les idées de Jair Bolsonaro] », a insisté sur Twitter Eduardo Bolsonaro, député et fils du chef de l’État nous explique le quotidien du soir. Bref, le pays se promet de beaux lendemains où, selon la nouvelle thèse officielle, les « idées » que Bolsonaro prétend être de gauche n’auront plus leur place. Pour le moment, ce sont les évangéliques radicaux qui ont largement soutenu sa campagne et contribué à sa victoire que Bolsonaro flatte dans ses propos et mesures… « Le gouvernement Bolsonaro a démontré sa volonté de démanteler trente ans de politiques publiques brésiliennes, attaquant les communautés LGBT, les indigènes, mais sans jamais proposer de solutions positives », souligne, dans Le Monde  le politologue Ruda Ricci. Il se dit « horrifié » par les premiers pas du président.

La séquence brésilienne s’étant avérée éprouvante… et manifestement cela va durer… j’ai regardé du côté de l’Italie… au hasard. Un hasard qui fait mal les choses puisque j’ai appris dans un article du Quotidien du Médecin (4 janvier) que le président de l'Institut supérieur de la santé du pays, démissionnaire, dénonçait les positions « antiscientifiques » du gouvernement actuel. Dans un entretien récent accordé au quotidien milanais Il Corriere della Sera, le Dr Walter Ricciardi, ancien président de l’Institut supérieur de la santé (ISS), l’équivalent de l’Inserm, a accusé les représentants du gouvernement d’avoir adopté des positions « non scientifiques, voire carrément antiscientifiques » ; positions qui inquiètent le milieu médical transalpin. En cause des propos anti-vaccins tenus par le vice-président du Conseil italien, Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême-droite). Autre crainte de Walter Ricciardi : la « probabilité d’un ultérieur affaiblissement du système de santé avec les nouvelles coupes introduites dans le budget 2 019 ». Il a aussi mentionnés les déclarations « à l’emporte-pièce » de personnalités officielles sur les migrants porteurs de maladie, des affirmations qui s’inscrivent dans la politique anti-migratoire du gouvernement, fondées sur l’exclusion des populations d’origine notamment africaines, pointe le quotidien médical. Désormais, les relations sont plus que houleuses entre le gouvernement et une grande partie des milieux médicaux et scientifiques. Cela n’augure rien de bon pour l’Italie… et plus largement sur le combat idéologique que conduisent certaines formations politiques contre la science.

Allez courage à toutes et tous et bonne année… J’ai l’impression que cela ne va pas être simple.

 

Commentaires

Portrait de jl06

Le gouvernement Bolsonaro veut durcir la répression face aux paysans "sans terres" reuters.com  |  14/01/2019, 20:29  |  Le gouvernement bolsonaro veut durcir la repression face aux paysans sans terres[reuters.com] (Crédits : Marcelo Teixeira)

BRASILIA (Reuters) - Le nouveau gouvernement brésilien souhaite modifier le droit pour que les envahissements de terrains agricoles par des paysans "sans terres" soient considérés comme du terrorisme, a déclaré lundi un responsable du ministère de l'Agriculture.

Nabhan Garcia, chargé des questions foncières à la tête d'un secrétariat nouvellement créé au sein du ministère, a précisé que le gouvernement du président Jair Bolsonaro allait devoir convaincre les parlementaires de réformer la loi et d'octroyer plus d'autonomie aux forces de police pour qu'elles agissent face à ces envahissements.

"C'est le défi de notre gouvernement de faire la démonstration au Congrès qu'il s'agit d'un fait très proche du terrorisme, voire que cela peut être considéré dans certaines circonstances comme du terrorisme, et d'avoir une application plus sévère de la loi", a-t-il dit à la presse.

Le secteur agro-industriel a fourni au président issu de l'extrême droite un fort soutien lors de la campagne électorale.

A l'inverse, le Mouvement des sans terres (MST) était une des bases majeures de l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva.

(Jake Spring et Anthony Boadle; Henri-Pierre André pour le service français)

 

Portrait de Lonewolf06

Bolsonaro...Il sortirait pas avec Trump???