7 mois d'opiniâtreté pour obtenir un prêt

Publié par Robinson Fauscanie 1106 lectures
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J’ai 61 ans et suis séropositif depuis 1984, j’ai donc connu toutes les améliorations des traitements antirétroviraux depuis l’AZT. J’ai aussi vécu une période d’échappement thérapeutique pendant deux ans, mais ma santé s’est améliorée à partir de 2001. Actuellement, je suis en très bonne santé, ma charge virale étant indétectable depuis 15 ans. J’ai aussi eu la chance de ne jamais arrêter de travailler.

L’année dernière, j’ai décidé d’acheter un appartement me convenant en tout point. Comme je travaille depuis peu à La Banque Postale, c’est auprès de cet établissement que j’ai demandé mon prêt, bien que n’étant pas client auparavant. J’ai obtenu un accord de principe en deux semaines seulement et malgré deux inconvénients majeurs : mon contrat de travail est un CDD et je n’ai pas de co-emprunteur. Toute la difficulté s’est concentrée par la suite sur l’obtention de l’assurance du prêt comportant les trois volets requis par les banques : le décès, la perte totale et irréversible d’autonomie et l’incapacité temporaire de travail.

J’ai commencé par me renseigner sur la convention Aeras et j’ai pris contact prioritairement avec les assureurs nommément cités comme spécialisés dans la prise en charge de candidats à l’emprunt avec un "risque aggravé de santé", à savoir Aril, Handi-Assur et Metlife. J’ai, chaque fois, rempli le questionnaire de santé sans rien omettre et en fournissant des rapports médicaux détaillés et signés du professeur qui surveille mon état de santé à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Ce rapport indiquait notamment : que mon infection VIH est parfaitement contrôlée depuis 14 ans avec une charge virale indétectable et une immunité normale avec des CD4 à 876/mm³ ; que je suis vacciné contre l’hépatite B et séronégatif pour les hépatites A et C ; que mon état asymptomatique justifie un "pronostic excellent".

Je partais donc totalement confiant dans mes démarches, mais j’ai vite déchanté : Metlife n’acceptait de m’assurer que pour le décès et seulement pendant neuf ans au lieu des 15 ans demandés ; Aril a carrément refusé toute forme d’assurance et Handi-Assur également, puisque cet assureur est partenaire d’April ; ce que je ne savais pas initialement. Parallèlement, j’ai aussi pris contact avec un courtier généraliste : Meilleur taux. Après avoir résumé ma situation on m’a d’emblée proposé de soumettre mon dossier à plusieurs assureurs : Afi-Esca, Cardif, Naoassur, Generali et Allianz.

Les résultats ont été les suivants :
- Afi-Esca, dossier refusé au niveau Aeras 1 (1) ;
- Cardif, dossier refusé au niveau Aeras 2 (1) ;
- Naoassur ne m’a jamais répondu ;
- Generali a fait deux propositions aux taux de 2,45 % et 2,58 % pour l’assurance décès uniquement ;
- Allianz est le seul assureur à m’avoir proposé l’assurance décès et perte totale et irréversible d’autonomie au taux de 1,175 %.

La Banque Postale m’a proposé de soumettre mon dossier d’assurance à la CNP, qui est leur partenaire habituel. Là encore, j’ai eu un refus d’assurance au niveau Aeras 1. Finalement, la banque a accepté d’étudier ma demande de prêt sur la base de la proposition d’Allianz et en me demandant une garantie supplémentaire pour compenser l’absence d’assurance Incapacité temporaire de travail. Mon dossier a d’abord été refusé car le taux effectif global du prêt dépassait le taux d’usure, alors fixé à 3,09 %. Je précise que le taux du prêt accordé par la banque était de 1,55 % (difficile de faire mieux !) Mais en incluant l’assurance, cela aboutissait à un taux de 3,47 %.

A ce moment, j’ai vraiment cru qu’il me fallait renoncer définitivement et chèrement à mon projet d’achat immobilier. En effet, la promesse de vente devait être signée pour déclencher l’instruction de la demande de prêt et cette réponse négative m’a été donnée alors que le délai de rétractation était écoulé ! J’ai donc exigé que la banque me signifie officiellement un refus de prêt pour pouvoir faire jouer la condition suspensive. Et là, c’est devenu carrément kafkaïen : la banque a prétendu alors qu’elle ne pouvait m’envoyer un refus de prêt, car la demande de prêt était, elle-même, irrecevable et qu’un refus de prêt concerne forcément une demande de prêt valable et préalable ! C’était comme le coup de grâce faisant s’écrouler tous mes projets : je ne pouvais ni obtenir mon prêt, ni annuler la vente sans perdre l’indemnité d’immobilisation de près de 30 000 euros !

Mais heureusement, La Banque Postale m’a fait une nouvelle proposition en réduisant le taux du prêt à 1,20 %, Allianz m’a assuré pour les trois quarts du montant du prêt, et j’ai proposé comme garantie alternative une hypothèque partielle sur un studio qui m’appartient depuis longtemps, laquelle a été acceptée. Seules ces conditions permettaient de passer juste en dessous du taux d’usure et, après toutes ces vicissitudes, j’ai enfin obtenu mon prêt ! Il va sans dire que jamais La Banque Postale n’aurait fait tant d’efforts si je n’avais pas été un de ses collaborateurs… Je remercie également le site Meilleur Taux qui s’est révélé le plus proactif tout au long de mes démarches.

En conclusion, les nouvelles dispositions de la convention Aeras, prétendument de nature à favoriser l’obtention d’un prêt lorsqu’on présente un risque de santé, sont une pure mascarade à mon sens. Je partais avec tous les atouts possibles et imaginables : un bon salaire, un apport initial de plus des deux tiers du prix d’achat, des rapports médicaux on ne peut plus favorables et il aura fallu sept mois de patience et d’opiniâtreté, pour obtenir un prêt. Tout ceci m’a permis de comprendre que même lorsqu’un assureur daigne accepter un dossier, il le fait avec des conditions innombrables  et totalement scandaleuses. La très grande majorité des assureurs ne s’engagent finalement jamais, puisque le taux d’usure est très rapidement dépassé.

J’ai pris conscience aussi qu’avec un seul paramètre positif en moins, je n'aurais pas obtenu le prêt, et que pour des gens moins "chanceux", c'est carrément mission impossible. Voici le terme de mon récit. J’espère qu’il puisse servir de mise en garde aux candidats à l’emprunt pour qu’ils s’arment de patience.

(1) : Dans le cadre de la Convention Aeras, la demande d'assurance est examinée à trois niveaux successifs, si nécessaire. Le niveau 1 correspond à l'analyse des risques standards ; quand votre dossier est refusé au niveau 1, il est transféré au niveau 2 d'examen. Il fait alors l'objet d'une analyse plus personnalisée. A ce niveau d'examen, l'assureur peut demander des examens médicaux complémentaires ; quand votre dossier est refusé au niveau 2, il est alors transmis au niveau 3. Ce niveau est constitué par un pool de réassureurs qui réexaminera votre dossier. Seuls les cas les plus complexes y sont traités. A ce niveau d'assurance, seulement 20 % des dossiers font l'objet d'une proposition d'assurance. Quel que soit le niveau auquel elle a été formulée, une proposition d'assurance pourra être assortie d'une exclusion ou d’une surprime.

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Commentaires

Portrait de chanelle

Bonjour

Je souhaitais vous applaudir pour votre entetement, votre endurance face a ce parcours, le parcours du combattant.C'est décourageant et pourtant vous n'avez pas baissé les bras!!!!

Cela me fait dire que je ne dois jamais pensé a faire une demande de crédit face a de telles barrières ..... c'est de la discrimination encore une qui se rajoute a la longue liste et pourtant nous sommes en 2018.

Encore une fois Félicitations Kiss

Portrait de Rimbaud

Bravo bien entendu mais cela ne devrait qu'appeler une révolte totale, immédiate de tous. Genton avec son livre dénonce cette discrimination mais un livre ne peut rien. Si au lieu de se tirer dans les pattes, tout le monde s'unissait pour s'opposer de façon totale à ça, ce serait au moins une avancée de réalisée.

Portrait de Superpoussin

AREAS a été conçu pour redorer le blason du monde de l'assurance et des associations. Ce n'est nullement l'outil qu'on nous présente puisque rien dans ce dispositif n'oblige ni même incite les assureurs à proposer quelque chose aux personnes présentant un risque agravé de santé.

Portrait de privec75

Je suis admirative devant autant de pugnacité .... Après avoir fournis mon dossier médical et RDV avec un médecin "agréé" qui n'y connait rien, et nombre de refus ou alors avec des taux fous pour les garanties minimums.... Et bien j'ai menti pour ne pas passer à coté de l'opportunité d'acheter un appartement. C'est triste qu'à notre époque malgré une parfaite observance et un état stable on ne puisse pas avoir les mêmes droits que les autres qui ne sont pas forcément moins à "risque" que nous ....

Portrait de manu86

Je vous rejoins "privec 75" et j'ai moi-même du mentir pour avoir un prêt immobilier. Et j'avoue que je ne suis même pas passé avant par la case "AREAS" tellement le chemin était long.

 

Portrait de ballif

c'était en 1990  il n'y avait pas de traitement  je suis toujours là même avec les pronostiques du médecin du travail que je devais vivre que 15 jours en mai 1999

aujourd'hui je me sens mieux qu'à cette époque

Portrait de BD92110

Merci de partager ton expérience (très intéressante) avec nous.

Content et Bravo pour la realisation de ton projet.

Par contre ton expérience montre que malgré AREAS qui date de quelques années, la situation est toujours bien plus compliquée pour emprinter quand on a un "problème de santé", même si maintenant en étant indetectable, on a une expérance de vie "normal" et on peut travailler.

Pour ma part quand j'ai acheter en 2006 j'ai menti (comme beaucoup), et déjà sans mettre le probleme du VIH dans l'histoire ça avais été rencambolesque.

1 banque, le LCL qui pour pouvoir me faire une offre de prêt m'a obliger a ouvrir un compte et mettre 50€ dessus.
1 autre banque, la Société Général, qui m'a fait ouvrir un compte pour rien. De la paperasse inutile.
La Banque Postale, qui été ma banque depuis 1998, qui m'a demandé un certificat d'habitabilité pour l'appartement.

J'ai du trouver et payer un audit de l'habitabilité de l'appartement. Il a déclarer non habitable a cause d'un manque de ventilation de la salle de bain, magré le fait que j'allais faire les travaux par moi même avec mon ami, j'ai du fournir un devis pour la réalisation de cette aération.

Difficulté a trouver l'entreprise qui me fasse une devis (entreprise qui te propose le devis payant, se doutant que tu ne va faire faire les travaux par eux). Donc réalisation d'un devis par l'entreprise d'une connaissance d'un ami mais il été catastrophique (plein de fautes / erreurs) , j'ai donc fait un faut devis sur la base de celui ci.

Au final tous cela a fini par ce regler mais une sacré histoire.

Portrait de JDewalt

Franchement bravo pour ton courage dans toutes ces démarches, cela a du être une sacrée épreuve.

C'est révoltant de voir tant  de  difficultés pour  ne serait ce qu'obtenir une assurance de pret comme tout un chacun.
Personnelement, dans le cadre de mon achat, nous avons fait le choix de faire en parallèle, une demande transparentes auprès de malakoff UTWIN et une autre pas du tout auprès de l'assureur de la banque.

Concernant UTWIN, de mémoire, j'ai été accepté en aeras niv. 2 que pour le décès. J'ai eu une réponse assez rapide de leur part et aussi de bons conseils. Ils m'ont fait savoir que vu le temps restant avant la signature (8 semaines) je n'aurais jamais assez de temps pour  faire valider mon dossier. Et quand bien même  je risquais de me retrouver dans une autre situation qui aurait été la même que toi, càd refus de faire un pret par la banque! incroyable

En mettant tout dans la balance, mentir est ce qui  pourrait paraitre le moins  dangereux financièrement parlant :
- refus d'assurance ou de pret, avec la probabilité de ne pas pouvoir faire jouer la  clause suspensive =  25k€  envolés au bénéfice du vendeur.
-  assurance élevée sur 15 ou 20 ans pour une utilité à priori  aussi nulle que pour qq de sero neg
Risque de mentir :   dans le pire des cas, il faut lire le code des assurances et les clauses particulières mais ça peu couter cher mais sur le long terme pas autant que la perte des 25k€+mensualités.

Et quand bien même, rien n'oblige à faire fonctionner l'assurance en cas de pépin, mais  dans le pire des cas juste revendre la maison. Penser aussi à se couvrir avec des prévoyances et assurance vie,  à ma connaissance il n'y a pas de questionnaire de santé et cela peut permettre en cas de décès que le conjoint ou déscendant puisse toucher  une belle somme d'argent pour palier aux problèmes de remboursement.

Bon courage à tous  et si vous voulez faire les choses bien, prenez-vous y à l'avance et préparez bien votre dossier, surtout au niveau de votre banquier dans un premier temps vu qu'au final c'est lui qui a le dernier mot...