C’est la précarité qui pèse sur la conscience

Publié par Trocadéro 606 lectures
A -
A +

Je suis arrivé France en décembre 2016 pour un séjour touristique. Deux mois après mon arrivée, je suis tombée malade et après des examens à l’hôpital, j’ai appris ma séropositivité. Le ciel m’est tombé sur la tête !

Grâce au suivi thérapeutique, social et psychologique dont j’ai bénéficié, mon moral est remonté et je suis parvenu à dépasser les inconvénients de ma maladie pour voir aussi les intérêts. Dans mon pays, en Côte d’Ivoire, si on apprend ma séropositivité, je serais montré du doigt et rejeté par ma famille et mes amis. Je n’aurai plus aucun avenir alors que je suis jeune et en forme. En France, je peux faire une demande d’aide médicale d’état et bénéficier d’une bonne prise en charge. L’accueil que j’ai eu à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis a été exceptionnel ; je m’y sens comme en famille. Ça m’a donné le courage d’entamer des démarches administratives auprès de la préfecture. Après quelques mois de traitement mes CD4 sont bien remontés et ma charge virale est quasiment indétectable. Encore quelques mois et je prendrai un combo en un comprimé par jour.

Sur le plan social c’est plus difficile. A mon arrivée en France je séjournais dans ma famille et quand j’ai appris ma séropositivité, le parent qui m’hébergeait m’a jeté dehors. Je me suis retrouvé à la rue sans possibilité d’hébergement par le 115 qui est débordé. Aujourd’hui je partage une chambre en colocation, je n’ai pas de soutien financier et je n’ai pas le droit de travailler. Je me suis rapproché de Aides qui m’a beaucoup aidé pour m’orienter : comment faire les bonnes démarches administratives et comment m’intégrer.

Aujourd’hui j’ai accepté la maladie telle qu’elle est et surtout qu’elle soit ma compagne jusqu’à la fin de ma vie. C’est important d’en parler, même si le dire aux autres n’est pas une fatalité ce n’est pas non plus la fin du monde. Quand on est séropositif on se sent mieux que lorsqu’on ignore son statut sérologique. Aujourd’hui, et maintenant que je suis bien pris en charge, je vis ma vie comme je la vivais avant, je n’ai pas plus de contraintes, pas plus d’interdits. Je n’ai rien à me reprocher et j’avance comme tout un chacun. Quand je serai indétectable, je pourrai refaire ma vie, construire une famille et avoir des enfants. Et si j’obtiens mes papiers à la préfecture, alors là je pourrais TOUT ! Parce qu’aujourd’hui ce qui me donne le plus de soucis c’est de ne pas pouvoir travailler. C’est la précarité qui pèse sur la conscience : il faut travailler, bien manger et bien dormir pour pouvoir se soigner correctement.

J’ai envie d’appeler au Pays certaines amies avec qui j’ai eu des relations sexuelles pour qu’elles aillent faire un test de dépistage. Mais je ne sais pas comment m’y prendre. Chez nous les stigmates du VIH sont très forts et si j’en parle je crains de ne plus jamais pouvoir y retourner. J’espère que la médecine trouvera un jour le remède curatif qui sauvera toutes les vies.

Propos recueillis par Sophie Fernandez

Pays  : 

Commentaires

Portrait de la flipette

Malgré le grand malheur qui vient de te frapper, tu restes assez optimiste et courageux.
Je parle bien de grand malheur car la santé est le bien le plus précieux que l'on puisse détenir.

J'espère que les choses vont rentrer dans l'ordre pour toi.
Tu pourras appeler tes amis dont tu juges le dépistage nécessaire lorsque tu auras pris de la hauteur sur tes propres problèmes.

Lorsque l'on est frappé par une disgrâce X ou Y, on ne voit plus que cela.
Il existe une technique philosophique qui consiste à visualiser ta vie imaginée sur un curseur comme une frise puis tu admet que les problèmes sont temporels. En te placant là, à l'échelle de ta vie. Certaine fractures de vie sont plus douloureuses que d'autres.
Il y a un temps pour tout, pour encaisser, pleurer, refuser son sort, accepter, se battre et entrer en résilience.
Tu as une bonne souplesse de dialogue, tu devrais pouvoir y arriver si tu disposes d'un réseau d'aide suffisamment puissant.
Concentre toi sur toi. Charité bien ordonnée commence par soi même.

Chaque jour où tu te réveilles, rends grâce à la vie car la vie est un miracle et se réveiller chaque jour n'est ni un automatisme ni un dû c'est une chance.
Chaque jour nous offre la possibilité de faire mieux y compris avec moins.
Le patrimoine immatériel est le plus riche et le plus difficile à obtenir.

Bises