Cannabis : Ça (se) soigne !

Publié par jfl-seronet le 09.04.2010
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Depuis de nombreuses années, le cannabis utilisé comme médicament a démontré son intérêt. Au Québec, en Suisse et dans d'autres pays, son usage est reconnu voire soutenu. Ce n'est malheureusement pas le cas en France. Quels sont les exemples étrangers ? Quelles sont les demandes des personnes qui utilisent, en marge de la loi, le cannabis thérapeutique ? Seronet vous propose un dossier sur le sujet afin de braquer la lumière sur des revendications ... qui ne demandent qu'à pousser.
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Des pétales de corn flakes, du chocolat fondu et un peu de cannabis préalablement chauffé, l'ensemble mélangé, des petits tas posés sur une plaque qu'on laisse refroidir… il n'en faut pas plus pour réaliser des Roses des sables au cannabis. Une gourmandise qui peut aussi avoir un intérêt médical. Car si le cannabis est interdit, il est largement utilisé à des fins thérapeutiques, légalement dans certains pays et en marge de la loi dans d'autres. “Je l'utilise essentiellement pour me donner de l'appétit, mais encore faut-il que j'arrive à trouver un produit qui me convienne parce que tout ce qui se fume ne donne pas forcément de l'appétit, explique Pierre, séropositif. Certaines herbes particulières, récoltées à certains moments bien précis explosent l'appétit. Elles me donnent envie de manger tout de suite. Parallèlement, cela me permet de supporter tout un tas d'effets indésirables notamment mes neuropathies. Et là, il n'y a pas photo, cela vaut tous les anti-douleurs et tout ce qu'on peut nous donner. J'aimerais bien qu'en France ce soit comme en Espagne, qu'on puisse créer chez nous un Cannabis social club. Un regroupement de consommateurs qui s'associent dans une coopérative pour avoir des herbes de qualité avec une teneur en THC régulée qui soit plus ou moins forte selon ses besoins et que ce soit réglementé et donc légal. Il y aurait pas mal d'avantages : on éviterait le côté trafic, cela permettrait un contrôle de la qualité et ce serait certainement plus économique. Mais pour moi, la principale revendication, ce serait de pouvoir en planter à la maison, pour son propre usage, sans craindre les problèmes.”


Ces revendications, Pierre les a portées avec d'autres lors d'UNIR +, un grand rassemblement de personnes séropositives, qui s'est tenu en janvier 2009 à Biarritz. Cette demande n'est pas nouvelle, mais elle s'est imposée avec force à cette occasion, sans doute parce que les exemples étrangers montrent qu'un usage thérapeutique du cannabis est facilité ailleurs et toujours pas en France. Pourtant, nombreuses sont les personnes qui témoignent aujourd'hui de l'intérêt que le cannabis a pour elles sur le plan de la santé. C'est le cas de Dominique, lui aussi présent à UNIR +. “Pour moi, c'est pour l'appétit, mais c'est aussi un excellent anxiolytique. Plutôt que de prendre des pilules, des anti-dépresseurs (je prends déjà douze cachets par jour), je préfère fumer une herbe de qualité que j'ai choisie et qui me va bien. Pour moi, c'est plutôt une colombienne. Pour d'autres, ce sera une autre herbe. Les affinités se font entre les herbes et les personnes. Je produis, mais pas suffisamment pour ma consommation personnelle qui est de 40 à 50 grammes par mois. Cela fait près de 600 grammes par an. Moi, je demande à pouvoir être auto-producteur de façon à avoir ma quantité de marijuana pour l'année. Comme ça, il n'y a plus de business, ni de trafic. Je fume principalement, mais il m'arrive de faire des thés à l'herbe. L'effet est un peu différent. Lorsque tu fumes, l'effet est assez rapide puis s'estompe au bout d'un moment. Et quand tu l'ingères, cela met plus de temps à monter. Pour moi, c'est plus doux comme sensation, mais l'effet est plus long. C'est bien pour les personnes qui trouvent que le joint tape un peu fort pour elles.” C'est bien aussi pour celles qui ne fument pas de tabac.”
“Le cannabis me permet de mieux faire passer les médicaments tant au plan physique qu'au plan moral”, explique Laurence. Elle a participé à UNIR + et soutient les revendications qui y ont été portées. Tout comme Dominique, Laurence consomme près de 50 grammes par mois. Elle fume, mais a abandonné le tabac. Elle a un peu parlé du cannabis avec le médecin. “Ce n'est pas vraiment leur domaine. Pour mon médecin, ce n'est pas du médical”, déplore Laurence. Comme d'autres personnes qui en auraient pourtant eu besoin, Laurence n'a jamais pu se faire prescrire un médicament comprenant des principes actifs du cannabis comme Marinol ou Sativex. Elle aimerait bien que ces médicaments soient disponibles en France. Et ce d'autant que le cannabis est bel et bien traité à part. Ainsi, des dérivés des opiacés sont largement utilisés, font l'objet de recherches permanentes et sont disponibles comme médicaments à l'hôpital comme dans les pharmacies en ville... Tout ce qui est interdit concernant le cannabis et ses dérivés.


Laurence revendique aussi la création d'un Cannabis social club et se tient informée du mouvement engagé par Encod (European Coalition for Just and Effective Drug Policies), un vaste mouvement de citoyens européens qui défend, jusqu'au niveau de l'ONU, des “politiques justes et efficaces en matière de drogues”. Encod travaille à inclure la “régulation des drogues” dans l'agenda politique et a contribué à l'émergence de coopératives de consommateurs en Espagne.


“Personnellement le cannabis me permet de dormir la nuit et de lutter contre les insomnies, explique Dom. Ça m'ouvre l'appétit quand mon estomac ne veut rien. Ça me relaxe lorsque je suis angoissée. Ça atténue mes douleurs musculaires. Je ne comprends pas pourquoi en France le cannabis thérapeutique n'est pas proposé.” “Fumer avec parcimonie peut apporter un certain bien être et contribuer à une meilleure qualité de vie lorsqu'on prend une trithérapie. En ce qui me concerne, je fonctionne ainsi depuis des années, explique Meldjaco. Je prends de petites doses pour stabiliser certains effets indésirables : nausées, pertes d'appétit, état dépressif, angoisse, contractions musculaires. Sous forme de médicament, cela apporterait un plus à mes poumons, c'est certain. Une chose est sûre : le cannabis a des vertus que la raison d'Etat ignore !”.

Plus d'infos (en français) sur Encod : http://www.encod.org
Première ligne, le journal de l'Association genevoise de réduction des risques liés aux drogues, a sorti un numéro spécial (septembre 2009) consacré au cannabis thérapeutique. Plus d'informations sur :
www.premiereligne.ch, rubrique “Ressources”, puis “Journal”.

Un usage médical
Le cannabis (comme les cannabinoïdes de synthèse) ont de nombreuses applications médicales qui vont du traitement de la dépression à celui des angoisses, des troubles psychiques aux maux de tête, du traitement des douleurs et des spasmes musculaires d'origine neurologique (sclérose en plaque), à certaines maladies respiratoires, etc. Le THC (un des principaux cannabinoïdes) est aussi utilisé dans le traitement du glaucome (maladie de l'œil). Il a aussi un effet dilatant sur les bronches qui est intéressant dans le traitement de l'asthme. En matière de VIH,
le cannabis permet d'atténuer les nausées et les vomissements. Il a surtout montré son efficacité pour lutter contre la perte d'appétit ou la maigreur extrême (on parle de cachexie). De façon générale, le cannabis permet de traiter certains effets indésirables des traitements et du VIH lui-même (la douleur due aux neuropathies par exemple). Il est aussi utilisé pour lutter contre l'anxiété ou l'insomnie. Lors du traitement de l'hépatite C, il peut aider à soulager la "tension cérébrale" due à l'interféron.

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Illustration : Yul Studio