Trans : A notre santé !

Publié par Mathieu Brancourt - Théau Brigand - Jean-François Laforgerie - Coline Mey - Céline Offerlé 3070 lectures
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Enfin ! On le dit à propos de la prise en compte des enjeux de santé des personnes trans dans les grandes conférences internationales sur le VIH. Enfin ! L’adverbe s’applique à nous également. Pour la première fois, en effet, Seronet propose de traiter des transidentités sous différents aspects : la santé et tout particulièrement le VIH, le parcours de transition, l’engagement militant en faveur des droits, la vie quotidienne, le changement d’état civil, etc. La situation des personnes trans et intersexes reste, en 2016, extrêmement mal connue et mal comprise. L’intimité du sujet comme les tabous moraux qui s’y accolent n’ont d’égal que les violences et discriminations à leur égard au sein de la société. Les notions mêmes d’identité, d’autodétermination questionnent particulièrement notre rapport au monde, aux autres et notre vision souvent binaire. Celle-ci maintient une chape de plomb sur une communauté aux multiples facettes et réalités. Et dont les urgences sont réelles. Reportage, interviews, témoignages, informations pratiques, textes de réflexion, glossaire engagé… tout a été pensé pour expliquer sans tomber dans les poncifs, faire réfléchir aux enjeux, parler de la diversité des parcours et des besoins, informer de la complémentarité des réponses proposées par les associations trans et celles de lutte contre le VIH, montrer l’engagement des chercheur-seuse-s et des militant-e-s. Ce vaste dossier n’est probablement pas exhaustif, mais c’est une première pour Seronet.

Quentin Houdas - série Queer

Changement d’état civil : un parcours de combattant-e-s

La procédure sur le changement d’état civil des personnes trans reste en France à l’arrière-garde par rapport à de nombreux pays dans le monde. Elle a fait l’objet de nombreux blocages et, au fil des ans, d’une construction par la jurisprudence, lente et instable. En voici les étapes majeures jusqu’à la plus récente : la loi Justice du 21e siècle, qui ne donne toujours pas satisfaction aux personnes concernées (1).
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L’Accompagnement du parcours de santé trans : l’exemple marseillais

Imaginez une vie où exister tel qu’on le ressent n’est pas un droit, mais un combat. Sur les rives de la Méditerranée, les flots de la vie peuvent être tumultueux pour les personnes trans. Dans leur parcours pour la reconnaissance de leur identité vécue, les affres du quotidien sont pénibles. Où trouver des espaces dans lesquels on peut s’exprimer librement, à qui parler sans se faire juger et sans être réduit à une transidentité encore considérée comme une "pathologie" ? Où trouver du soutien ? Comment obtenir un suivi de santé de qualité, respectueux de son identité, de ses choix et de son genre ? Toutes ces questions demeurent en 2016 une gageure. Mais dans la deuxième ville de France, des initiatives ont fleuri à la faveur de l’urgence et de la mobilisation de personnes concernées, proches et alliées des "T".
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La santé des trans à Durban

Les enjeux de santé des personnes trans ont eu une large place à la Conférence internationale sur le sida de Durban, en juillet dernier. Déjà en février, à la Croi (1) une séance plénière était consacrée aux enjeux de santé des personnes trans. La conférence de Durban a donc confirmé la place grandissante de ce sujet dans les programmations officielles des conférences internationales.
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Avancer aux côtés des communautés sur les enjeux de santé et de lutte contre le VIH

La "communauté" trans est très exposée au VIH. Assez logiquement, AIDES a choisi de travailler sur cette question en partenariat étroit avec des associations communautaires trans. Responsable plaidoyer et mobilisations citoyennes à AIDES, Caroline Izambert revient sur cet engagement. Interview.
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Changement d’état civil et de prénom : loin de l’autodétermination

Les nouvelles procédures de changement de prénom et de sexe à l'état civil (CEC) pour les personnes trans sont désormais effectives, conformément à la loi "Justice du 21e siècle" votée en octobre dernier, selon un décret publié le 31 mars au "Journal officiel". Reste que cet encadrement juridique reste très insatisfaisant pour les personnes trans et leurs associations. Analyse des nouvelles dispositions et de leurs limites par Coline Mey, chargée de mission Nouvelles stratégies de santé à AIDES.
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Changement d’état civil des trans : où en est-on ?

A l’occasion d’une récente réforme (loi Justice du 21e siècle), de la publication de décrets et d’arrêtés, de nombreux changements se sont produits concernant les procédures de changement d’état civil (CEC), qui concernent notamment les personnes trans. Seronet fait le point.
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Un glossaire engagé

Loi justice 21 ou Justice du XXIe siècle : Dernière loi en date portant sur la modernisation de la justice du 21e siècle en France. Elle comporte un article relatif au changement d’état civil des personnes trans.

Transsexualité : Pour les associations trans, ce terme est problématique car il induit une confusion et un amalgame avec les questions de sexualité alors que la transidentité est un enjeu d’identité et de genre. De la même manière, les associations préfèrent employer le mot "trans" plutôt que "transsexuel".

Parcours de transition : Ensemble d’étapes sociales, administratives et/ou médicales associées au passage du genre assigné à la naissance à un autre.

Cisgenre – Bio – Personne non trans : Le terme cisgenre qualifie une personne dont l’identité de genre est en concordance avec son sexe déclaré à la naissance. Cela peut impliquer pour les personnes cisgenres qui l’emploient pour parler d’elles-mêmes, une réflexion sur leur propre identité de genre. Ce ne sont pas des termes inévitablement mis en concurrence, mais, au contraire, deux définitions de soi qui se font écho dans une réflexion sur le genre.

Transsexualisme : "Trouble de l'identité sexuelle dans lequel le sujet a le sentiment que son corps n'est pas en concordance avec son sexe "psychologique", mais appartient au sexe opposé", explique "Le Larousse". Les associations trans considèrent ce terme comme désuet et pathologisant et il est vécu comme péjoratif par la plupart des personnes trans. Les dictionnaires médicaux parlent de "syndrome de transsexualisme", de personnes "atteintes de transsexualisme" ou de "dysphorie de genre".

Transidentité-s : Contrairement aux termes de transsexualisme ou transsexualité, empruntés à la classification des maladies mentales des manuels de psychiatrie, les associations trans utilisent le terme de transidentité-s. Il s’agit aussi de mettre en évidence la grande diversité des parcours de transition, avec ou sans hormones, avec ou sans chirurgies et une "constellation" d’identités trans hors des schémas normatifs et sexistes.

Pathologisant : Qui fait d’une identité ou d’une situation de vie une maladie.

Non-binaires : Personnes qui refusent la binarité homme/femme et qui préfèrent être reconnues dans un genre qui n’obéit pas à la norme : être un homme ou une femme.

La question des pronoms : On parle d’une personne trans en utilisant les accords et les pronoms en adéquation avec l’identité qu’elle revendique, peu importe ses choix de transition. Par exemple : pour une MtF on emploie "elle", et pour un FtM on utilise "il".

Autodétermination : Libre choix pour une personne de décider seule de ce qu’est son identité de genre.

FTM – FT* – FTX : De l’anglais "Female to Male". Personne assignée au regard des sciences biomédicales comme appartenant à la catégorie femelle et pour l’état civil au genre féminin, qui fait un parcours de transition vers un genre masculin et/ ou fluide. On dit un "FTM" ou un "homme trans".

MTF – MT* – MTX : De l’anglais "Male to Female". Personne assignée au regard des sciences biomédicales comme appartenant à la catégorie mâle et pour l’état civil au genre masculin, qui fait un parcours de transition vers un genre féminin et/ou fluide. On dit une "MTF" ou une "femme trans".

Transphobie : La transphobie est le rejet des personnes trans et des transidentités. Elle peut prendre plusieurs formes : exclusion familiale, amicale, professionnelle, refus de soin de la part du corps médical, stérilisation forcée réclamée par les tribunaux pour obtenir le changement d’état civil. Elle peut aller jusqu’à l’agression, voire le meurtre. La loi française reconnaît officiellement la transphobie depuis 2012 à travers la discrimination à raison du sexe devenue de l’identité de genre en 2016, au même titre que le racisme ou l’homophobie.

Hétérosexisme : Ensemble des attitudes, préjugés et discriminations en faveur de l’hétérosexualité, qui est alors établie comme seul modèle relationnel. L’hétérosexisme prétend qu’il est plus normal, moral ou acceptable d’être hétérosexuel-le que d’être gay, lesbienne ou bisexuel-le.

Pour aller plus loin...

Acceptess-T (Actions Concrètes Conciliants Education Prévention Travail Equité Santé Sport pour les Transgenres) est une association d’auto-support et de lutte contre l’exclusion, les discriminations liées à l’identité de genre et les violences exercées contre les personnes transgenres et leurs proches. Parmi les services proposés : prévention du VIH/sida et accompagnement à la PrEP pour les personnes trans, activités sportives, des permanences juridiques (droit civil et droit du travail), etc. Pour les activités sportives (06 73 37 95 67 / comsport-acceptess-t "@" outlook.fr). Pour les permanences juridiques (juridique.acceptess-t "@" hotmail.com).

Existrans : Chaque année, depuis 1997, l’Existrans, marche nationale des personnes trans intersexes et de celles qui les soutiennent, se déroule le troisième samedi d’octobre. Cette marche militante est organisée par le collectif Existrans.

Le Local de documentation trans-intersexe (centre d’archive et de documentation sur les questions trans et intersexes en Bretagne) a mis en ligne une liste assez complète des associations, collectifs et autres groupes de support trans et intersexe en France, avec leurs coordonnées et leurs horaires de permanences. Elle est disponible avec mises à jour régulières.

Dicklit et T Claques, brochure publiée en janvier 2010 et réalisée par OUTrans est la première en France à destination des personnes trans FT*. Elle a pour spécificité de s’adresser à une population encore plus marginalisée : les hommes trans et trans FT* qui ont des relations avec d’autres hommes.

OUTrans, association féministe d’auto-support trans, mixte FtM, MtF, Ft*, Mt*, personnes cisgenres. Créée en avril 2009 par des trans et pour les trans, pour lutter contre la transphobie à tous les niveaux (social, professionnel, institutionnel). L’association propose des permanences d’auto-support pour les personnes trans, pour leurs proches, pour leurs partenaires. Un accompagnement chez les médecins est également proposé. L’association organise aussi des formations autour des transidentités en direction des personnels médicaux, paramédicaux, sociaux et des entreprises. Permanences d’autosupport (autosupport "@" outrans.org). Activités de formation (coordination "@" outrans.org). Plus d’infos (contact "@" outrans.org).

Guide de santé sexuelle pour les personnes trans et leurs amant-e-s : l’association trans belge Genres Pluriels et l’association de réduction des risques sexuels liés aux IST et au VIH, Ex Aequo, proposent un guide pédagogique de 80 pages, claire et agréable à lire sur la réduction des risques sexuels pour les personnes trans et leurs partenaires.

L’observatoire des transidentités (ODT) est un site indépendant d’information, de productions de savoirs et d’analyses sur les questions trans, inter et les questions de genre. Le site et la revue "Cahiers de la transidentité" ont été fondés par Maud-Yeuse Thomas, Arnaud Alessandrin et Karine Espineira. L'ODT s’appuie sur un réseau d’acteurs-actrices de terrain, d’associations partenaires et d’universitaires. Depuis mars 2015, Maud-Yeuse Thomas et Karine Espineira sont responsables du site et de la revue.

Arnaud Alessandrin, auteur d’une thèse sur "Du "transsexualisme" aux devenirs trans" (2008-2012) est docteur en sociologie. Il enseigne la sociologie du genre et des discriminations. Son site propose de nombreux articles, contributions et présentations de recherches concernant les personnes trans.

Trans Mecs & Mecs : Ressources diverses et variées pour les hommes trans et FTMs attirés affectivement ou sexuellement par les hommes trans ou non et les mecs (trans ou non) qui les apprécient. Ce site a pour but de donner une visibilité aux relations affectives, sensuelles ou sexuelles avec des garçons (trans ou non) et de permettre la diffusion en français d’articles anglophones.

Le long de la passerelle, l’histoire d’une traversée : Damia, femme trans, a tenu un blog sur le site yagg consacré à sa transition. On y trouve essentiellement des articles retranscrivant son parcours, mais aussi de la photographie, un peu de fiction, du militantisme, des coups de gueule. Un excellent blog servi par de bonnes analyses et des textes à la fois intimes et militants. A découvrir.

Le T-dor (Transgender day of remembrance) est la journée mondiale du souvenir trans en mémoire des personnes assassinées par transphobie. Elle se tient chaque année le 20 novembre dans plusieurs pays, depuis 1998. Des rassemblements sont organisés à Paris et dans toute la France à l’occasion de cette Journée par le collectif Existrans et des associations trans ou LGBT.

"Diagnostiquer la différence" un documentaire novateur de Annelise Ophelian. Comment réagit-on lorsque son identité de genre est citée dans le Manuel du diagnostic des troubles mentaux ? Dans ce film, ce sont 13 personnes s’identifiant elles-mêmes comme trans qui apportent leurs regards sur ce diagnostic et l’impact qu’il a sur leurs vies. Treize vécus d’une grande force qui ne suivent pas les sentiers battus et qui, avec un certain sens de la pédagogie, expliquent, racontent, cassent des mythes sur les personnes transgenres.

Les brochures de TransformationS FT* et MT* réalisées par OUTrans et publiées en septembre 2013, sont destinées à la communauté médicale, sociale et associative. Elles "présentent les différentes modifications corporelles disponibles pour les personnes trans Mt*/MtF et Ft*/FtM". Elles ont été réalisées dans un but pédagogique afin d’accompagner les formations et sensibilisations à l’accueil des personnes trans proposées par OUTrans. La brochure "FT*-Female to something" est pour les personnes assignées "femelles" à la naissance et femmes à l’état civil et qui sont en transition vers une identité fluide ou masculinisée. La brochure "MT* – Male to something" est pour les personnes assignées mâles à la naissance par la médecine et hommes à l’état civil et qui sont en transition vers une identité fluide ou féminisée.

I’m not a cisboy : Un blog direct, bien rédigé, à la fois teigneux et passionnant, fort et qui sonne et tape juste, pour appréhender l'expérience d'un mec trans, son parcours médical, ses relations avec les médecins, avec l'administration, etc. On vous le conseille vivement.

Chrysalide, association militante de support et de diffusion d’informations sur les transidentités basée à Lyon. Elle a publié plusieurs guides comme "Les transidentités et les proches", "L’accueil médical des personnes transidentitaires", etc. qui sont téléchargeables gratuitement.

Ouest trans : Groupe d’autosupport trans qui propose des permanences et qui édite des fiches pratiques : l’une concerne les demandes d’ALD, l’autre les procédures d’inscriptions pour les étudiant-e-s trans.

IRGT (A global network of Trans women and HIV) est un réseau mondial de femmes trans mobilisées contre le VIH. Il travaille avec des organisations trans, les communautés et les activistes du monde entier. Il est animé par des activistes trans ayant une vaste expérience dans les différentes régions du monde, y compris l'Afrique, l'Inde, l'Amérique du Sud, Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Il a publié deux documents (en anglais qui font référence) : "Most impacted, least served : Ensuring the meaningful engagement of transgender people in global fund processes" et "Counting trans people in : advancing global data collection on transgender communities and HIV".

Transgender Europe (TGEU) est un réseau européen qui réunit plus d’une centaine d’organisations dans 42 pays. TGEU plaide pour une Europe libérée des discriminations liées à l'identité de genre, où les personnes trans et leurs familles seraient respectées et valorisées. Le réseau travaille notamment à ce que les transidentités ne soient plus considérées comme une maladie mentale et pour que toutes les personnes trans aient accès à des services de santé spécifique adaptés et de qualité, et plus largement à la santé globale.

"L’ordre des mots" de Cynthia et Mélissa Arra est un documentaire français de 2007 qui donne la parole à des personnes trans et intersexes dont la quête d’identité de genre se trouve entravée par des normes établies. Leurs moyens de résistance se situent dans la recherche d’outils de savoir, de corporalités, de sexualités, mais aussi d’identités alternatives en dehors des schémas conventionnels. Loin du traitement habituel des questions trans, ce film aborde de front ces questions d’identité de genre en interrogeant non seulement nos normes sociétales trop souvent incontestées mais aussi en analysant la nature de l’oppression et de la répression dont fait l’objet cette communauté.

Les objectifs principaux de la "Campagne STP" (Stop trans pathologisation) sont le retrait du trouble d’identité de genre des catalogues de maladies (le DSM de l’American psychiatric association et le CIM de l'Organisation mondiale de la Santé) et la lutte pour les droits des personnes trans en matière de santé. Depuis 2009, chaque mois d’octobre, la Campagne STP organise une Journée internationale d’action pour la dépathologisation trans, avec des marches simultanées et d'autres actions dans différentes villes à travers le monde.

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